B. ONSTMETTINGEN. VIEUX VILLAGE DU JURA SOUABE
G. U., t. IV, PI. XL.
LE BASSIN DE SOUABE ET FRANCONIE
exposée aux vents d'Ouest, et plus chaude, à égale altitude, que le versant Sud de FAlb, qui participe du climat du plateau subalpin. A Kircliheim, la moyenne annuelle est8o,9, à Heidenheim (sur la Brenz), 70,2. D'un côté, 33 jours de neige; de l'autre, 50. Au Nord, la nébulosité moyenne est 5,6; au Sud (pourtant moins pluvieux), 6,5. Janvier est plus froid de 2° à Heidenheim, juillet moins chaud de La variété des formes du relief et des expositions accentue encore l'avantage de la côte jurassique. Partout on trouve quelque coin abrité, tourné au Sud, au Sud- Ouest ou au Sud-Est. Les marnes oxfordiennes, les schistes et marnes liasiques donnent des terres lourdes, mais fertiles, ameublies et réchauffées par les éboulis calcaires glissant des hauteurs. La forêt y cède la place aux champs et, sur les versants les mieux exposés, à la vigne, qui monte parfois jusqu'à 500 mètres.
L'homme a su apprécier de bonne heure les avantages de cette situation, et la prédominance des noms en ingen indique l'ancienneté des villages. La plupart sont groupés au fond des vallées qui découpent la côte, à l'abri des contreforts qui entourent parfois de véritables petits bassins, à la portée des grosses sources qui surgissent en bouillonnant, entourés de prairies, vergers et cultures potagères (pl. XXXIX, A, et XLI, A). Mais on trouve aussi le type classique du village de côte, escaladant le versant jusqu'au niveau des petites sources de rOxfordien, établi entre les champs ou le vignoble et la forêt avec ses pâtures. Quelques-uns groupent leurs maisons au pied ou même au sommet d'une buttetémoin couronnée d'un château (pl. XXXIX, B) ; d'autres montent jusqu'au haut de la côte, lorsqu'elle est formée par l'Oxfordien surmonté de buttes boisées, comme aux environs de Hechingen.
Par les ravins qui découpent la côte, il est facile de déboucher sur le plateau. En quelques heures de montée à pied, en quelques minutes avec le chemin de fer, on passe du pays le plus riche et le plus varié à des hauteurs monotones et tristes. C'est un véritable causse que le plateau du Jura Souabe. L'eau y est rare, les larges vallonnements sont généralement secs, accidentés de dépressions fermées, de gouffres analogues aux avens. La roche apparaît rarement, sauf sur les buttes isolées dominant d'une cinquantaine de mètres, couvertes de bois de conifères, pour la plupart récemment plantés. Le climat est vraiment rude, moins par la longueur des hivers, qui ne dépasse pas celle des hivers du plateau subalpin, que par l'humidité, l'abondance des neiges et la violence des vents. On compte à Schopfloch, sur la Wôrnitz, 83 jours de neige ; les précipitations donnent annuellement 1 040 millimètres ; la nébulosité moyenne est de 6,4 ; juillet a une moyenne de 16° seulement.
L'homme n'est pourtant pas absent de ce plateau. Les noms fréquents de Heufeld, Heide indiquent qu'il y a longtemps cherché surtout un lieu de pâturage. On voit encore de grands troupeaux de moutons errer sur les friches à l'automne. Mais près de la moitié de la surface est occupée par les champs. Les céréales d'hiver, surtout l'épeautre et l'orge, donnent de bonnes récoltes ; la neige protège des gelées et assure, au printemps, l'humidité nécessaire au sol calcaire naturellement sec. Les fourrages se répandent de plus en plus, permettant l'augmentation du troupeau. C'est un vieux pays agricole, où l'on retrouve, à deux pas des bourgs industriels, l'aspect du village lorrain, avec le fumier et la charrette devant chaque maison (pl. XL, A et B).
Tel est l'aspect général de l'Alb. Mais on y distingue aisément des variantes. C'est au Nord-Est que le plateau est le plus large, le moins haut, le plus ouvert,
Oéocbapiiie u.Nivi nsF.LLE. — Europe centrale, I.
