wi., V. 53o sqq
4. 76id., V. 859 sqq. Lire toute la monodie qui est fort belle. Cf. v. a5a sqq., v. 960.
EXAMEN DE L*/OiV
à subir en souriant, comme le faisaient ses pareilles au temps d'Homère, les fantaisies des Immortels. Avec elle est passé le temps où leur virilité débridée pouvait tout se permettre. Elle garde au fond de son cœur ulcéré, dans sa chair meurtrie, un ressentiment furieux contre le dieu, comme s'il était le plus méprisable des hommes. En pareille circonstance, il est toujours prudent pour un séducteur de se tenir à l'écart. C'est ce que fait Apollon : on ne sait jamais où peut aller la rage d'une femme. Euripide constate que le dieu ne se laisse pas apercevoir une seule fois dans sa tragédie i. Et, comme toujours, sa remarque, qui paraît naturelle, est une perfidie et une trahison.
11 n'était pas moins perfide de sa part, ni d'ailleurs moins adroit, de faire condamner la faute de Phoebos par celui qui en était né. Car s'U était flatteur pour l'orgueil des Athéniens de compter dans la suite fabuleuse de leurs rois un être issu d'un dieu, il y avait incompatibililé entre les idées anciennes elles idées modernes, entre le temps où l'on avait imaginé la légende et celui où elle était mise au théâtre. Elle caressait l'amour -propre des spectateurs, mais elle blessait leur^ conscience. Au lieu de dissimuler le contraste, Euripide a pris soin de l'accuser.
Le jeune Ion n'hésite pas à blâmer le dieu d'avoir fait violence à une vierge et de l'avoir abandonnée, elle et son enfant : s'il a la puissance, il doit pratiquer la vertus. Puis, généralisant ses critiques, ce qui marque bien que nous entendons la voix même du poète, l'acteur fait le procès aux Olympiens, dont l'inconduite peut autoriser tous les désordres. Ce qu'il dit est très remarquable et très fort :
«Comment peut-il être juste que vous, ô dieux, qui avez imposé des lois aux mortels, vous encouriez le reproche de les enfreindre? S'il arrivait — c'est une simple supposition — que les hommes vous fissent expier vos viols, toi, Poséidon et Zeus, qui règne au ciel, vous videriez les trésors de vos temples, pour payer vos crimes. Vous cherchez aveuglément le plaisir et vous commettez le mal. Ce ne sont plus les hommes qu'il faut appeler criminels, s'il ne font qu'imiter les fautes des dieux, mais ceux qui leur donnent de tels exemples3. „ Pour un serviteur d'Apollon, c'est assez librement raisonné. Ion