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Troyennes, v. 681 sqq

LES PRATIQUES RELIGIEUSES

douleur imméritée est déjà assez angoissant à lui seul, puisqu’il peut faire douter de la justice divine. Mais si on proclame que les dieux font souvent la sourde oreille aux supplications passionnées de ceux qui les invoquent, cette parole sera d’autant plus désolante que l’infortune qui l’aura suggérée sera elle- même plus douloureuse.

Reconnaissons donc que les plaintes d’Adraste, dont Thésée refuse un instant de soutenir la causer, celles d’Ëlectre, si déchue de son origine royale 2, ne nous émeuvent guère. Nous nous disons que si ces gens-là sont malheureux, ils ne le seront pas toujours. Cela nous tranquillise. Il n’en est pas de même des blasphèmes d’Hécube. Ils nous laissent incertains, décontenancés. Nous cherchons à justifier les dieux. Nous ne le pouvons.

Qui fut jamais plus digne de la compassion divine que la reine de Troie le jour où la ville fut prise? Sa fille, Polyxène, a été égorgée sur le tombeau d’Achille 3. Tous ses fils ont succombé sous les coups des Achéens, à l’exception de Polydore, qui sera tué bientôt en Thrace, s’il ne l’est déjà. De la troupe nombreuse de ses enfants, Gassandre survit encore, mais Talthybios vient de l’emmener dans la tente d’Agamemnon, où elle devra subir l’amour de son maître. Hécube reste seule, et son désespoir est si profond qu’elle tombe inanimée sur le sol. Le chœur des Troyennes s’empresse autour d’elle. Leur affection l’importune. Elle veut rester avec sa douleur. Par habitude, et à son âge l’habitude est une maîtresse impulsive de toutes les actions, elle appelle encore les dieux à son aide. Puis, s’arrêtant aussitôt : (( J’invoque là de médiocres auxiliaires, dit -elle, mais quand les mortels sont malheureux, ils prient la divinité : c’est là un geste décent^. » On trouvera peut-être que cette justification de la prière est assez inattendue et plutôt faible. A la fin du drame, devant le spectacle poignant de son palais et de la ville, qui s’effondrent dans les flammes, Hécube a encore le même cri et la même réticence : a O dieux, gémitelle, mais pourquoi les appellerais -je? Jamais ils n’ont entendu mes appels 5. » C’est son dernier mot avant la lamentation finale. Il est saisissant.

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