L ALLEMAGNE
aussi bien du côté du Nord que du côté du Sud. Le pied de la côte n'apparaît nulle part plus riche. Pas un vallon qui n'abrite un gros bourg industriel où les cheminées se dressent au milieu des vergers. Au Sud-Ouest, l'Alb est plus étroite, plus haute, plus âpre, bien que son relief soit beaucoup moins accentué. Le rajeunissement ne semble pas avoir pénétré jusqu'à la Baar. Le bord de la côte est parfois formé par l'Oxfordien, les points les plus hauts sont des buttestémoins isolées. Le climat plus sec, grâce à l'abri de la Forêt Noire qui arrête les vents pluvieux, mais plus froid à cause de l'altitude, se révèle dans l'apparition des conifères. Le plateau lui-même reste peu habité : c'est vraiment la Rauhe Alb, comme on l'appelle vers Miinsingen ; mais les nombreuses percées, marquant le passage d'anciens affluents du Danube, ouvrent des voies au commerce et au peuplement. Routes et chemins de fer s'y insinuent. Plus de vigne, ni même de vergers ; les prairies s'étalent sur le fond plat souvent humide, les champs montent sur les pentes argileuses jusqu'à la forêt qui voile les escarpements calcaires. De gros villages se suivent, toujours groupés le long du thalweg. L'industrie gagne le long des voies ferrées, permettant l'afTiux quotidien des villageois vers de gros bourgs comme Tuttlingen.
« Berge » et « Filder », — Les caractères du peuplement et la vie économique sont aussi différents que le relief et le climat dans la région des côtes du Keuper et les campagnes basiques qui y sont le plus souvent accolées. Au lieu du bloc massif de l'Alb, une côte largement festonnée, profondément découpée, avec des buttes-témoins qui s'avancent jusqu'au bord de la plaine rhénane, un enchevêtrement de hauteurs désertes et de dépressions surpeuplées, de grandes forêts et d'espaces découverts. Au lieu d'un peuplement en gros villages assez espacés, un fourmillement de hameaux, d'oii se détachent quelques centres urbains de premier ordre, liés aux grandes vallées.
En général les monts gréseux du Keuper (Berge) ont moins d'allure que l'Alb. Le grès à roseaux (Schilfsandstein) y développe souvent une plate-forme en avant de la côte principale, diminuant d'autant son relief (coupe, fig. 50). Les hauteurs sont couvertes d'une forêt qui descend souvent très bas, mêlée de feuillus et de conifères. Mais il est bien rare qu'elles ne soient pas profondément morcelées par de larges vallons creusés jusqu'aux marnes irisées. C'est là que se logent les villages, tapis dans les vergers, parfois même entourés de vignes. L'abondance de l'eau, la multiplicité des sites favorables ne sont pas les seules raisons d'une concentration moindre de la population. On cherche vainement ici les noms en ingen, caractéristiques d'une colonisation précoce ; les terminaisons en hof, bron, berg dominent ; la forêt descendait beaucoup plus bas, jusqu'au fond des vallons marneux qui n'ont été défrichés qu'au moyen âge.
L'extension actuelle des bois suit exactement celle des plateaux gréseux, au sol pauvre, humide, parfois même tourbeux. L'inclinaison des couches ne permet pas heureusement au grès de se maintenir à la surface jusqu'au pied de l'Alb. Le Lias, jadis beaucoup plus étendu, a échappé à l'érosion dans les parties tectoniquement déprimées. On voit, dans les Lôwensteiner Berge, ses plaques calcaires ouvrir des brèches dans la forêt et faire surgir les villages. De plus en plus continues vers le Sud, elles finissent par former une campagne découverte, semée de nombreux villages, où s'étalent les champs aux terres fortes. Le gros bourg de Welzheim en marque le centre. Une campagne plus typique encore
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s'appuie à la côte keupérienne de Stuttgart, inclinée vers le coude du Neckar. La grande rivière a coulé jadis à la surface de ces Filder, enrichis des mêmes limons que les Gau triasiques ; elle s'est enfoncée, de Tiibingcn à Cannstatt, en déblayant une large vallée, qui produit l'impression d'un jardin. Les villages y succèdent aux villages, dans une forêt continue d'arbres fruitiers, au pied des versants exposés au Sud et au Sud-Ouest ; la vigne grimpe au-dessus ; les prés s'étalent sur les alluvions humides, coupés de houblonnières et remplacés par des potagers aux abords des grands centres. Ce ne sont plus ici les hameaux des monts gréseux, mais des bourgs, souvent même de petites villes. Les noms en ingen indiquent leur ancienneté ; les témoignages historiques et préhistoriques confirment l'impression d'un pays foulé par l'homme depuis des milliers d'an-
JUflA SOUABE Neckar Stromberg
FiG. 50. — Perspective et coupe schématique des pays du Neckar, en regardant vers le Sud-Ouest.
