Ibid., V. 3 70 sqq
devrait remercier les dieux d’être débarrassé d’elle i . Ménélas ne veut rien , entendre. A toutes les raisons, son âme est sourde comme sa passion.
La flotte, cependant, quitte les rivages de l’Eubée et aborde en Asie. Devant Troie, que fit Ménélas ? Bien peu de chose, puisqu’il rapporta en Grèce, dans leurs riches enveloppes, ses belles armes aussi intactes qu’avant la guerre 2. Pendant les dix années de luttes, Ménélas ne s’en servit point.
Quelle partialité et quelle inexactitude ! Vraiment Euripide dépasse la mesure. Se moque-t-il de nous? Croit-il que nous n’avons pas lu V Iliade? A l’en croire, Ménélas revint de la guerre de Troie sans une égratignure^. 11 a donc oublié la blessure que celui-ci reçut après sa lutte avec Pâris? Cette blessure était assez glorieuse pour mériter d’être mentionnée. Dans le combat singulier que se livrent les deux hommes, sur le front des armées attentives, Ménélas, de sa large main, avait renversé Pâris Il l’avait saisi par la crinière de son casque, il le traînait dans la poussière. Pâris, à moitié étranglé par la jugulaire qui ne cédait pas, faisait en la circonstance une assez piteuse grimace. Qui des deux avait alors meilleur air, du mari qui marchait à grandes enjambées, robuste et furieux, ou de l’amant qui tirait la langue? C’en était fait de ce dernier, si Aphrodite ne l’avait enlevé dans ses bras comme un enfant.
La victoire de Ménélas était éclatante. D’après les conventions mêmes du duel, Hélène devait lui être rendue. Mais, quand Agamemnon élevait déjà la voix pour la réclamer 5, une flèche, lancée perfidement par l’archer Pandaros, vint frapper Ménélas à la ceinture 6. La blessure était grave. Il fallut toute la science de Machaon pour la guérir.
Où Euripide a-t-il vu que, pendant toute la durée de la guerre, Ménélas fut aussi économe de ses coups qu’adroit à ne pas s’exposer
1. Et même payer pour ne plus la recevoir dans sa maison, aA^ait dit Pelée dans V Andromaque, v. 609. Ce n’est là qu’une boutade. Elle est pardonnable à celui auquel la faute d’Hélène avait coûté la vie de son fils, Achille.