‹ Œeuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 36 sur 92 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Obéissance du jugement. C'est par là que nous achevons de soumettre tout l'homme à Dieu, en lui soumettant notre esprit et notre entendement. Soumission d'un prix inestimable , et sans laquelle toute notre obéissance, soit de l'action , soit de la volonté, ne peut se soutenir. Car comment ferai-je avec exactitude et avec promptitude ce que mon supérieur m'enjoint, et comment m'y affectionnerai-je , si je le condamne dans ma pensée?

Mais l'obéissance doit-elle être aveugle? oui. Non pas qu'en certaines conjonctures elle ne puisse découvrir ce qu'elle pense et le représenter, pourvu que ce soit avec humilité et avec docilité. Du reste, dans son aveuglement elle est plus éclairée , plus droite , plus sûre, que toute la sagesse de l'esprit humain.

Le supérieur peut se tromper dans ce qu'il me commande, et c'est à lui d'y prendre garde ; mais moi , je ne me trompe point en lui obéissant , puisque je fais ce que Dieu veut de moi.

De plus , nous ne pouvons douter que Dieu n'éclaire les supérieurs , et en agissant selon leurs vues , nous agissons selon les lumières de Dieu.

Enfin nous ne devons pas aisément juger d'eux : car ils ont souvent des raisons très-solides , mais qui nous sont inconnues.

Obedile Prœposilis vestris , et subjacete ei».

Obéisse» k vos Supérieurs, et soyez-leur soumis. (Ép. aux Hébr., ch. 13.)

C'ÉTAIT une règle générale que prescrivait l'Apôtre à tous les fidèles d'obéir aux puissances et de se soumettre sans distinction à toute personne établie de Dieu pour la conduite et le gouvernement du monde. Mais cette règle commune est pour nous, mes chères Sœms, un devoir particulier à l'égard de ces supérieurs

suK l'obéissance religieuse. 403

dont nous reconnaissons l'autorité légitime, et à qui nous nous sommes assujettis par un vœu authentique et solennel. De tous les vœux qui nous engagent à la religion , c'est sans doute le plus ])arfait; et il en est, en quelque manière, de l'obéissance, par rapport à la pauvreté et à la chasteté religieuse, comme il en est, selon saint Paul, de la charité, par rapport à la foi et à l'espérance. La charité est au-dessus de ces deux vertus, quoiqu'elles la précèdent : Major autem liorum est charitas (i. Cor, 13) ; et malgré tous les avantages de cette pauvreté évangélique que le Fils de Dieu a béatifiée; malgré toutes les prérogatives de cette chasteté qui rend l'homme semblable aux anges, il faut convenir que l'obéissance est une vertu souveraine, et qu'elle tient dans j'estime de Dieu le premier rang. Il est donc d'une conséquence infinie que vous appreniez à la pratiquer; et pour vous tracer en trois mots tout le plan de cet entretien , je m'arrête à l'observation de saint Bernard. Car il y a, remarque cet incomparable maître de la sainteté monastique et régulière, trois degrés, ou, pour parler plus juste, trois espèces d'obéissances : l'obéissance de l'action , l'obéissance de la volonté , et l'obéissance du jugement. Obéissance de l'action , qui nous fait exécuter ce qui nous est ordonné; obéissance de la volonté, qui nous fait conformer notre volonté à ce qui nous est ordonné; obéissance du jugement, qui nous fait approuver ce qui nous est ordonné. Trois sortes d'obéissances où le religieux sacrifie tout à la fois à Dieu ses œuvres, son cœur, son esprit. Par l'obéissance de l'action , il lui sacrifie ses œuvres ; par l'obéissance de la volonté , il lui sacrifie son cœur; et par l'obéissance du jugement, il lui sacrifie son esprit. Voilà, mes chères Sœurs, ce que Dieu attend de nous, et à quoi je viens aujourd'hui vous exhorter.

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