‹ Euripide et ses idéesChapitre 358 sur 388 · LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ

Quand Érechthée mourant fait à Pandion ses recommandations dernières, ce ne sont pas toujours celles que l’on attend d’un antique roi d’Athènes. On ne l’écoute pas sans quelque surprise exhorter son fils à ne jamais faire deux choses à la fois, à craindre le fer et la corde s’il souille les enfants d’autrui, et surtout à s’efforcer d’acquérir du bien, parce que la richesse ennoblit et procure les beaux mariages i . Ce sont là de xrais conseils de père de famille. Un honnête bourgeois d’Athènes n’en aurait pas trouvé de plus pratiques.

Thésée et Démophon seront-ils plus véritablement des rois? En aucune façon, mais leur travestissement est autre. Le premier nous avertit que la cité au nom de laquelle il parle est libre, qu’elle n’obéit à aucun maître et que le peuple y exerce le pouvoir dans des magistratures qui, chaque année, passent à d’autres mains 2. Nous ne savions pas que l’archontat existait au temps de Thésée, et nous nous demandons ce qu’un roi peut faire en une république. Quant à Démophon, qui déclare qu’ Athènes est trop jalouse de sa liberté pour subir les ordres de personne 3, il prouve bien par sa conduite qu’il en est vraiment ainsi, puisqu’après avoir pris en main la cause des Héraclides contre le roi d’Argos, il est obligé, pour obtenir les moyens de la soutenir, de convoquer aussitôt l’assemblée de ses concitoyens^.

Les rois d’Euripide ne diffèrent donc pas toujours des chefs populaires, tels que la cité les voyait se succéder sur l’agora en ce temps-là. Ils obéissent à la loi et sont très soucieux qu’on le saches. Leur crainte de la multitude et de ses propos malveillants est presque maladive 6. Ils semblent persuadés que leurs prérogatives ne tiennent qu’à un fil, à la faveur de la foule. Pour eux, point de droit divin 7. Une pensée hante leur esprit, dirige chacun de leurs actes, ne tes

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