‹ Œeuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 33 sur 92 · SUR LE RENOUVELLEMENT DES VOEUX DE RELIGION · texte numérisé non relu

SUR LE RENOUVELLEMENT DES VOEUX DE RELIGION

III, Ce renouvellement , il est vrai , mes chères Sœurs , vous coûtera; mais Dieu, dans l'état où je vous le présente, n'a-t-il pas droit d'exiger et d'attendre tout de vous? Le voilà sacrifié pour vous : le voilà, non pas en figure, mais véritablement et réellement immolé pour vous; le voilà sous ces adorables espèces, qui renouvelle actuellement tout ce qu'il a fait pour vous sur la croix. Que vous demande-t-il? sacrifice pour sacrifice, renouvellement pour renouvellement; c'est-à-dire, qu'il vous invite à renouveler pour lui le sacrifice de vos vœux , comme il renouvelle ici pour vous le sacrifice de son humanité sainte. Jamais vous demande-t-il rien de plus juste , et peut-il jamais vous rien demander qui lui soit de votre part plus légitimement dû?

Pour faire en esprit et en vérité ce renouvellement, il vous fallait un grand exemple qui vous animât ; le voici : c'est Jésus-Christ, l'époux de vos âmes et votre Sauveur. Il a les yeux actuellement attachés sur vous, et il est témoin des plus secrets sentiments de vos cœurs. Disons plutôt qu'il se présente lui-même à vos yeux, et qu'il veut que je vous le montre dans l'état de victime où il s'est réduit sur son autel; dans cet état où il s'est offert, et où je viens moi-même de l'offrir en votre nom. Que vous dit-il, et qu'avezvous à lui dire? Car il vous parle, mes chères Sœurs, et sans les accents de la voix, par sa seule présence, il se fait entendre. Il vous témoigne dans le secret de la conscience, combien votre sacrifice lui est agréable ; mais en même temps il vous donne à juger s'il ne le mérite pas bien de vous. Vous lui dévouez vos personnes, et lui ,'il se livre tout entier à vous. Ce qu'il reçoit de vous lui appartenait déjà par un droit inaliénable comme au souverain Etre; et ce que vous recevez de lui, son corps, son sang, son âme, sa divinité, contenus dans cette hostie, ce sont de purs dons de son amour. Vous consentez pour lui et vous vous engagez à demeurer jusqu'à la mort cachées dans la retraite et sous le voile; et lui pour vous s'engage à se tenir jusqu'à la consommation des siècles, renfermé dans son tabernacle, et enseveli dans la plus sombre obscurité. Vous vous faites pour lui pauvres et soumises; et lui, pour vous, il se dépouille en quelque sorte de tout l'éclat de sa majesté ; il se revêt des plus viles apparences, il se soumet, si j'ose le dire, à ses ministres , à des hommes qu'il a formés de sa main. En quittant pour lui le monde, vous avez voulu vivre avec lui dans sa sainte maison , et auprès de lui : vous le voulez encore , et lui, sortant à cette heure même do son sanctuaire, il vient à vous, nonseulement pour vivre avec vous , mais dans vous. Ah! mes chères Sœurs , je vous laisse porter vous-mêmes cette comparaison aussi loin que vous pouvez l'étendre : que penserez- vous sur cela, et en quels termes vous expliquerez-vous? Compterez-vous pour beaucoup ce que vous rendez , voyant ce que vous avez tant de fois reçu et ce que vous allez recevoir? Je ne vous ai sacrifié qu'un monde, Seigneur, lui direz-vous chacune en particulier; et de ce monde, je ne vous ai sacrifié qu'une faible partie , où toutes mes espérances étaient bornées. Mais que n'ai-je, ô mon Dieu, tous les trésors et toutes les grandeurs du monde I que n'ai-je mille mondes en mon pouvoir, non point pour m'y attacher, mais afin d'y renon-

cer, et de vous faire , par ce renoncement, un sacrifice plus digne de vous! Que dis-je, Seigneur, quoi que je fasse, je ne vous ferai jamais un sacrilice tel que vous le méritez; mais ce serait au moins un sacrifice tel que je le pourrais faire et que je le voudrais faire. Car, dans le fond , mon Dieu , je ne désire que vous , je n'aspire qu'à vous, je ne soupire qu'après vous ; et si je souhaitais quelque chose hors de vous, ce n'est que pour avoir dans ce renouvellement de mes vœux une nouvelle offrande à vous présenter, et pour vous donner une preuve plus convaincante et plus éclatante que je ne veux rien que vous.

