‹ Euripide et ses idéesChapitre 112 sur 388 · Ibid., V. /187 sqq · texte numérisé non relu

Ibid., V. /187 sqq

.3. Ibid., V. i'|/|2 sqq.

t3o EURIPIDE ET SES IDEES

n’est pas tendre pour le dieu qui Ta nourri. Et il a soin de placer sa déclaration à un endroit du drame où elle a le plus d’effet, à la fin d’un épisode, quand l’action s’arrête et donne du temps à la réflexion. On ne saurait être plus ingrat, d’autant plus qu’on ne trouve rien à répondre à cette tirade retentissante.

Il est vrai que, dans la dernière partie de la pièce, parlant à l’oreille de Gréuse, mais de façon que tout le théâtre entende, Ion lui dit de prendre garde, qu’après avoir failli, comme il arrive quelquefois aux jeunes filles, elle ne rejette sa faute sur un dieu, et ne donne à son enfant un père divin, quand il n’est que le fils d’un homme i. Mais Euripide cherche moins à innocenter Apollon qu’à critiquer pour un autre motif la légende. Il avait remarqué, comme on réclamait souvent pour la naissance de certains êtres privilégiés la collaboration des Immortels. Et il n’était pas homme à se laisser abuser par ces duperies. 11 suppose donc que toutes celles qui commettaient une faute, la rejetaient, si elle laissait des traces, sur quelque dieu. Et ces fautes ne devaient pas être bien rares dans un pays méridional et ardent.' On le voit assez en lisant Pindare.

Mais comment faut-il concilier les deux explications? Ion est-il fils d’Apollon ou de père inconnu ? On comprend que le poète ne puisse pas nous le dire. Sur la première hypothèse, il construit son drame. Elle seule lui permettait de l’écrire et de le faire charmant. Mais il nous en indique une autre, en finissant. Nul doute que ce ne soit pour lui la bonne, celle à laquelle il nous engage à nous tenir, car il n’était pas obligé de nous la proposer. Ce n’est pas la seule fois qu’il prend un malin plaisir, quand il achève une pièce, à détruire en quelques vers tout l’ingénieux édifice qu’il vient d’élever avec tant de grâce. Il semble vouloir nous faire honte, comme à des enfants, du plaisir que nous avons pris au joli conte qu’il nous a fait.

Si le jeune Ion n’avait pas de père, Héraclès en avait deux. C’était une compensation. Car Alcmène, mariée à Amphitryon, avait donné à son époux un fils qui était né de Zeus. Celui-ci ne s’embarrassait guère des infidélités qu’il faisait à sa femme. Comme, de son côté.

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