Ibid., y. 4ii sqq
23o EURIPIDE ET SES IDÉES
femme qui a le plus intérêt à ce qu'il meure • ; enfin, pour couronner dignement sa conduite, après les invectives de Pelée, vieillard chancelant qu'un souftle renverserait par terre, Ménélas se sauver et abandonne sa fille au moment où elle aurait le plus besoin de son appui. Voilà le rôle de ce brave. Euripide semble s'être ingénié à incarner en lui ce que la méchanceté humaine a de plus bas et de plus vil. Mais ce grossissement excessif ne suffît pas à lui donner l'apparence de la vie. Nous ne pouvons le prendre au sérieux, à cause même de sa froide cruauté, de sa barbarie, de l'exagération de sa laideur. Pour détester quelqu'un, il faut croire à son existence. On ne hait pas un fantoche : il fait sourire.
Kn résumé, dans les actions et les paroles qu'il a plu à Euripide d'attribuer à iMénélas, — et dans l'état actuel de son théâtre, c'est un de ses plus fréquents personnages, - il est rare qu'il ne soit pas traité avec une défaveur insigne. Quand il n'est pas présenté comme faible et sensuel, il est méprisable ou même odieux. Sans doute, devant un public athénien, Ménélas avait le tort d'être Spartiate. Aussi, dans la seule pièce, écrite loin de ses compatriotes, où ce roi ait encore un rôle, Euripide se montre plus impartial pour l'ancêtre de leurs ennemis. C'est dans Vlphigénie à Aulis, ne l'oublions pas, que Ménélas relève un peu la tête3; c'est là même qu'il a son seul geste vraiment noble. Mais la haine seule de Lacédémone ne suffît pas à expliquer l'abaissement dans lequel cet antique Lacédémonien est presque toujours tenu.
La légende épique lui était plutôt défavorable, quand on considérait froidement ce qu'elle racontait. Sans doute, Ménélas ne tue pas ses enfants, comme le fait Agamemnon dans les Cypriaques; pourtant il n'a pas le prestige de son frère, parce qu'il n'est pas à la tête de l'armée : dans toute sa vie il a toujours les seconds rôles. Puis on lui vole sa femme. Il s'efforce de la reprendre. Mais, dans ces conjonctures, c'est souvent l'insulté qui a tort et il ne tarde pas à être insupportable à ceux qui sont obligés de soutenir sa querelle. Ménélas en a fait la triste expérience. On lui en a voulu d'avoir eu besoin de défense. Que