‹ Euripide et ses idéesChapitre 341 sur 388 · Ploutos, V. 1168 sqq · texte numérisé non relu

Ploutos, V. 1168 sqq

(( Il y a de nombreux fléaux en Grèce, mais le pire de tous, c’est l’engeance des athlètes. D’abord ils ne savent pas vivre et ne sauraient l’apprendre. Comment un homme, esclave de sa mâchoire, serviteur de son ventre, pourrait-il rien ajouter au patrimoine de sa famille? D’ailleurs, ils ne savent pas supporter l’indigence ni se plier à l’adversité, car n’étant pas habitués à une vie de sagesse, ils trouvent insupportable de passer de l’aisance à la gêne. Brillants dans leur jeunesse, ils parcourent la cité comme s’ils en étaient la parure, et quand s’abattent sur eux les années amères, ce sont des vêtements râpés qui montrent la corde. Je blâme aussi la coutume des Hellènes : ils se réunissent en foule pour les voir, ils font grand honneur à ces spectacles inutiles... à cause du repas qui les suit. Un homme a bien lutté, bien couru, bien jeté le disque, bien frappé une mâchoire, et on le couronne! Mais en quoi a-t-il été utile à sa cité? Est-ce que les athlètes combattront jamais l’ennemi avec un disque à la main? Est-ce qu’ils traverseront à coups de poing les boucliers i, pour chasser les envahisseurs du sol de la patrie? Personne, en face du fer ennemi, n’aurait cette folie. Ceux donc qu’il faut couronner de feuillages, ce sont les hommes sages et honnêtes, le citoyen modéré et juste qui gouverne bien l’État, tous ceux dont les discours écartent les œuvres funestes, apaisent les combats et les discordes. Voilà les actes qui font honneur à une cité entière 2 et à tous les Hellènes 3. »

Le morceau est plein de saveur. Euripide n’a jamais eu plus de verve, et il aurait fait un excellent satirique. Passons sur l’exagération du début : comparer l’athlète à un fléau véritable, et même au pire des fléaux qui aient jamais désolé la Grèce, c’est là une hyperbole excellente au théâtre, où il n’est pas défendu de dire fortement sa pensée, surtout quand on commence une tirade sonore.

Qu’est-ce qu’Euripide reprochait aux athlètes? De ne pas connaître les règles d’une vie sage, d’être des gloutons, de se livrer à des exercices qui n’ont aucune utilité pratique, puisqu’à la guerre on ne les emploie pas.

Il parle donc, remarquons-le, de cette catégorie de gens douteux,

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