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Ibid., V. 576 sqq

DÉFIANCE A l’Égard de la foule 869

pas jusqu’au bout : ils finissent toujours par succomber. Nul n’y a échappé I.

Déclaration consolante, dont il faut savoir gré à son auteur, qui d’ailleurs a la précaution de nous prévenir qu’à cet égard il ne pense pas comme tout le mondes. Pour lui, la vérité candide et nue a un attrait si fort sur les hommes qu’elle s’impose toujours à leur esprit. Cela est-il sûr, et la foule est-elle aussi docile?

Or, justement, on sent dans Euripide, toutes les fois qu’il parle de la multitude, un sentiment tout autre. Sa perspicacité d’esprit et son humeur chagrine lui font découvrir en elle une foule de défauts.

D’abord, dans la prospérité, elle est impuissante à maîtriser son ambition, s^irrite contre ceux qui prétendent y mettre un frein, et en voulant trop avoir perd ce qu’elle a gagné 3. Si ses forces chancellent, elle s’abandonne au découragement : toute son ingéniosité n’est plus employée qu’à se découvrir des maladies imaginaires^. Elle est remplie de gens mal intentionnés, qui attribuent aux actions d’autrui les motifs intéressés qui dirigent les leurs 5. Elle juge toute chose par le dehors et n’estime que ceux qui se font valoir, en se montrant plus remuants que les autres 6. Or, quand les citoyens malhonnêtes sont au pouvoir, ce qui est un pernicieux exemple pour la cité 7, les gens de cœur ne trouvent pas l’occasion de se produire 8. Car, pour s’imposer à la foule, il faut prendre son langage, ses habitudes, ses mœurs. Pour ne pas lui être suspect, il faut être médiocre et grossier.

Elle est naturellement orgueilleuse et ne veut pas s’incliner devant ceux qui lui sont supérieurs 9, et encore moins les honorer 10. Elle est si ombrageuse que, si l’on ne pensait qu’au bonheur des siens, on ne ferait jamais donner beaucoup d’instruction à ses enfants, parce que

1. Hécabe, v. 1192 sqq. Cf. Alcmène, fragm. 91 avec la correction d’Herwerden.

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