Cyclope, V. /il sqq
le bouc, qui se sent libre et qui se grise de mouvement, s’élance, s’arrête, rebondit, surtout ne veut pas qu’on l’attrape, et
Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
Ni l’air frais qui souffle près de l’étable, ni les pâturages verdoyants qu’on lui montre du doigt, ni l’eau claire que l’on fait miroiter devant lui dans les abreuvoirs n’ont d’effet sur ses convoitises. Plus on le tente, plus il se sauve. On le voit un instant dresser ses longues cornes, immobile sur un roc pointu, et tourner malicieusement ses yeux verts du côté des bergers, qui ne peuvent l'atteindre. Furieux, ils lui jettent des pierres. 11 n’en a cure. Enfin, ils l’abandonnent à l’endroit inaccessible où il s’est réfugié. Et c’est bien par là qu’ils auraient dû commencer. Car la bête rétive, ne se sentant plus poursuivie, se dégoûte bientôt de la solitude et revient en clopinant auprès de ses femelles et de leurs chevreaux.
Voilà un petit tableau de la vie champêtre, frais comme une aquarelle, léger, spirituel, pimpant. 11 est exactement composé comme la scène précédente de 17o/i, mais dans une autre note. Le mouvement est identique et on y trouve la même teinte d’humeur narquoise, qui est délicieuse.
La pièce où s’est le mieux accusée l’attention qu’Euripide portait aux choses de la terre et aux gens qui la cultivent, c’est, on le sait, V Electre, ce drame rustique, où l’on entend causer des laboureurs dans le bruissement des sources. 11 mérite d’arrêter un instant nos regards.
Nous sommes aux champs. 11 fait à peine jour. Electre arrive. Nous ne la reconnaissons pas : c’est une paysanne. Dans une urne qu’elle porte droite sur la tête, elle va chercher de l’eau à la fontaine voisine. Rappelons-nous ce qu’elle dit au moment où elle apparaît :
’O vu^ |j.£Xaiva, ^(puaéwv aaipoiv xpo^s...*.
Ce vers, un des plus beaux d’Euripide, est lumineux comme les nuits constellées de la Grèce, et sombre comme leurs ténèbres. Sûre-