EXAMEN DES SUPPLIA^^TES
par hasard un tremblement de terre, C7£r.(r[ji.6£; s ne l’a pas déplacée sur sa base? C’est qu’en copiant son miracle sur un phénomène qui n’était pas inconnu, il prend soin de nous en souffler l’explication naturelle. A la lecture, on saisit assez vite son intention, mais au théâtre il est douteux qu’elle ait été comprise par chacun.
En quelques drames il s’ingénie à soutenir des idées contraires aux siennes. Comme aucun écrivain n’a été si souple que lui, l’art avec lequel il développe ces idées risque d’abuser ceux qui le lisent un peu vite. A cet égard la tragédie des Suppliantes est singulière.
Si Adraste a été vaincu par Créon, et s’il est réduit à demander à Thésée son appui pour obtenir du roi de Thèbes que les cadavres des chefs argiens lui soient rendus, c’est parce qu’il n’a pas observé la flamme des sacrifices. 11 n’a pas tenu compte de la volonté des dieux; il reconnaît sa faute. Elle a causé son désastre. Car les hommes n’ont de sagesse que celle que la divinité leur inspire. Ils paraissent libres, mais ils ne sont en ses mains qu’un instrument dociles. Voilà qui est consolant et vraiment moral. Ce qui suit ne l’est pas moins.
Au moment où Thésée, à la tête de ses hoplites, se met en marche contre Thèbes, les personnages de l’orchestre, incertains de son succès, échangent quelques paroles anxieuses. L’un déclare qu’il a bon espoir dans l’entreprise du roi. « Tu crois donc à la justice des dieux? » lui demande un camarade indiscret 3. — Son compagnon, éludant la réponse, affirme avec la gravité qui convient à ces sortes de déclarations, que ce sont eux qui dispensent aux mortels le bonheur et l’infortune. — Toujours sceptique et clairvoyant, son interlocuteur remarque que le partage qu’ils en font est bien inégal^. — L’autre, qui ne veut pas être troublé dans sa quiétude, répète que les dieux seuls tiennent en leurs mains la fin des choses humaines. Il ne dit pas pourquoi il a confiance en eux, mais, comme tous les croyants, sans expliquer .les raisons de sa foi, il se contente d’affirmer qu’il l’a et qu’elle est inébranlable. Gela est plus commode que de la justifier.