‹ Euripide et ses idéesChapitre 269 sur 388 · Troyennes, v. i3o2 sqq · texte numérisé non relu

Troyennes, v. i3o2 sqq

parce qu’il n’est pas sûr, dit-elle, que dans l’Hadès on entende la voix des vivants i ? Qui l’obligeait à glisser cette remarque sceptique au milieu de sa prière?

Donc, les morts sont morts. Il faut les laissera. Le lien qui les unissait aux vivants est éternellement brisé 3. Ils ne sont plus que limon, qu’ombres vaines Ce qui est sous la terre n’est plus rien. C’est le cri suprême d’Iphigénie conjurant son père de ne pas la tuer 5. Il n’en est pas sorti de plus fort d’aucune bouche humaine.

Les morts n’ont-ils vraiment plus de sentiment, plus de connaissance.^ Quand Ajax se précipitait furieusement sur son glaive, après avoir salué d’un dernier adieu le soleil, Salamine, Athènes et tous ceux avec lesquels il avait vécu, il s’écriait, farouche : « Voilà mes dernières paroles. Le reste, je le dirai aux morts dans l’Hadès. » Donc il croyait, lui, que la mort n’anéantissait pas la conscience humaine 6. Electre supposait que les morts étaient toujours en communication avec les vivants et qu’ils avaient même quelque influence sur eux 7. Héraclès affirmait que sous terre il saurait ce que ferait Hyllos, et il le menaçait de ses imprécations, si celui-ci le pleurait trop tendrement 8. Œdipe prétendait que ceux qui descendaient dans les Enfers y reconnaissaient ceux qu’ils avaient perdus 9. Enfin Antigone, la plus généreuse des vierges de Sophocle, se consolait de mourir, même à vingt ans, dans l’espoir d’être accueillie avec joie par les siens lo.

Ce sont là de belles, de généreuses idées. Je dirais volontiers qu’elles nous sont imposées quand nous nous sentons mourir, et surtout

1. Héraclès, v. 490 sq. Se bien garder de rien changer au texte, qui est excellent.

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