‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 84 sur 362 · AlcestCy V. 898 sqq · texte numérisé non relu

AlcestCy V. 898 sqq

2. Ibid V. 4i2 sqq. - Ailleurs, Euripide n'a pas su toujours faire parler des enianis. M le mol ^ov^cttoXo; est ici trop savant, que dire de la métaphore, si déplacée en un pareil instant, du vers 1278 de la Médée, et de l'expression trop recherchée du vers 626 sq. de VAndromaque? Cf. V Alceste d'Hadley, p. 84.

La sensibilité du poète est ici d'une admirable fécondité. Personne ne la égalé dans l'expression des passions douces. Elles lui ont inspiré la multitude des vers entraînants qui donnent à son théâtre Unt de force et de charme.

Alceste, Andromaquc, Jocaste, Hécube ont de vraies entrailles de mères. Elles ont pour leurs enfants des soins jaloux, des yeux passionnés, des gestes caressants, une ardeur véritable à les chérir. Il y a de mauvais pères dans le théâtre d'Euripide, et malgré toutes ses explications, Jason en est un. Y trouve- t-on une mère dénaturée, une seule femme que la vue de l'enfant ne fasse pas tressaillir? Hermione, si cruelle pour celui d'Andromaque, est justement excusable, parce que ses espérances de maternité ne se réalisent jamais: elle serait moins acariâtre, si elle était féconde-. Creuse n'a abandonné Ion que pour faire mieux détester le dieu qui la rendue mère, mais elle n'a jamais oublié la douleur de cet abandon. Médée elle-même a le cœur qui déborde d'amour pour les enfants qu'eUe poignarde.

Car nous sommes au théâtre, et la vie dont nous contemplons le jeu a souvent quelque chose de factice. En d'autres termes, il n'est pas toujours impossible de remaniuer dans les personnages d'Euripide une vraie contradiction entre leurs sentiments et leur conduite. Avec des paroles si tendres, on est surpris qu'ils accomplissent des actions si dures. Agamemnon, qui s'effraie d'avance des cris de frayeur que poussera le petit Oreste à la vue du sang de sa sœur», aura 1 âme assez insensible pour ordonner lui-même regorgement d'iphigénie. Quelle invraisemblance! Et Médée, si facile aux larmes, si émue par les baisers de ses fils, aura la force de les tuer ellemême, quand la caresse de leur haleine la fait presque défaillir d'attendrissements. A qui le fera-t-on croire?

Mais ces meurtres étaient nécessaires, obligatoires dans le drame. La sensibilité des personnages n'y était pas à l'origine plus vive que dans l'épopée, dont les héros sont si prodigues de sang humain. Ceux de la tragédie, qui étaient leurs descendants directs», continuèrent à

I. Andromagiie, v. 3j sqq., v. iS; sqq. ». Iphigénie à AuUs, v. 465 sq.

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