Héraclides, v. io
DIGÉ, DIVINITÉ NOUVELLE
perspicace et ses yeux verront touti , même dans les ténèbres 2. Elle se plaira comme un fleuve à changer la direction du cours des choses, et elle aimera les reflux et les retours de la fortune 3. Elle sera la justicière souveraine, et elle empruntera même une fois à Héraclès sa lourde massue^, sans doute pour purger, comme lui, Funivers des monstres qui le souillent.
Cette divinité où réside-t-elle ? A nos côtés, où elle nous regarde agir, sans que nous la sachions si proche. Elle chemine et nous suit, lente et sûre 5. Et ce n’est pas parce qu’un criminel aura parcouru, sans accident, la première partie de la carrière qu’il pourra être sûr de franchir la ligne finale, avant d’échapper à ses coups 6. Dans un beau fragment de Y Archélaos , un personnage inconnu nous l’explique: (( Crois-tu donc, dit-il, que ta volonté l’emportera jamais sur les dieux, et que Dicé habite loin des mortels, dans quelque lieu retiré? Non, elle est près de nous, elle nous voit sans être vue et sait châtier: toi, tu ignores même quand tout a coup elle surviendra et perdra les méchants 7. )>
Dicé a une puissance terrible 8. Elle ne s’en sert jamais pour récompenser, mais toujours pour punir. Elle n’encourage pas à bien faire, mais elle réprime le mal, quand il est commis. En cela, son action est identique à celle des autres dieux. Jamais le mot d’amour n’a été employé dans leur culte: on les conçoit comme des êtres, qui inspirent du respect, seulement parce que les peines qu’ils infligent sont redoutables.
Mais Dicé châtie-t-elle toujours ceux qui le méritent? Et ceux que l’infortune accable sont-ils tous malheureux à cause d’elle? On voit l’importance de la question. Cela revient à demander si tous les criminels sont malheureux, et si tous les malheureux sont criminels ?
Pour la première question, tout en usant de correctifs nombreux, Euripide a été plus affirmatif qu’on ne s’y attendrait. Pour la seconde.