B. VUE AÉRIENNE SUR LE CENTRE DE MUNICH
On distingue une partie de l'ancienne enceinte, au centre, la P'rauenlvirche. avec ses deux tours couronnées de dômes; à droite, le Rathaus; en arrière, la résidence et le commencement de l'Englischer Garten.
G. U., t. IV, Pl. XLVIII.
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alterner avec les prairies dans la campagne déboisée et semée de villages. Rosenheim (17 998 hab.) est un gros marché et un centre d'industries locales (papier, allumettes, menuiserie).
La plaine de Munich (Miinchner Feld) est le plus vaste de ces champs de cailloutis qu'étalaient les torrents glaciaires s'échappant du front des glaciers. Ses dimensions atteignent 40 kilomètres de large et près de 60 de longueur. Malgré l'uniformité du relief, le paysage offre des aspects variés, même en faisant abstraction de la capitale bavaroise installée dans ce pays pauvre par un caprice royal : de vastes tourbières alternent avec des étendues d'une sécheresse extraordinaire, les champs et les villages font de larges taches dans les immenses solitudes forestières. Une étude attentive a montré que l'histoire du sol explique encore une fois ici les paysages. Il ne suffit pas de décrire cette plaine comme l'œuvre des torrents étalant les cailloutis morainiques glaciaires. Il faut y distinguer le glacis originel, les terrasses qui ont commencé à y être découpées quand le front glaciaire s'est éloigné et les cônes de déjections des rivières qui perçaient les amphithéâtres morainiques. Le glacis primitif, très sec, était jadis couvert d'une forêt de feuillus, à laquelle les forestiers ont substitué, au xviii^ siècle, les plantations de conifères, d'un meilleur rapport. Aux cônes de déjections, encore plus secs, correspondent les Heiden, jadis landes ou pelouses maigres qui ont attiré les premiers hommes. La culture y a remplacé le pâturage, et les villages, dont les noms en heim indiquent l'ancienneté, se sont multipliés. On en voit se tailler leur cercle dans la forêt. Le développement de la capitale les a enrichis par la vente des laitages, qui entraîne une extension de plus en plus grande des fourrages artificiels, et par la villégiature, que la forêt elle-même attire.
Les tourbières, avec leurs semis de pins rabougris, occupent les parties basses du glacis où les eaux de la nappe souterraine sourdent partout à la surface, comme dans la zone des fontanili en Italie. Toujours désertes, elles étaient jadis entourées d'une frange de belles forêts de chênes et de charmes (Loh), dont il ne reste que des bouquets au milieu des cultures.
Terrasses bavaroises et vallée danubienne. — En dehors de Munich et de Rosenheim, la région des moraines bavaroises n'a pas de villes notables, et, sauf dans les environs immédiats de la capitale, la densité de la population y est celle d'un pays de montagnes. Il en est autrement des terrasses qui descendent vers le Danube, dans un triangle dont les sommets sont à peu près marqués par Ulm, Ratisbonne et Passau. Les hauteurs de mollasse n'ont jamais été ici recouvertes par les glaciers, et c'est dans des vallées déjà creusées que les eaux de fonte et les débris ont été évacués. Tout le faisceau des affluents danubiens suit la pente générale vers le Nord-Est. L'Isar et l'Inn ont déblayé de larges chenaux où se prolonge en terrasse la dernière des nappes fluvio-glaciaires.
Le paysage des hauteurs est celui de collines ondulées, jadis entièrement boisées, où la forêt subsiste sur les croupes sèches, où le semis des fermes se disperse le long des thalwegs qui se ramifient en un chevelu serré. Le peuplement reste assez lâche sur les terres argileuses, naturellement ingrates ; il ne se condense que le long des vallées principales ou dans la partie la plus basse des collines, le long d'une bande de 15 à 20 kilomètres de large suivant le Danube. Dans les deux cas, le sol est plus riche, le climat est plus doux, la circulation plus facile.
GÉocnAPBiE UNIVERSELLE. — Europe centrale, I. 31
l' ALLEMAGNE.
Les terrasses de l'Isar et celles de l'Inn sont en effet couvertes de lœss. Les sources, donnant l'eau au pied du versant de mollasse, fixent la position des files de villages, dont les champs s'étendent jusqu'au bord de la plaine inondable. Des bourgs-marchés ont donné parfois de petites villes où l'industrie a pris pied, comme Landshut sur l'Isar (26 105 hab.). Mais c'est surtout dans les campagnes voisines du Danube que les hommes se sont de bonne heure fixés. L'altitude réduite, l'abri des reliefs de la Bohême et du Jura Souabe donnent à ce coin un climat plus chaud et plus sec que dans toute la Bavière méridionale. La moyenne de juillet est supérieure de 1^ à celle de Munich à Ulm (17o,9) et à Passau (18°,3) ; celle de janvier indique aussi un hiver moins froid ( — 2^,2 et — 2°,!). Les précipitations sont inférieures à 60 centimètres vers Ratisbonne, et, à la fin de l'été, les orages sont souvent les bienvenus pour donner au sol l'eau qui commence à faire défaut.