1, H aiiptmuschelkalk (calcaire coquillier <;ris du Trias inférieur) ; 2, Leltenkolile (Daloinie et schistes à lignite) ; 3, Marnes à gj'pse; 4, Scltilfsandsiein (grès à roseaux) ; 5, Marnes irisées avec gypse ; G, Stubensandstein (grès blanc grossier) : 2 à 6 forment le Keuper (Trias supérieur). — 7, Jlarnes ; 8, Calcaire à grypliées ; 9, Marnes écailleuses du Lias ; 10, Grès et marnes ; 11, Mamo-calcaires du Jurassique ; 12, Mollasse tertiaire. — Les lettres, dans le relief, désignent les localités suivantes : R, Reutlingen ; G, Gôppingen ; S, Stuttgart ; C, Cannstatt.
nées. Sur le plateau des Filder dominent aussi les gros villages, dépassant souvent 2 000 habitants. Tout ce pays liasique passe à juste titre pour ce que la Souabe offre de plus riche. La densité moyenne de la population y dépasse 150 habitants au kilomètre carré, et l'accroissement est constant depuis un siècle. La vie industrielle et commerciale y est ancienne et s'est propagée presque partout. On ne perd pas de vue les cheminées d'usines entre Cannstatt, Nurtingen et Gôppingen. Stuttgart a le rayonnement d'une grande ville, malgré sa position un peu écartée.
Les " Gau ». — Un nouveau type de pays s'offre aux yeux du promeneur qui s'arrête sur la terrasse du château de « Solitude », édifié par les souverains du Wurtemberg à deux pas de la capitale, au milieu des forêts profondes accompagnant le bord de la côte gréseuse : au Nord, le regard s'étend sur une vaste plaine découverte ; de rares bouquets de bois y signalent seuls des vallées encaissées ou de petites buttes-témoins de Keuper ; dans les dépressions sont tapis de gros villages, laissant leurs champs aligner les sillons sur des kilomètres. Des noms comme Langenfeld, Korntal indiquent le caractère profondément agricole de la région. C'est le Strohgau, un de ces vieux pays du Neckar où tout témoigne de l'ancienneté et de la stabilité de l'occupation du sol : noms de villages, forme et groupement des maisons, division des champs. Le climat est moins humide et plus chaud que dans les « montagnes » de grès ; les bouquets de hêtres mêlés de chênes n'ont jamais formé une forêt continue.
L'extension des Gau répond à celle de la plate-forme d'érosion pliocène
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développée à la fois sur le Muschelkalk supérieur et les marnes irisées, recouverte d'alluvions anciennes et de limons qui prennent souvent le caractère d'un véritable lœss, sol fertile et facile à travailler. Les vallées, creusées depuis le Quaternaire, ont toujours des versants abrupts dans le calcaire, mais les rivières principales dessinent de vigoureux méandres qui élargissent leurs vallées, offrant des talus bien exposés où la vigne et les arbres fruitiers s'installent. Le plateau reste un pays de labours. Dans l'ensemble des Gau, la forêt ne recouvre pas en général plus de 20 p. 100 du sol. Dans le Kraichgau, les champs représentent 82 p. 100 de la surface cultivée, les prés, seulement 13. La densité de la population est moins forte que dans les campagnes basiques ; elle ne dépasse 100 habitants au kilomètre carré que dans le Kraichgau, grâce au voisinage de la plaine rhénane, dont les cultures industrielles font tache d'huile : le houblon, la chicorée et le tabac ont surtout gagné du terrain et permis une augmentation relativement forte du peuplement (20 p. 100). Partout ailleurs, les cultures de céréales dominent, et la population est stationnaire. Nulle part le caractère rural des Gau n'est plus marqué qu'au Sud, où elles sont réduites, entre la Forêt Noire et l'Alb, à un couloir étroit, de plus en plus élevé et relativement sec. La plaine de la Baar, à 600-700 mètres, a échappé à l'érosion du Neckar. Le Danube supérieur y coule à fleur du sol ; les prairies peuvent disputer la terre aux champs de céréales ; l'élevage tient ici une place beaucoup plus grande.
