‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 160 sur 362 · Iliade, XI, v. 27 sq · texte numérisé non relu

Iliade, XI, v. 27 sq

trône le dieu, lÉther est pour Euripide, comme pour Homère-, une immensité lumineuse qui s'étend au-dessus de la terre, c'est aussi quelquefois un élément animé, une sorte de divinité cosmique, impersonnelle et incommensurable. Aucun fragment des tragédies dont le titre nous est inconnu, n'a été plus souvent cité par les anciens» que le suivant : « Tu vois dans les hauteurs du ciel cet Éther sans limites qui enveloppe la terre dans ses bras humides ? C'est Zeus, c'est un dieu, sois-en sûr3. ,, Ces vers sont remarquables. La divinité de Zeus y grandit et se perd dans la partie la plus vaste et la plus reculée du monde. Si le dieu garde encore dans ses contours un peu de la forme humaine, cette forme est aussi indécise que celle des nuées changeantes qui courent dans le ciel 4. Sa puissance, il est vrai, est augmentée et rend presque ridicule celle du petit dieu qui siège sur l'Olympe. Mais que devient sa conscience, et les reganls qu'il jette sur les hommes, et ceux dont il scrute le fond de leur cœur, s'il est à peine distinct de l'immensité des nuages derrière lesquels il se cache?

Donc, le mot Éther, à côté de son sens usuel, qu'il garde le plus souvent, devient quelquefois un synonyme agrandi de Zeus. Par une transition naturelle, le plus puissant des dieux, mélangé à la portion supérieure de l'univers, sera assimilé à une nécessité de la nature», - c'est-à-dire qu'on le concevra comme une des forces aveugles du monde,' l auxquelles tout est soumis. C'est dans ce sens que le poète a pu dir^ ailleurs que tout naissait de l'Éther de Zeus et de la Terre immensee. Cette conception nouvelle était fort riche et pouvait être étendue à d'autres divinités. L'une d'elles.Cïpri8, par un retour aux idées primitives qui lui avaient donné naissance', parcourra les airs, se mêlera

\ f"iT"'r' ??.'?'"'=""• ^^^^- <^'™«'" d-Alex.ndrie, T.etzè8. a. i.t.t., 94i. Ciceron, De nat. deorum, II aS fifi a ira^»:» * I. F. F., 877. ' * * ^^' * traduit ce fragment. Cf.

INFLUENCES ÉTRANGÈRES ,q,

aux flots marins, pénétrera partout où germe la vie obscure. Elle sèmera l'amour de sa main fécondante et sera la mère de tous les êtres i. Sans doute, une force aussi diverse et aussi impérieuse que celle même du désir ne contribuera pas toujours à augmenter l'ordre dans les familles, surtout quand on la décuplera, en essayant d'y résister^. Mais la nature se soucie-t-elle beaucoup de nos convenances, qu'il nous plaît d'appeler des lois 3?

Ainsi comprise, Cypris sera dépouillée de la ceinture où se cachaient de si douces choses, la tendresse, le désir, les longues causeries d'amour, qui séduisaient l'esprit des plus sages 4. Elle perdra aussi son éclat doré, sa couronne et le sourire dont elle aimait à entr'ouvrir ses lèvres divines, parce qu'elle les savait ainsi plus attirantes 5.

Voici comment, après sa métamorphose, elle nous est décrite par un inconnu : « Ne vois-tu pas queUe puissante déesse est Aphrodite? Tu ne saurais dire ni mesurer sa grandeur, ni l'étendue de son empire. C'est elle qui nous a donné la vie, à toi, à moi, à tous les êtres humains. » Comme dans Euripide une raison est toujours meilleure, si elle est jointe à un raisonnement, il ajoute : « La preuve de cette toutepuissance, - car une affirmation ne suffît pas, et je te donnerai des faits, — c'est que la terre est amoureuse de la pluie, lorsque la sécheresse inféconde de la plaine est altérée d'humidité. Alors l'auguste ciel, chargé d'orage, aime à s'abattre sur le sein de la terre, poussé par Aphrodite. Quand ces deux êtres se sont unis, ils enfantent et nourrissent tout ce qui fait vivre et pousser la race humaine 6. »

Cypris, qui perpétue les générations animées, devient une personnification des lois natureUes7. Non seulement elle est attentive à inciter les êtres à se reproduire, mais encore elle préside à Féquilibre des éléments. Son action grandit et, comme toujours, sa personnalité

I. Hippolyte V. l.l.'j sqq. Comparer ce que le poète dit d'Éros, vainqueur des ?ra"T^Ui femmes, des dieux dans le ciel et sur la mer. Hippolyte qui se voile,

a. Hippolyte, v. 443 sqq.; Sthénéhée, fragm. 665. 3. Cf. /. F. F., gao.

A. Chenil' ^'^' ""■ "^ ^"^^ ^' rapprocher YOaristys, si joliment traduite par

II/; "j^'PPf^*^" ÎCPvaéri. èOdTéçavoç, ?iXoix|ieiôr);. Cf. Buchholz, Die homerbchen Realien, 111, I, p. loa sqq. '

MnLÎ;^"f^ ^" ^/^' n^ !^'?^"*^ '"'"^^''^ *!"« *'°" ^°'* d*n« Xénophane (fragm. ,3,

4la A£ii

diminue, en même temps que s'efface son visage. Il en est d'elle comme de Démèter. Quand celle^i n'était que la mère de Perséphone, et qu'elle cherchait sa fille dans les environs d'Eleusis, nous la voyions tristement s'asseoir près d'un puits, le long de la route poudreuse, sous l'ombre pâle d'un olivier.. Quand elle se confond avec la Terre qui nourrit les mortels d'alimenU solides», nous ne savons plus comment l'imaginer.

A qui Euripide a-t-il emprunté ces idées? Mais ne sont-elles pas grecques dans leur essence même, et depuis Hésiode, Parménide et Empédocle ne faisaient-elles pas partie, pour ainsi dire, de la conscience nationale? Remarquons, en effet, que le plus pieux des tragiques Eschyle, les avait exprimées avant Euripide. 11 prétendait que, grâce A Aphrodite, le ciel et la terre éprouvaient l'un pour l'autre un amour réciproque, qu'ils s'unissaient et que de leur union naissait toute vie dans le mondes. Personne cependant n'a prétendu que l'auteur des Danatdes ait été un poèle-philosophe. Cette concordance d'opinions d'Eschyle et d'Euripide ne doit pas être oubliée, et nous y reviendrons plus loin.

Zeus, dit encore Hécube, est peut-être l'intelligence des hommes* C est sa troisième et dernière hypothèse. Le voOç, ajoute ailleurs Eunpide, est en chacun de nous un dieu 5. On pense aussitôt à Anaxagoras. Mais le rapprochement est-il légitime?

Puisque, dans le système de ce philosophe, l'Intelligence est le principe ordonnateur du monde, qui a produit à l'origine la circulation universelle, Zeus ne pourrait être confondu- avec cette Intelligence qu'à condition de lui ôter toute action continue dans l'univers 11 aurait été actif un moment, quand il donna la chiquenaude indispensable à la mise en mouvement du mécanisme, et depuis il se reposerait en le regardant marcher.

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