‹ EuropeChapitre 45 sur 113 · II. — Géogkaphie politique · texte numérisé non relu

II. — Géogkaphie politique

Historique. — L'État austro-hongrois s'est constitué par la conquête le long tlu Danube. Cliarlemague, contre les Avars établis en Hongrie, créa la marche de l'Est (Ost-Mark). Érigée en duché, elle tomba avec la Slyiie et la Carinlhie, eu 1278, aux mains des Habsbourg. En 1.t26, Ferdinand 1er, frère de Charles-Quint, acquit la Bolième, la Moravie, la Silésie, la Hongrie. Cette dernière dut être longtemps disputée aux Turcs, qui, plusieurs fois même, menacèrent Vienne au xyiii^ siècle, et la conquête ne fut complète qu'à la paix de Carlovitz, on 1699. Au xviu^ siècle, la perle de la Silésie, prise par la Prusse, fut compensée par l'usurpation d'une partie de la Pologne (I77?-1795), l'acquisition de la Bukovine (1774) et de la Dalmatie (1797) au traité de Gampo-Formio. L'Autiiche, jadis prépondérante en Allemagne, où la maison de Habsbourg posséda longtemps la couronne impériale, a été évincée par la Prusse à la suite de la bataille de Sadowa en 1866.

L'Europe, au traité de Berlin, en 1878, a autorisé l'Autriche à occuper et à administrer la Bosnie et l'Herzégovine, pays serbes, restés nominalement partie inlégrante de l'empire ottoman. Les Aulrii biens ont en outre mis garnison à Novi-Bazar, coupant la Serbie du Monténégro et tendant vers la vallée du Yardar, Salonique et l'Archipel.

Population. — La question des nationalités. — On a dit

del'Autiiche-Hong'rie qu'elle est un musée ethnographique., un arlequin de nationalités. C'est en effet un assemblage de peuples dilférents de race, de lang-ue, de religion, à

qui les hasards de l'histoire et de la politique ont donné le même souverain, et qu'aucun autre lien réel ne rattache les uns les autres. Quatre grandes races occupent les divers territoires de la monarchie : race germanique, race slave^ race mongole, race latine.

La race slave est celle qui compte le plus de représentants (20765000). A elle appartiennent : au nord les Tchèques de Bohème et de Moravie et les Slovaques du Tatra 18 000 000), les Polonais (4260000) et les Ruthènes de Galicie (3800000); au sud les Serbo-Croates du Banat de Temesvar, de Slavonie, de Croatie, distrie et de Dalmatie (3500000) et les Slovènes (1271000) de Garniole.

Les Allemands (11310000) ont peuplé le pourtour de la Bohème, la Silésie auti-ichienne, la vallée du Danube et la région alpestre, et ils ont créé d'importantes colonies en Hongrie et en Transylvanie.

hes Hongrois (9053000), de race mong-ole, se sont cantonnés dans la g-rande plaine du Danube et de la Tisza, avec une colonie à l'extrémité orientale du plateau transylvain.

La race latine (3805000) est représentée par les Roumains ('2847 000) de Bukovine et de Transylvanie, et par les Italiens (727 000) de Trieste et du Trentin.

Ces peuples, pour la plupart, ont eu dans le passé leur autonomie; ils ont formé jadis des États indépendants: royaumes de Hong-rie, de Bohême, de Croatie, etc. ; ils ont eu leur histoire propre et ne Font pas oublié.

Lorsque les divers peuples passèrent sous l'autorité dos Hahsljourg, chacun eut le souci de sauvegarder par des traités sa personnalité et de ne pas se laisser absorber en un peuple uniipie. Les Habsbourg, au contraire, s'efforcèrent de fondre en une nation ces éléments disparates et de constituer un État cenlralisé à la française. Us pensaient avoir atteint leur but an conimencemenl du xix'^ siècle. Vienne était la caj)it:ile uniiiue et la langue alteniande, rendue offiiielle, était imposée à tous les peuples de l'empire.

Mais les i)euples ont repris conscience d'eux-mêmes et veulent recouvrer l'iddèpendance passiV. Us tAcbèrent une première fois de la conquérir, en 18 i8, par de formidables insurreclions dillicilemeiit réprimées. Quand la Prusse eut vaincu l'Autricbe à Sadowa, en 18GG, l'empereur François- Joscfih jugea prudent d'accorder aux Uon'jvuls, par le Comproiits, la reconnaissance des droits historiques, et l'autonomie du royaume de Sainl- Élienne. La monarchie devint ainsi dualisle : la Leilba, médiocre allluenl de droite du Danube entre Vienne et l'resbourg. servit désurniais de frontière entre l'enqiire d'.Aulriche ipiif/s cisleitliatts] et le royaume de Hongrie (pays Iransleilliunfi). Depuis lors les Tc/ièqui's réclament les mêmes concessions et la reconnaissance de rautonomie de la Bohème. Deux fois en 1871 et en 18'.17, ils pensérenl être sur lo point d'obtenir gain de cause