Villes et industries des pays du Neckar. — La richesse et la variété de la vie agricole ne suffiraient pas à expliquer la forte densité moyenne des pays du Neckar (125 à 300 hab. au kilomètre carré), sans la multiplicité des centres urbains et la diffusion générale de l'industrie. Il ne s'agit pas d'un phénomène récent. Les Romains, qui ont fortement occupé la région, y avaient déjà fondé des cités, et le moyen âge a vu le commerce fleurir dans les marchés échelonnés le long des routes traversant le Jura Souabe. D'autre part, le mode de peuplement et d'exploitation du sol propre aux campagnes à sols fertiles s'est révélé ici, comme dans les pays rhénans et dans le Nord de la France, favorable aux industries rurales, qui ont préparé aux usines modernes une main-d'œuvre abondante. Dans les villages agglomérés, avec leur terroir divisé en soles astreintes à une rotation régulière, les petits ateliers familiaux se sont multipliés : on filait et tissait le chanvre et le lin dès le moyen âge ; on travaillait les cuirs ; charrons et forgerons pouvaient se hausser à des fabrications plus spéciales. L'ère de la houille et des chemins de fer a permis la cristallisation autour des centres les mieux placés ; mais leur nombre est resté encore tel qu'aucun n'a pu, en dehors de Stuttgart, s'élever à la dignité de grande ville. C'est par un fourmillement de petites villes que les pays du Neckar ont acquis leur physionomie. On y compte vingt centres de 10 000 à 50 000 âmes, seize de 10 000 à 30 000.
Il en est qui se cachent au fond des vallées mordant le bloc calcaire du Jura Souabe, comme Geisslingen (13 762 hab.) et Aalen (12 171 hab.), qui tissent les cotonnades, ou aux issues des percées fluviales abandonnées, comme Tuttlingen (16 281 hab.), où la cordonnerie, concentrée dans quelques grosses fabriques, occupe plus de 8 000 ouvriers, venant pour moitié des villages voisins. Mais la plupart s'alignent suivant deux zones indiquées par la nature : au pied de la côte et le long de la vallée du Neckar qui traverse Berge, Filder et Gau.
La forte densité rurale des terres basiques créait un milieu favorable au
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bord de la côte jurassique; les bourgs s'y sont accrus de bonne heure au débouché des vallées descendant des hauteurs. Tel Goppingen (22 017hab.), déjà connu au moyen âge comme étape obligée de la route des Pays-Bas aux cités italiennes, avant de franchir le plateau par Geisslingen et Ulm ; de nos jours, gare importante d'où part la grande rampe de la voie ferrée. Tel aussi Reutlingen (30 501 hab.), capitale du vignoble de la côte et siège d'une école de tissage fréquentée surtout l'hiver. A ce dernier détail, on reconnaît le caractère de la vie économique, où sont encore intimement associés le travail du sol et l'industrie.
FiG. 51. — Plan de Stuttgart.
1, Le noyau prirailif. — 2, La ville du xvn^ siècle. — 3, Les quartiers modernes. — Échelle, 1 : 75 000.
F"ilatures et tissages ont dû s'accommoder d'une main-d'œuvre relativement bon marché, mais qui veut avoir sa liberté au moment des récoltes. La laine et la toile ont cédé devant le coton, qui a donné, à la fin du xix^ et au début du xx^ siècle surtout, de gros bénéfices. Urach, réputé au xvii^ siècle pour ses toiles de lin, s'est mis, lui aussi, aux cotonnades, sans négliger la tannerie (pl. XLI, A). Metzingen seul est resté fidèle à la toile.