L'érosion et l'accumulation alternant au cours du Quaternaire ont déblayé largement la mollasse et étalé des terrasses couvertes de lœss, où les traces de l'occupation humaine remontent à la préhistoire et où les ravages des invasions n'ont pas empêché le peuplement de s'incruster. Le groupement en villages remplace le semis des fermes des collines de mollasse, les champs de céréales, et même de blé, l'emportent sur les herbages.
Le Danube, persistant à enfoncer son lit là où il s'était fixé au Quaternaire ancien ou même au Pliocène, peut mordre sur les plateaux calcaires ou même entamer le socle cristallin du massif de Bohême; ses percées sont loin d'être évitées par le peuplement ; on y a trouvé des passages plus faciles, des sites de bourgs et de villes, qui manquent là où le fleuve s'étale dans sa large plaine d'inondation. Ratisbonne et Kelheim gardent les deux issues du pittoresque défilé où les escarpements calcaires, surgissant du manteau forestier sombre, se mirent dans les eaux du grand fleuve; Vilshofen est posté à l'entrée de la gorge dans les granités, suivie par de nombreux villages jusqu'à Passau.
La vieille cité qui commande le confluent de l'Inn n'a pas, avec ses 24 428 habitants, une importance correspondant à son passé (pl. XLVIII, A). Ratisbonne a été plus favorisé par l'ère des chemins de fer et a sa place dans la série des grandes villes danubiennes, qui sont les plus nombreuses, sinon les plus importantes, du plateau subalpin.
Les grands centres urbains. — L'ensemble des pays subalpins du haut Danube correspond, dans l'Allemagne si peuplée, où l'industrie et la vie urbaine l'emportent, à une tache de peuplement relativement faible, à une région de vie rurale encore prédominante, où les villes sont rares. En dehors de quelques points plus favorisés, comme les bords du lac de Constance et les terrasses à lœss du Nord-Est, le sol et le chmat ne permettent pas ici ces concentrations où la cité s'épanouit spontanément. Pourtant nous avons afïaire à un carrefour de grandes routes commerciales : route de l'Orient par le couloir subalpin d'Autriche, routes transalpines par l'Inn et le Brenner. C'est ce qui a permis à quelques bourgs de s'élever à la dignité de grandes villes. On en compte quatre de plus de 50 000 âmes et deux de plus de 100 000. Aucun, parmi les marchés nés au débouché des vallées alpines.
La fortune a favorisé davantage la série des villes-ponts nées sur le Danube, aux points où le fleuve resserré pouvait être plus facilement franchi ; et
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elle a distingué celles où aboutissaient naturellement des chemins de traverse venant du Nord.
Ulm, ville forte et place de commerce dès l'époque carolingienne, garde les passages du Jura Souabe. La silhouette de sa cathédrale à la llèche élancée désigne de loin la vieille ville aux rues étroites bordées de hautes maisons, longtemps enserrée par les remparts, qui forment un cercle de verdure. Sur la rive bavaroise,
FiG. 5G. — Plan de Munich.
1, La ville du xiii'' siècle. — 2, La ville du xiv^ siècle. — 3, Boulevards et jardins s\ir l'emplacomont de l'enceinte du xiv'' siècle. — 4, Les quartiers modernes. — Échelle, 1 : 75 000.
Xeu-Ulm développe des quartiers plus aérés, gagnés par l'industrie ; mais la population n'atteint pas 60 000 âmes (57 427 en 1925). Ingolstadt n'en a pas la moitié (26 630), malgré un site analogue.
Ratisbonne (Regensburg) reste la première des villes du haut Danube. Sa situation au coude du grand fleuve, au milieu de campagnes fertiles, avait déjà attiré l'attention des Romains. Ses avantages sont apparus avec le développement des relations vers le Nord et les villes de Franconie ou vers le Nord-Est et la Bohême. La navigation danubienne y a trouvé un point de départ plus sûr qu'à Ulm. L'accroissement, particulièrement rapide dans les trente dernières années, n'a cependant porté la population qu'à 76 948 habitants (1925). C'est loin du Danube, à des carrefours de routes fixés par les circonstances historiques, que sont nées les deux plus grandes villes du plateau subalpin : Augsbourg et Munich.
L'ALLEMAGNE
La première (Augusta Vindelicorum) est née presque en même temps que les camps romains des bords du Rhin, à la pointe de la terrasse du Lechfeld, dominant le confluent du Lech avec la Wertach. A côté du camp s'élevait déjà au xi^ siècle la métropole ecclésiastique serrée autour de sa cathédrale. Quand les Hongrois, battus par Othon, sont définitivement rejetés dans la plaine danubienne, le commerce qui commence à s'établir avec l'Italie par les passages des Alpes trouve à Augsbourg un point d'appui ; la ville s'allonge au Nord et au Sud, suivant la route qui domine la plaine inondable. Au xv^ siècle, l'enceinte embrasse les faubourgs de la Wertach, de Saint-Jacques et de Saint-Jacob. Augsbourg est une place de commerce presque aussi importante que Nuremberg, au moment de la Renaissance ; entièrement rebâtie dans le style italien au début du xvii^ siècle, elle va rester figée dans cet aspect, gardant un cachet unique en Allemagne. La guerre de Trente ans lui a en effet porté un coup dont elle ne devait pas se relever avant le xix^ siècle. Devenue un nœud de chemin de fer, la vieille ville a vu se former autour d'elle une ceinture de faubourgs industriels, prenant pied surtout au Nord et à l'Est dans la plaine alluviale assainie par la canalisation. L'annexion d'Oberhausen et Lechhausen a porté la population, qui atteignait juste 100 000 habitants en 1910, à 165 522 en 1925.