mais ces espéra uces oui été doux fois déçues par l'intervention de l'empire d'Allemagne, iuléressé à ne pas laisser prendre aux Slaves, amis de la Russie, rinflucnce à laciuelle ils (nit droit par leur nombre. Cependant il ne semhlo pas que les Tchèques puissent se voir longtemps encore refuser satisfaction. La monarchie serait ainsi transformée en monarchie fédérale : cette solution est acceptée par la majorilé des Allemands d'Autriche; une minorité, très active il est vrai, canlunuée en Bohème, professe des opinions pangermanistes et souhaite l'aimeviuii à l'empire allemand. Enfin les Roumains de Transylvanie, les Italiens de Trieste sont séparatistes et désirent le retour à la pairie roumaine ou italienne. Dans le peuple serbocroate, les catholiques paraîtraient disposés à se contenter, pour le moment, de la reconnaissance de l'autonomie de la couronne de Croatie; les orthodoxes grecs inclineraient plutôt à la séparation et à l'annexion au royaume serbe.

Les religions sont aussi variées que les peuples. LescathoUqves sont en majorité f32700000i (Tchèques, Allemands, Tyroliens, Polonais, Croates). On compte 4 millions et demi de Grecs-Unis {Rnihlines, Roumains) reconnaissant la suprématie du pape; 3 millions (^orthodoxes grecs (Roumains, Serbes). Les proies tarifs, luthériens ou calvinistes (Hong-rois, Allemands), sont près de 4300000. Il y a plus de 2 millions d'/.<rrtf7//t^'»', surtout en Galicie et en Bukovine. Les musulmaiis, en grande majorité Serbes, sont un demi-million en Bosnie et en Herzég"ovine.

Chacun des peuples a comme sa capitale, son centime historique, intellectuel et moi^al, dans une des g-randes villes de la monaix'hie. Les Allemands ont Vie?ine\ les Tchèques, Prague, avec la plus ancienne des Universités de l'Em^ope centrale ; les Hong-rois, Buda-Pest; les Croates, Zagreb (Agram) ; les Polonais, Cracovie. Dans chacune de ces villes, des musées, des Universités, des académies, des théâtres nationaux, soutenus par la générosité des patriotes, sont comme les foyers très actifs de la pensée nationale.

La population totale est évaluée à 47000000 habitants, soit 71 habitants au kilomètre oarré. L'accroissement est fort notable. La population est très inégalement répartie. Les rég-ions les plus peuplées sont les districts de Trieste, de Fiume, la Basse-Avtrir/ie (161 hab. par kilom. carr.), la Silésie et la Bohême.

L'émig-ration vers l'Amérique est de plus en plus considérable : en 1903, plus de 200000 sujets austro-hongrois se sont embarqués pour les États-Unis.

Organisation politique. — En vertu du Compromis de

1867, l'empire d'Autriche, capitale Vienjie, et le royaume de Hongrie, capitale Buda-Pest^ ont chacun leur gouvernement autonome. Chacun a son conseil des ministres et son parlement. Le parlement cisleithan ou impérial comprend la Chmnbre des seigneurs et la Climnbre des députés. Le \ arlementtransleithan ou hong-rois est divisé en deux Tables : Table des magnats^ composée des nobles et des g'rands dignitaires; Table des députés, he go\i\ernement commun est assuré par une réunion annuelle de délégués pris dans les deux parlements en nombre proportionnel ; ce parlement, appelé les Délégations, siège alternativement à Vienne et à Pest. Un ministère eotîimuîi, siégeant à Vienne, comprend trois personnes : le miîiistre de la Maisoii impériale et rogale et des Affaires étrangères, le ministre des Finances de l'empire et le ministre de latjuerre de l'empire. Mais l'armée autrichienne et l'armée hongroise sont distinctes, et il existe dans chacun des États un ministre de la Défense nationale et, de même, un ministre des Finances.

Uarmée austro-hongroise compte, sur le pied de paix, 340000 hommes avec 1912 canons.

La marine de guerre compte 140 navires, dont 75 torpilleurs, montés par 17000 hommes.

Divisions administratives. — I. Pays cisleithans. .— Les provinces cisk'itlianes, peuplées en majorilé par la race allemande, sont divisées en quinze pays :

La B(isse-Autric/ie occupe le bassin danubien de Vienne.

La Haute-Autriche, le bassin de Linz.

Le Salzhourçj, capitale Salzbourg, csl la vallée alpestre de la Salzach, affluent de rinn.

Le Yorarlberg et le Tijrol occupent la vallée supérieure de l'Inn, les Alpes rhétiques et la haute vallée de l'Adige : capitale Innsbriick.

La Carint/iie, capitale Klaf/enfuii, est la vallée de la Drave supérieure.

La Carniole, capitale LaiLach, occupe la haute vallée delà Save.

