C. ROCHERS DE GRÈS DU TRIAS, DANS LA HARDT
G. U., t. IV, Pl. XXIV.
LES PAYS RHÉNANS DU SUD
Sur les 1 900 kilomètres carrés ainsi circonscrits vivent 793 000 habitants, soit une densité moyenne de plus de 400 au kilomètre carré, largement dépassée aux bords de la Sarre. Cette agglomération n'a pourtant pas modifié le paysage aussi profondément que dans la région de la Ruhr. A peine quitté Sarrebruck, le train qui va vers Mayence plonge dans la profonde hêtraie. Les puits, cachés dans la forêt, se révèlent à peine aux superstructures dépassant les cimes des arbres. Le voyageur emporté par l'express peut presque ignorer qu'il traverse un pays minier. En fait, Sarrebruck est la seule ville dépassant 100 000 âmes (125 000). Neunkirchen n'en a que 41 000 ; Dudweiler, Sulzbach, Vôlklingen, Saint-Ingbert atteignent ou dépassent à peine 20 000. C'est par la multiplication des gros villages et des bourgs industriels le long de la Sarre et dans la région des collines permiennes que se réalisent les fortes densités. La vie agricole persiste, car les trains ou tramways peuvent amener de très loin les ouvriers aux mines et aux forges ; ce qui reste de la famille continue à cultiver le petit champ donnant surtout des pommes de terre, à nourrir les porcs, à faire paître la vache. Certains mineurs ne rentrent à la maison que le samedi soir.
Ce genre de vie s'est organisé avec le développement de l'industrie au cours du xix® siècle, particulièrement depuis 1870. Depuis longtemps, la forêt abritait de nombreuses petites forges au charbon de bois, travaillant un minerai pauvre, pendant que chacun piochait la houille affleurant dans le vallon, pour chauffer sa maison. Sarrelouis, vieille forteresse française, avait au début du xix^ siècle 4 200 habitants, Sarrebruck et Saint- Jean, réunis depuis, en avaient 3 500 et 2 500. Napoléon fit le premier reconnaître par ses ingénieurs le bassin houiller, en vue d'une exploitation industrielle, qui devait échapper à la France par suite de l'annexion du pays à la Prusse en 1815.
La houille s'est révélée facile à atteindre au Nord de la grande faille qui va de Sarrebruck jusqu'à Neunkirchen au Nord-Est, relativement peu disloquée par les failles et décrochements transversaux, offrant, au-dessus des couches grasses, un faisceau de flambantes et enfin des couches maigres (faisceau d'Ottweiler). Les réserves sont immenses, estimées à 12 milliards de tonnes jusqu'à 1 500 mètres de profondeur. L'exploitation, poussée surtout depuis 1870, a donné, en 1913, 13 millions de tonnes. L'État prussien, possesseur de la plupart des mines, maintenait des méthodes qui, si elles n'assuraient pas de très forts rendements, évitaient les grèves et les embarras. La métallurgie lourde, aux mains d'un nombre limité de gros industriels, s'est développée surtout depuis 1880, quand la déphosphoration a permis d'utiliser les minerais de la Lorraine annexée. Des verreries, des faïenceries, des fabriques de produits chimiques sont venues compléter un groupe industriel, attirant, surtout dans la vallée de la Sarre, des masses de population de plus en plus denses.
La formation du « Territoire de la Sarre « a placé la région dans des conditions nouvelles, dont les avantages semblent se dessiner de plus en plus.
L'industrie houillère reste la plus importante, occupant plus de 60 000 ouvriers (56 000 en 1913). L'État français, successeur de l'État prussien, n'a rien négligé pour moderniser la technique ; aussi la production, d'abord abaissée par l'application de la journée de huit heures, a-t-elle pu dépasser, à partir de 1926, les chiffres d'avant-guerre. Les débouchés ont naturellement changé. L'industrie locale absorbe toujours le quart de la production, mais l'Allemagne n'en achète plus que 8,5 p. 100, et la part de la France s'est élevée à près du tiers.
Géocbaphie umiverseli.e. — Europe centralê, ]. 20
l'allemagne.
La Belgique, le Luxembourg, l'Italie ont légèrement augmenté leur demande.
La métallurgie lourde, occupant 35 000 ouvriers, a pris un nouvel essor et produit, en 1929, 53 p. 100 de plus de fonte qu'en 1913 (2 104 900 t.). Pour l'acier, la progression est moins rapide, mais dépasse aussi les niveaux d'avantguerre (2 208 900 t.). C'est la minette lorraine qui nourrit les hauts fourneaux. L'importation du coke de la Ruhr a pu baisser, grâce au progrès fait dans l'utilisation du charbon local ; les hauts fourneaux de la Sarre ont englouti en 1929 plus de 2 millions de tonnes de coke produit sur place. Le volume des demiproduits est en augmentation. L'Allemagne, qui en achetait 78 p. 100 avant la guerre (Sarre comprise), n'en achète plus, en 1929, que 40 p. 100, alors que la part de la France s'est élevée à plus de 27 p. 100.
Ainsi le Territoire de la Sarre, tout en conservant ses relations avec l'Allemagne, s'en est créé de nouvelles, notamment avec la France, dont il tire parti, non seulement pour l'approvisionnement de ses hauts fourneaux en minerai, mais surtout pour l'alimentation et le bien-être de ses masses ouvrières. La Sarre est hors d'état de se nourrir par ses propres moyens pendant plus de trois mois ; elle n'a pas d'industrie textile. Depuis la suppression de la barrière douanière, elle achète à bon compte les laitages et le bétail aux éleveurs lorrains, les meubles, les tissus et confections aux grands magasins de Paris. Au total, elle a importé de France, en 1929, pour 2 300 millions de francs et y a exporté pour plus d'un milliard et demi de francs L'absence de charges militaires et la légèreté relative du fardeau fiscal (près de deux fois plus lourd aussi bien en Allemagne qu'en France), les bienfaits d'une administration qui fait tout pour essayer de réussir l'expérience internationale tentée ont contribué à la prospérité d'un pays oii l'industrie, souvent à demi cachée dans la forêt et recrutant dans les villages une main-d'œuvre paysanne, ne se présente pas sous les traits fiévreux qu'on lui voit d'habitude dans les grandes agglomérations de l'Europe centrale ou occidentale.
La population de la Sarre a augmenté de 80 000 âmes entre 1922 et 1930. L'activité des constructions, la multiplication des automobiles (passées de 800 à 9 000) paraissent bien indiquer une aisance croissante. La population dira, le moment venu, si elle apprécie assez ces avantages pour souhaiter la continuation du régime actuel.