‹ Euripide et ses idéesChapitre 244 sur 388 · Ion, V. 48 1 sqq · texte numérisé non relu

Ion, V. 48 1 sqq

Même alors il ne quitte pas la maison où il est né. Il la pare encore de son souvenir I.

Mais quels déchirements et quelles larmes il cause quand il est arraché brusquement à Taffection maternelle! Ici, tout commentaire est insuffisant. 11 faut citer Euripide. Écoutons Andromaque, au moment où les Grecs lui prenant le petit Astyanax, qu’ils vont tuer, elle lui dit un suprême adieu : « O mon enfant, tu pleures ? As -tu donc conscience de ton infortune? Pourquoi m’étreindre de tes bras et t’attacher à mes vêtements, pauvre petit oiseau, réfugié sous mon aile maternelle?... Chose affreuse! Lancé à travers le vide du haut des murs, le cou brisé dans une chute impitoyable, tu vas donc exhaler le souffle de la vie. Oh ! l’étreinte de ces bras d’enfant, la plus douce caresse pour une mère! Chair délicate au doux parfum! C’est donc en vain que dans ton berceau mon sein t’a donné son lait : c’est à cela qu’ont abouti tant de peines, tant de soucis qui ont consumé ma jeunesse. Allons, une fois encore, une dernière fois, donne un baiser à ta mère, jette-toi dans les bras de celle qui t’a mis au monde, enlace tes bras autour de mes épaules et mets ta bouche contre ma bouche 2. »

Il y a dans le ton de ces plaintes douces, éplorées, déchirantes, une tendresse qu’aucun poète n’a jamais égalée. Sans doute, si nous n’étions pas au théâtre, c’est-à-dire si les faits, au lieu d’êlre imaginaires, se réalisaient devant nous, une mère ne parlerait pas ainsi. Son amour même l’en empêcherait. Au lieu de cette harmonieuse beauté des idées, qui se pressent sans se confondre dans un mouvement impétueux et doux, ce ne seraient que cris inarticulés, gestes qui résistent ou qui implorent, malédictions, sanglots. Mais puisque l’art n’est qu’une convention, on ne peut qu’admirer la vérité profonde de ces vers, puisqu’ils contiennent tout ce que, dans une telle situation, souhaiterait de dire une femme, si tant est qu’elle pùt souhaiter autre chose que la vie de son enfant.

A leur tour, quelle devra être la conduite des enfants pour leurs parents ? Là encore, l’amour sera le principe de tout^. Cet amour sera

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