‹ Euripide et ses idéesChapitre 120 sur 388 · Ibid., V. 1020 sqq · texte numérisé non relu

Ibid., V. 1020 sqq

7. Cf. Odyssée, 111, v. 194, IV, v. 629, où il est dit que le guet-apens a été imaginé par Egisthe. Glytemnestre ne se mêle de rien, et à son retour Oreste n’a pas à la punir. Il est vrai que dans d’autres endroits, Odyssée, III, v. 92, v. 3 10, XI, v. 4 10, l’épouse aide l’amant, mais jamais elle ne tue elle-même. Sur ce point délicat, cf. P. Mazon, VOrestie d’Eschyle, p. xxi sq.

8. Dans le prologue du drame, v. 9 sq., Euripide déclare expressément que Glytemnestre tendit le piège et qu’Egisthe frappa. L’opposition entre ôoXto et y^epi est très nette. Plus loin, v. io40 sqq., pour expliquer sa conduite, Glytemnestre afTirme qu’elle a dù s’adresser aux ennemis de son mari, pour trouver quelqu’un qui consentît à

EXAMEN DE LÉLECTRE 1 87

laisser faire son amant, elle ne manquait pas de prétextes, ni même de raisons. Ainsi, sa mort nous paraîtra presque discutable. Gomme c’est son fils qui la tue, cette mort nous fera horreur. C’est précisément ce que veut Euripide.

Oreste, à son tour, loin d’être l’impérieux exécuteur des arrêts du destin, comme Eschyle nous le montre, est un malheureux qui, forcé par une puissance supérieure de commettre un crime abominable, hésite, avance, recule, ne sait à quoi s’arrêter. Il est si peu convaincu de la justice de sa mission que, sur le point de l’accomplir, il juge insensé l’oracle qui la lui prescrit i. Il craint même qu’un démon malfaisant n’ait emprunté les traits d’Apollon, pour lui donner du haut du trépied fatidique l’ordre qui révolte si profondément sa conscience et sa raisons. Avec de telles idées, osons le dire, son parricide n’est pas vraisemblable, mais Euripide n’a pas pu l’en dispenser, puisque la tradition exigeait qu’Oreste tuât sa mère. Il ne restait au poète qu’à donner à l’assassin une âme moins inquiète. Il a fait tout le contraire.

Quand le meurtre est accompli, le jeune homme en est si ému, qu’il ne peut s’empêcher, comme ces assassins que leur crime étouffe, de nous le décrire. On sent que le malheureux en conservera un souvenir ineffaçable, et que l’idée fixe ne tardera pas à troubler son cerveau : Glytemnestre écartait ses vêtements; elle découvrait son sein devant le glaive ; elle se traînait à genoux ; il sentait son cœur se fondre ; elle le suppliait de ne pas la tuer; le fer s’échappait de sa main. Il était si bouleversé, l’horreur avait si complètement troublé son être, qn’il ne put frapper sa mère qu’en s’enveloppant la tête de son manteau, pour ne pas la voir3.

A ce moment, avec une férocité effrayante, Electre s’écrie, en coupant la parole à son frère : « Et moi, je t’encourageais à la tuer, et je t’ai aidé à enfoncer l’épée^. » La jeune fille est tout entière dans cette déclaration. Jamais Euripide n’a imaginé de créature plus ulcérée. Est-

participer au meurtre. Gela ne signifie- 1- il pas qu elle en a été l’instigatrice et Égisttie l’exécuteur? Mais dans Eschyle, c’est l’amant qui prépare le meurtre et l’épouse qui porte les coups de hache. A son tour, le choeur de V Electre, v. iiSg sqq., racontera les choses de la même manière. La contradiction est flagrante,

Page 1