‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 208 sur 362 · HÉLÈNE, TYPE DE FEMME VEKTUEUSE ET FIDELE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE, TYPE DE FEMME VEKTUEUSE ET FIDELE

mort du roi, son fils lui a succédé et est devenu amoureux d'elle. Hélène, très sage, n'a pas voulu l'écouter. Déjà, depuis sept ans, la guerre est terminée. Ménélas, poussé par la tempête, est jeté enfin sur la côte égyptienne avec l'autre Hélène, celle qu'il a reconquise. Il ne reconnaît sa vraie femme que lorsque la fausse s'est dissipée, comme une fumée dans les airs. Puis, ils retournent tous deux en Laconie, très surpris, on le comprend, de la bizarrerie de leur aventure. Car la guerre de Troie, comme toutes les guerres, n'a été qu'une vaste duperie. La mystification a été particulièrement cruelle pour tous ceux qui y ont laissé leurs os.

On le voit : de toutes les pièces qu'Euripide a composées, il n'en est pas de plus piquante ni de plus drôle. Est-ce même une vraie tra-l gédie.3 Pour l'admettre, on est forcé de ne pas exclure de ce poème une fantaisie désabusée, une bonhomie de pince-sans-rire légère et moqueuse, qui aurait révolté Eschyle et qui pour nous est pleine de saveur. Car, pour des raisons différentes, nos idées sont souvent voisines de celles du poète de l'Hélène. Ainsi, quand des personnages de l'épopée nous sont aujourd'hui présentés au théâtre, si nous admirons comment Racine a su les faire parler, nous supportons aussi de les voir en travesti. Osons même dire qu'il ne nous déplaît pas que les dieux agissent parfois comme des bouffons ou des portefaix. Nous leur faisons payer le culte dont ils ont été, de la part des hommes, l'objet souvent indigne, et le respect que nous a imposé dans notre jeunesse l'admiration de nos maîtres, quelquefois intempérante ou un peu simple.

Sans rendre à son héroïne un aussi mauvais service, Euripide, avec | une liberté malicieuse, a dépouiUé Hélène de l'attrait surnaturel qui f émanait d'elle. Il lui retire son sceptre et sa couronne. Il efface le sourire de ses lèvres, et ses yeux éclatants, il les obscurcit, il les déshonore presque avec des larmes». Il la rapproche ainsi de notre commun niveau. Notre malignité a plaisir à reconnaître en elle, non sans surprise, une femme presque ordinaire, qui a eu d'étranges aventures.

Cependant U n'a pas osé toucher à sa beauté divine. Faire d'Hélène une femme laide eût été une profanation devant laqueUe cet artiste

Page 1