‹ Euripide et ses idéesChapitre 272 sur 388 · Ibid., V · texte numérisé non relu

Ibid., V

.8, Ibid., V. i/|/|0 sq.

réconcilié avec son père, comme le lui demandait Artémis. Il a dit l’éternel adieu à celle qu’il aimait. Tous les liens d’affection et de rancune qui oppriment ceux qu’il laisse derrière lui se sont détachés de son âme allégée.

Mais cette âme où va-t-elle? En 438, Euripide prêtait une attention complaisante aux êtres fantastiques du pays des morts. En 428, dix ans après, quand il faisait mourir le fils de Thésée, et qu’il lui laissait apercevoir à ses derniers moments les portes des Enfers i, était-il certain que derrière ces portes il y eut quelque chose? Gela est bien douteux, puisque la nourrice de Phèdre déclare justement qu’au sujet de ce qui se passe sous terre, nous ne savons rien de sûr et que nous sommes, quand nous voulons décrire ce qui suit la mort, le jouet de fables vaines 2.

Il semble donc qu’entre les deux dates, la pensée du poète ait évolué, d’autant plus que dans l’intervalle il songeait déjà à cette autre existence que mène l’être humain quand il n’est plus 3, existence qui n’a rien de commun avec ce qu’on en raconte. Si l’on essaie de la définir, on peut dire qu’elle est l’entrée en possession d’un état nouveau. En d’autres termes, ce que nous appelons la mort n’est peut-être pas autre chose que la vie, et, pour ceux qui ont succombé, nous pouvons être des morts qui nous croyons vivants^. Pensée surprenante, même dans un cerveau grec, où la vie des mots était si intense qu’elle trouvait sans effort les combinaisons et les accouplements les plus inattendus 3, pensée profonde, qu’un moderne traduira, sans le savoir, sous cette autre forme plus concrète : « Toute nuance nouvelle que prend notre âme implique nécessairement une nuance qui s’efface. La sensation d’aujourd’hui se substitue à la sensation précédente. Un état de conscience ne peut naître en nous que par la mort de l’individu que nous étions hier G. »

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