La Shjrie, capitale Gratz, s'est formée dans la vallée de la Mur, adluent de la Drave.

Celle première série d'Etats s'est donc développée dans la vallée du Danube et de ses aûluen's alpestres.

Dans le bassin de la Movaod, affluent de gauche du même fleuve, s'est constituée la Moravie, capitale IJriinn.

La lioliême, capitale Prague, s'csl formée dans le bassin supérieur de riilbeeldc son affluent la Mddau ; mais elle communique faci!(mMit avec les pays danubiens; elle est habitée par des Slaves, les Tchèqui'^, Munne la Moravie qui lui a toujours été unie.

On rattache aux pays cisleithans la Silésie autrichienne, capitale Troppau, située au nord des Karpates el au\ sources de l'Oder; c'est le reste d'un domaine plus grand, coniiuis par lu Prusse au .\viii'= siècle.

Dans la môme catégorie sont rangées : la Galicie, capitale Lemherg, province polonaise ainsi que le district de Cracovie.

l,a Bukovine, capitale Czernowitz (prononcez Tchernovitz), entre les Karpates et le Dniestr, conquise sur les Turcs en 1774.

Les provinces méditen'anéennes sont également qualifiées cisleithanes, à l'exception du port hongrois de Fiume. Elles sont au nombre de trois : pays de Goritz, capitale Gorilz; Istrie et Trieste, capitale Trieste; Dalmatie, cajiilale Zara.

II. Pays transleithans. — Le plus considérable des pays translcitlians est le royaume de Hongrie, capitale Buda-Pest. C'est la grande plaine arrosée par le Danube et la Theiss.

La Transylvanie, capitale Klausenbourg, occupe le plateau appuyé aux Karpates. Elle est habitée par les Roumains.

La Croatie et VEsclavonie, pays slaves, occupent, entre les vallées de la DraA'e et delà Save, le chemin de la Hongrie vers l'Adriatiqug. La capitale est Agram, dans la vallée moyenne de la Save.

Les pays administrés de Bosnie et d'Herzégovine sont la région montagneuse ([ue traversent les affluents de droite de la Save (la Bosna) et, vers lAdriatique, la vallée de la Narenta. La capitale est Sei-ajevo, sur la Bosaa.

Villes. — On compte, en Autriche-Hongrie, huit villes audessus de iOOOOO habitants; ce sont : Vienne, Buda-Pest, Prague, Trieste, Lemberg, Grats, .Brûnn, Szegedin ; 25 villes en Gisleithanie, 36 en Transleithanie ont plus de 20000 habitants.

Vienne ou Wien (2000000 hab., avec ses fauboui^gs) est la plus grande ville de Tempire d'Autriche. Elle s étend au sud du Danube, au pied du Wienerwald. Une petite rivière, la Wien, et le canal du Danube la traversent. Elle occupe une position centrale en Europe, sur la grande route de Paris à Gonstantinople. C'est à la fois une grande ville d'industrie, de commerce et de lu\e. La vieille ville, ou ville intérieure, ne renferme que peu de monuments remarquables, comme la cathédrale Saint-Étienne; le Ring, boulevard circulaire établi à partir de 1858 sur l'emplacement des anciens remparts, est bordé de beaux édifices.

Z?Mrfa-Pes^ (732000 hab.), capitale des Magyars, sur le Danube, est composée de la vieille ville royale Bude^ adossée au coteau de la citadelle sur la rive droite, et d'une grande ville en pays plat, Pest, sur la rive g-auche. C'est une belle ville moderne, assez banale, et qui doit son air de grandeur aux magnifiques quais du Danube, large de près de 400 mètres dans la traversée de la ville.

Prague (près de 500000 hab., avec les faubourgs), au centre de la Bohême, est la ville manufacturière la plus

EUliOI'E. |Q

i94 DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES ÉTATS EUROPÉENS.

active de ["empire. La capitale des Tchèques est en même temps une ville de vieille civilisation. Dans une admirable situation sur ta Moldau, large de 500 mètres, avec ses antiques monuments, ses nombreux palais, son université, ses ég-lises, ses 70 tours, sa cathédrale gothique et le célèbre pont Charles IV, construits par Mathieu d'Arras, Prague est l'une des plus imposantes cités de l'Europe.

Trieste (205000 hab.), un des plus grands ports de commerce de la Méditerranée, est le point d'attache de la grande Compagnie du Lloyd austro-hongrois.

Lemberg (160000 hab.), au milieu de la riche région agricole de la Galicie, est la ville principale des Ruthènes.

Gratz (138000 hab.) est la capitale d'une région que l'agriculture et l'industrie métallurgique rendent prospère.

Viennent ensuite : en Autriche, Brûnn (en Moravie, 109000 hab.); Cracovie (105000 hab.), une des j)rincipales villes de l'ancienne Pologne; en Hongrie, Srer/edin (103000 hab.), belle ville neuve sur les bords de la Tisza

Page 1