C'est à peine le quart de Munich, dont l'avance ne saurait être regagnée. Le cas de la capitale du royaume de Bavière est aussi singulier que celui de la capitale du Wurtemberg. Rien ne désignait cet emplacement pour une grande ville. La plaine de Munich est un glacis de cailloutis grossiers en forte pente, trop sec et couvert de forêts au Sud, humide et couvert de tourbières au Nord. Ce n'est pas un passage facile du torrent de l'Isar qui a attiré les hommes ; la route romaine avait trouvé le meilleur à deux lieues au Sud, au point où la vallée, encore assez étroite, cesse d'être trop encaissée. Au xii^ siècle seulement apparaît le nom de Munichin, petit village fondé par les moines du Tegernsee, dont Henri le Lion fait un péage fortifié sur la route du sel de Berchtesgaden, près du bord de la terrasse dominant la plaine inondable. Cette cellule initiale de la future capitale est encore marquée par la Marienplatz, l'église Saint-Pierre et la Vieille Résidence. Au XI ve siècle, la ville s'était déjà étalée sur la terrasse, et la ceinture de boulevards ombragés, qui va de la place Maximilien à la porte Sendling, continuée par la Blumenstrasse, en indique clairement l'enceinte. C'était encore bien peu de chose à côté du somptueux Augsbourg, dont les bourgeois mariaient leurs filles à des électeurs d'Empire. Ruinée par la guerre, la ville du Lech perd sa force d'attraction à partir du xvii^ siècle. Capitale du royaume de Bavière, Munich suit les destinées de ses princes, dont les domaines sortent agrandis de la tourmente napoléonienne. C'est la ville-résidence dans toute l'acception du mot, embellie et parée, sans compter les millions, par des Souverains animés d'une passion de bâtir peu commune. Dans la vieille ville aux rues souvent étroites encore, bordées de maisons aux façades peintes, les édifices publics se suivent presque sans interruption le long de la vieille route du sel, de la gare centrale au pont Maximilien. La Nouvelle Résidence, avec ses jardins entourés d'arcades peintes, ses ministères, son théâtre, son Musée militaire, sa Monnaie, couvre une surface de plus de 30 hectares. Aux bords de l'Isar endigué et franchi par plus de dix ponts s'allongent les jardins semés de monuments, et la zone de verdure s'étale avec le Parc anglais, autour duquel se dressent musées, Académie, Université (pl. XLVIII, B). Au delà, dans toutes les directions et même sur la rive droite de
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risar, se développent les quartiers nouveaux aux rues régulières, sans caractère, qui s'allongent d'année en année (fig. 56).
Les efforts passionnés pour créer au milieu des forêts et des tourbières une ville de beauté, un foyer de vie artistique, n'ont pas été stériles. Dès 1885, Munich, comptant plus de 250 000 âmes, était la plus grande ville du Sud de l'Allemagne. Les voies ferrées s'y nouaient fortement, le flot des touristes allemands gagnant les vallées des Alpes y faisait une station prolongée. De tout l'Empire allemand, Munich attirait les artistes par la renommée de ses théâtres, de ses musées, de ses ateliers de peinture et sculpture. L'attraction s'exerçait même sur la Suisse et l'Autriche.
On aurait peine, cependant, à comprendre l'accroissement prodigieux de la population, sans tenir compte du développement du commerce et de l'industrie. En 1895, Munich dépasse 400 000 âmes, atteint 539 000 en 1900, 607 000 en 1910, et en compte 680 704 en 1925. Près du quart des habitants sont nés hors la ville, 3 p. 100 environ en dehors même de l'Allemagne. L'afflux est nourri surtout cependant par la Bavière (15 p. 100), grâce à la forte natalité de ses campagnes. Les besoins même de l'agglomération entraînent son augmentation incessante. Il faut loger, nourrir, vêtir, distraire un peuple de fonctionnaires, de bourgeois et d'artistes, des légions de touristes et de voyageurs. Les industries du vêtement, de l'alimentation, de la construction et du meuble occupent plus d'un tiers de la population. Cependant aucun des grands centres du Reich n'a une aussi forte proportion d'habitants étrangers aux affaires industrielles ou commerciales (33 p. 100).
Ainsi, même par ses villes, le plateau subalpin diffère des pays rhénans, où la flamme de l'industrie brille partout. L'ombre des Alpes est vraiment sur ces plaines que parcourent les eaux rapides des rivières se hâtant vers le Danube.
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