Les villes sont échelonnées tout du long du Neckar, même dans son cours supérieur, encore encaissé dans les grès, où se dresse la vieille cité de Rottweil, ceinte de remparts (10 535 hab.). A Tùbingen (20 276 hab.), qui marque l'entrée dans le Lias, les filatures commencent à s'étaler dans la plaine au-dessous du bourg fortifié, où continue la vie tranquille d'une petite ville universitaire (pl. XLI, B). A partir de Xurtingen, l'industrie est partout, jusqu'à Esslingen et Cannstatt.
Es.slingen (40 562 hab.), déjà connu au ix^ siècle comme bourg de vignerons et marché important, est devenu un grand centre industriel, où la métallurgie de transformation joue le principal rôle, produisant les machines à tisser, les
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machines agricoles et jusqu'aux locomotives. La cordonnerie et la carrosserie y tiennent aussi une place honorable. Et les ceps continuent à garnir les coteaux qu'envahissent de plus en plus les coquettes villas. La population de ce centre actif a triplé en un demi-siècle.
Seul Heilbronn (45 520 hab. en 1925) a dépassé Esslingen. C'est aussi une très vieille cité, gardant un étranglement de la vallée à la traversée des grès du Keuper ; mais ici l'entaille du Neckar a été jusqu'au Muschelkalk, dont la plateforme s'étale entre les Lôwensteiner Berge à l'Est et le Heuchelberg à l'Ouest ; les méandres vigoureux ont dessiné un bel amphithéâtre où les vergers et les vignobles font un cadre riant à la cité. Le nom indique les sources thermales qui ont fixé les Romains. Au moyen âge, Heilbronn a été un gros marché, siège de foires réputées où se vendaient les toiles de Flandre. C'est l'ère du chemin de fer qui a fait sa fortune, en quadruplant sa population. L'industrie textile joue encore le principal rôle, mais les industries chimiques prennent de plus en plus d'importance, en utilisant le sel de la Jagst, les calcaires et le gypse, exploités dans des carrières pressées comme des niches aux parois des vallées afïluentes. Les cheminées des usines se dressent encore à Lauffen, Besigheim, Marbach.
Mais le centre principal de tous les pays du Neckar est la capitale du Wurtemberg, dont la naissance à l'écart de la rivière ne peut s'expliquer que par le caprice d'un souverain, préférant un site agréable à une position commerciale. On devine encore, malgré l'envahissement des maisons, le charme primitif de cette conque verdoyante et fraîche, toute ruisselante de sources, au pied des coteaux drapés d'une futaie de hêtres superbes ; si bien abritée des vents que l'hiver y est de 2° plus chaud que dans la grande vallée voisine (pl. XLII, A). C'est en 1320 que les comtes de Wurtemberg s'y fixent ; en 1482, Stuttgart est la capitale du royaume. Pourtant il comptait à peine 20 000 habitants à la fin du xviii^ siècle, 28 000 en 1812. Les chemins de fer pouvaient seuls corriger les défauts de la situation topographique. La voie ferrée a vite fait de raccorder le vallon avec la vallée ; Stuttgart, pris comme centre du réseau, parce qu'il est le siège des services gouvernementaux, devient une grande gare et attire à lui l'activité industrielle et commerciale. Il a 60 000 habitants en 1860, 120 000 en 1883, 290 000 en 1910, et s'accroît encore après la guerre, atteignant 341967 habitants en 1925. Un dixième de la population y est employé dans les services publics, près de la moitié vit de l'industrie, un quart du commerce.
Aux cotonnades s'ajoutent les lainages, la métallurgie, les industries chimiques, les fabriques de meubles, de machines, et tout ce qui fait la vie d'une capitale régionale, y compris les industries intellectuelles de l'impression et de la reproduction.
Du haut d'un belvédère dominant la ville, on peut, la carte en main, en suivre facilement les agrandissements successifs (fig. 51). Autour de la Résidence, prolongée le long du vallon qui débouche à Cannstatt par de somptueuses allées de parc, les quartiers modernes se juxtaposent comme autant de villes successivement accolées ; la vague des maisons déferle jusqu'au pied des coteaux, déborde sur les vallons latéraux qu'elle remonte (pl. XLII, C). Le retentissement de l'activité se fait sentir assez loin : Feuerbach (17 617 hab.), Ostheim, Zufîenhausen (15 455 hab.) ont sextuplé leur population et, réunis à Stuttgart, forment une agglomération de 400 000 âmes.
Phol. von der Trappcn,