Ibid., V
8. Ibid., V. 918 sqq. Penthée, comme un homme ivre dont les yeux vacillants ne peuvent se üxer sur un objet, y voit double; réalisme adroit: c’est le dieu du vin qui trouble la raison du roi.
anéantit son corps fragile ; le beau mérite, puisqu’il est dieu! lia trop l’air dans la lutte de ménager l’aveuglement de Penthée, pour se réserver une vengeance éclatante. Mais cette vengeance ne ressemble en rien à un triomphe : son adversaire était trop faible.
Ce qui a pu faire croire qu’Euripide était converti dans ce drame à la religion traditionnelle, ce sont les passages où il déclare que les antiques croyances, celles que l’on tient des aïeux et qui sont aussi vieilles que le temps, ne peuvent être renversées par aucun argument, fût-il inventé par l’intelligence la plus avisée Ailleurs, il recommande la foi simple, la foi naïves. 11 y a là moins un regret qu’une condamnation, car de tous ceux qui ont lu son théâtre, qui oserait affirmer qu’à ses yeux la naïveté soit une vertu et non pas un défaut? De plus, parmi les raisons qu’il donne de croire à Dionysos, n’en peut- on pas trouver au moins une qui soit la négation même de toute foi, par l’hypocrisie qu’elle supposerait dans celui qui l’a imaginée : « Quand bien même Dionysos ne serait pas dieu, comme tu le prétends, dit Gadmos à son fils, tu devrais cependant l’appeler de ce nom, et affirmer par un pieux mensongequ’il est né de Sémélé. Ainsi, elle aurait la gloire d’avoir enfanté un dieu, et l’honneur en rejaillirait sur toute la famille^. » Voilà une déclaration importante. La pensée qui l’a dictée est, par son essence même, étrangère à l’esprit du vrai croyant. Les compromissions, les calculs, les raisons louches d’intérêt, celui-ci ne les connaît pas, il les méprise, il les a en horreur. Il peut être sot, ignorant, obstiné, mais il est sincère. En prêtant un pareil langage à l’un de ses personnages, Euripide fait preuve, comme toujours, d’ingéniosité inventive et souple, mais cette ingéniosité même nous aide à découvrir le fond de son âme : il ne sait pas faire parler un croyant, parce qu’il ne croit point.
En un autre passage, choqué par un des détails du mythe, il entreprend de le corriger, pour le rendre plus acceptable. On se souvient de l’affreux calembour auquel il ne craint pas de recourir, pour expliquer comment Dionysos n’était pas né de la cuisse de Zeus^. S’il