Archélaos, fragm
dépossédés, céder la place à des parvenus, et les titres seuls, sans argent, devenir un embarras, une ironie douloureuse, presque comique.
Le paysan de VÉlectre le constate sans amertume i, parce que son âme est adoucie par la mansuétude des champs. D’ailleurs, à la campagne, la pauvreté n’est pas si cruelle qu’à la ville, et elle se dissimule plus aisément, parce qu’elle est moins regardée. Polynice le sait bien. Il connaît les découragements et les fièvres de l’ambitieux qui s’efforce, dans la multitude des médiocres qui l’oppriment, à faire une trouée. 11 est jeune, il est fils de roi, il est pauvre. Il dira crûment que dans l’exil sa noblesse ne le nourrissait pas 2. On sent de la. colère dans son aveu. Il ajoutera sans aucun cynisme, puisqu’il est entendu que la chose est malheureusement indiscutable : « Je sais bien que ce que je vais dire est une banalité: je la dirai toutefois. Ce qu’il y a de plus précieux pour l’homme, c’est la richesse. Il n’est pas de puissance supérieure. Elle m’a permis de conduire ici une nombreuse armée. Sans argent, le noble n’est rien 3. »
Cette opposition des mots noblesse et argent est significative On ne la rencontre pas encore dans Eschyle. Selon les circonstances où ils se trouvent et l’âme dont ils sont animés, les personnages d’Euripide diront que noblesse vaut mieux que richesse », ou le contraire 6. On peut être sûr cependant que laissés à eux- mêmes, c’est l’argent qu’ils préféreront, tout en sachant que sa possession est éphémère, instable, perpétuellement changeante 7 , tandis que la noblesse passe intacte du père à ses enfants. C’est donc iine preuve que les avantages réels de cette dernière étaient déjà très minces à la fin du V® siècle.
Quelle est donc cette puissance de l’argent, qui a si profondément modifié la société que les nobles eux -mêmes sont contraints de