IV. Il n'est pas besoin, mes chères Sœurs, que vous présentiez rien à Dieu de nouveau. C'est assez que vous renouveliez dignement le sacrifice que vous lui avez déjà fait. Or, pouvez-vous être mieux disposées que vous ne l'êtes à ce saint renouvellement? Dernière pensée par où je finis , et qui doit être pour vous d'une grande consolation. Car si vous venez ici renouveler votre premier dévouement à Dieu, c'est après vous y être préparées par la retraite, où vous vous êtes éprouvées vous-mêmes, où Dieu vous a parlé au cœur, où il vous a fait connaître ce qu'il voulait de vous, où vous avez pris avec lui toutes les mesures pour entrer dans une vie encore plus religieuse et plus exemplaire. Je ne vous dirai donc point ce que Samuel disait aux Israélites, quand il les exhortait à se mettre en état d'obéir au Seigneur et de ne servir que lui seul : Prœparate corda vestra Domino , et servite illi soli (i. Reg. 7); car il n'y en a pas une de vous qui ne soit déjà dans cette préparation , et qui ne puisse s'écrier comme David : Paratum cor meum, DeuSy paratum cor meum (Psalm. 56); Mon cœur est prêt. Seigneur, mon cœur est prêt. Voilà à quoi vous vous êtes appliquées dans les exercices de la solitude. Mais je dis plus : Si vous venez ici renouveler votre premier dévouement à Dieu , c'est après vous être purifiées par une revue générale de toutes vos actions et de toute votre conduite , par une confession exacte , par une déclaration sincère et douloureuse des plus légères fautes qui ont pu échapper à votre fragilité ; et cela dans le dessein que vous avez eu de ne vous offrir à Jésus-Christ que comme des hosties pures et sans tache. Je ne vous dirai donc point ce que Dieu , dans le Lévitique, disait à son peuple : Sanctificamini , et estote sancti (Levit. 20) ; Sanctifiez-vous;, ne souffrez rien dans vos âmes qui en puisse flétrir la pureté. Car je vous trouve déjà toutes sanctifiées, et c'est à quoi vous avez pourvu par l'amertume de vos regrets, par l'abondance de vos larmes, par les austérités de la pénitence.

J'ajoute encore, mes chères Sœurs, que si vous renouvelez ici votre premier dévouement à Dieu, ce n'est point en secret, mais dans une cérémonie publique et aussi solennelle qu'elle le peut être parmi vous, mais à la face des autels du Dieu vivant, mais au milieu du plus redoutable mystère de notre religion. Or, toutes ces circonstances ont je ne sais' quoi d'auguste et de vénérable qui doit encore plus animer votre foi, recueillir vos esprits, toucher vos cœurs. Dans tous les autres jours de l'année, vous pouvez saintement et utilement renouveler vos vœux à D'Cù, et par là vous

SUR l'obéissance religieuse. 101

renouveler vous-mêmes; car la maxime du grand Apôtre est universelle , et n'a point de temps limité : Uenovamlni spiritu mentis vestrx (Ephes. 4). Mais aujourd'hui , c'est le temps favorable et privilégié; c'est le jour spécialement destiné à chercher le Seigneur et à le trouver : Ecce nunc tempus acceptabile , ecce nunc die s salutis (il. Cor. 6). Vous voilà toutes assemblées et toutes réunies. L'exemple de l'une soutient l'autre, le zèle de l'une se communique à l'autre , la prière de l'une seconde la prière de l'autre : de tous les cœurs, il ne s'en fait qu'un; et que ne peut point auprès de Dieu ce concours unanime d'une communauté si nombreuse et si religieuse ?

Approchez donc, mes chères Sœurs, approchez du trône de la grâce de votre Dieu : Adeamus ergô ad thronum gratiœ (Hebr. 4). Car voici le trône de sa grâce : c'est l'adorable Eucharistie , où luimême, auteur de la grâce, et grâce substantielle et incarnée, réside personnellement. Approchez-en avec toute la confiance et tout l'amour qui convient â ses chastes épouses ; puisqu'il n'est ici que pour se donner à vous, après que vous aurez renouvelé le sacrifice et l'hommage qu'il va recevoir de vous. Approchez, et vous serez éclairées , et vous serez de plus en plus sanctifiées. Ce Dieu de gloire yous remplira do ses lumières, et ce Saint des saints vous fera part de sa sainteté. Approchez ; mais ne venez pas les mains vides : Vovete et reddite Deo vestro , omnes qui in circuitu ejus affertis mimera (Ps. 75). Offrez-lui vos vœux , vous toutes qui êtes autour de lui , et qui environnez son sanctuaire pour y apporter vos présents. Il n'en veut point d'autres que vous-mêmes. Présentez-vous à lui dans le même esprit que Marie, la Reine des vierges, lorsqu'elle fit à Dieu la première oblation de sa personne. C'est votre mère : adressez-vous à cette mère si miséricordieuse et si tendre. Demandez-lui qu'elle vous présente elle-même , comme ses enfants et une des plus chères portions de son troupeau. Refuserat-clle de s'employer en votre faveur? et par combien de titres estelle engagée à vous accorder sa médiation? Son nom que vous portez, ce nom qui vous honore et que vous honorez, l'importance du sujet pour quoi vous la réclamerez , tout l'intéressera à vous écouter. Elle agira, elle parlera pour vous, et selon le terme de l'Evangile, elle vous confessera hautement devant son Fils. Les trésors du ciel vous seront ouverts, et toute cette maison sera comblée des plus abondantes bénédictions. Ainsi soit-il.

Sur l'Obéissance religieuse.

ANALYSE

SUJET. religieux. L'obéissance est une des

Obéissez à vos supérieurs, et soyez- plus excellentes vertus de leur état.

leur soumis. — Cette règle générale division.

que l'Apôtre donnait à tous les fidè- Obéissance de l'action, 1^^ partie;

les, convient particulièrement aux obéissance de la volonté, î^ partie;

obéissance du jugement, 3^ partie.

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