Médée, v. 1069 sqq
4. Se rappeler la définition que Wilamowitz, Herakles, I, p. 107, donne de la tragédie attique : c’est un morceau, complet en soi, de la légende héroïque, traité poétiquement en style élevé...
agir comme eux, malgré la transformation de leur cœur. Avec Euripide, qui s’émeut aux frémissements les plus légers de l’ânie, ces meurtres devinrent peu à peu un véritable anachronisme. 11 fallut toute son adresse d’homme de théâtre pour les faire accepter. Eschyle qui donnait à Clytemnestre un visage et une âme d’airain, n’avait pas besoin de cette adresse quand il lui faisait assassiner Agamemnon. Plus tard, la même femme ne pouvait pas, sans être attendrie, regarder, nous dit-on, le visage d’Oreste endormi i. Quelle apparence qu’elle eût jamais, avec une pareille âme, commis un pareil crime? Elle pouvait bien avoir les colères douloureuses de son sexe, ses jalousies, ses faiblesses, mais Euripide a trop hésité à affirmer qu’elle avait tué de sa main le père de ses enfants 3, pour ne pas comprendre d’instinct qu’avec la sensibilité raffinée qu’il lui prêtait, le crime que la tradition lui attribuait était inadmissible.
Il y avait donc un inconvénient à continuer de faire commettre des actes barbares à des gens qui ne l’étaient plus. Il valait mieux supposer que, faibles, ils subissaient ces violences. Et si dans ce théâtre rajeuni les enfants sont une source d’émotions dramatiques, ce n’est pas ordinairement parce que leurs parents les tuent, c’est surtout parce qu’ils les perdent. On les arrache des bras de leurs mères. Celles-ci, pendant ce déchirement de leur être, exhalent des plaintes que nous ne pouvons lire sans être remués. Ceux qui leur prennent leurs enfants sont des êtres subalternes 3, ou des personnages sacrifiés^, qui ne paraissent pas fiers du rôle qu’on leur fait jouer. Ils restent silencieux dans un coin de la scène, n’entendent rien, semblent vouloir qu’on ne remarque pas leur présence, cherchent des excuses à leur cruauté, surtout appréhendent comme un outrage intolérable qu’il y ait une lutte entre eux et leurs victimes. Et le poète, pour ne pas révolter les spectateurs par des violences qui seraient odieuses, sait toujours la leur épargner.