L’École des maris, acte I, scène ii
3. Si bien que dans l’Alopé, fragm. iii, il prétend que la bonne éducation ne sert de rien aux femmes, et que les mieux élevées se conduisent le plus mal.
de l’homme. Réunissons les traits épars du portrait qu’il a tracé d’elle I. Il ne demande pas qu’elle soit belles et encore moins qu’elle soit intelligente. Il détesterait même qu’elle eût de l’esprit et qu’elle sût raisonner. D’abord, il veut qu’elle soit chaste, qu’elle reste chez elle et ne sorte pointé, qu’elle ne perde pas son temps à des bavardages frivoles, que les aspirations honnêtes de son cœur lui suffisent, surtout qu’elle soit en profond accord de pensée avec son mari, même dans le malheur^, et, ce qui suppose peut-être plus de véritable intelligence qu’il ne semble le croire, qu’elle sache, quand il le faut, lui céder ou lui résister 5, sans risque de brouille. Elle doit l’aimer si profondément qu’elle n’aperçoive pas ses défauts 6. S’il est laid, il doit lui paraître beau. S’il parle mal, elle doit trouver qu’il parle bien.
A part le dernier trait, qui est essentiellement grec, — car on ne conçoit pas un couple athénien sans un époux un peu bavard, et Ischomaque, qui parle tant devant sa jeune femme, serait très mortifié si elle ne l’écoutait pas avec l’attention soutenue que l’on sait, — ce profil de femme, que le poète a pris soin d’illuminer d’un reflet d’amour, s’il manque pour nous de la séduction du sourire et de l’esprit, nous cause pourtant une impression de gravité réfléchie, qui n’est pas sans douceur. C’est bien ainsi que les gens sérieux de ce temps concevaient la femme, l’épouse, la mère. A vrai dire, je ne crois pas que nous pensions aujourd’hui comme eux. Si nous faisons bon marché de la beauté, parce qu’elle est devenue de plus en plus rare et que nous n’avons pas le droit d’être exigeants nous-mêmes, nous voulons, en revanche, qu’une femme soit instruite et intelligente. Nous faisons d’elle la confidente de notre pensée, ou du moins nous le tentons. Racine était moins difficile. C’est bien du type de femme dont son maître avait parlé, qu’il s’est contenté. Et, après
1. Troyennes, v. 645 sqq. ; /. F. F., 909; Hippolyte, v. 638 sqq. Ne pas oublier qu’Hippolyte est, dans ce dernier passage, très monté contre les femmes et qu’il exagère un peu ses déclarations. De plus, on ne peut prendre au sérieux tout ce qu’il dit, notamment de la nécessité où se trouve un père de donner une dot à sa fille, pour se débarrasser d’elle, v. 627 sqq.
2. Cf. Andromaque, v, 207 sq.; Antiope, fragm. 212 ; Œdipe, fragm. 548.
3. Cf. Héraclides, v. 474 sqq.; Méléagre, fragm. 621 ; F. F., 927.