PREMIÈRE PARTIE. soitfj'rir, OU mourir. Sentiment qui
Comment Thérèse a réformé le lui fil surmonter tout ; et c'est par
ce même sentiment qu'une âme religieuse devient victorieuse (ie tout.
Cependant, de son cœur elle fait passer l'amour de ia croix, dans le cœur d'une infinité d'autres, parla réforme qu'elle établit au Garmel.
Réforme qu'elle oppose à la fausse réforme de Luther et de Calvin.
Réforme la plus mortifiante, et dont elle porte la première toute l'austérité.
Ce ne fut pas sans de grandes difficultés et de grandes contradictions qu'elle entreprit ce saint ouvrage ; mais enfin elle le conduisit à sa perfection , et le déposa , pour ainsi dire , entre les mains de ses filles , à qui elle le confia. Or, elles ne le soutiendront jamais mieux , que par ce qui en a été le principe , c'est-à-dire, par la mortification et une pleine abnégation d'elles-mêmes. Quel sujet de reproche, si elles le laissaient déchoir!
SECONDE PARTIE
Gomment Thérèse a perfectionné l'esprit par l'usage de l'oraison, ou elle s'est exercée avec de si merveilleux progrès. Il s'agit ici de celte oraison extraordinaire où elle fut élevée ; et son exemple nous apprend trois choses : 1° par oii l'on se doit disposer à ce don de Dieu; 2° avec quel esprit il le faut recevoir ; 3o de
qu?llc manière on en peut faire le discernement.
Elle s'y est disposée par l'oraison commune et ordinaire , où elle a persévéré pendant vingt-deux ans, malgré toutes les aridités et toutes les sécheresses dont elle a été éprouvée delà part de Dieu. Nous, au contraire, nous abandonnons souvent cette oraison commune, ou du moins nous la négligeons , dès que nous y sentons la moindre peine, et qu'il y a la moindre violence à nous faire. '
Elle a reçu ce don de contemplation . et d'une oraison sublime et extraordinaire^ avec humilité , et sans rien perdre d'une docilité parfaite à la conduite de ses directeurs : mais nous , si nous n'y prenons garde , nous nous laissons enfler d'orgueil dès les premières faveurs que nous recevons de Dieu , et nous ne voulons plus d'autre guide que nousmêmes.
Elle en a fait le vrai discernement par trois signes non suspects, dont le premier est l'attachement à la foi de l'Eglise : le second, la fidélité aux devoirs de son état : et le troisième, l'utilité de ces faveurs célestes dont Dieu la gratifiait. C'est aussi à notre égard par où nous les pouvons discerner. Sans cela, on prend pour vrai don d'oraison, ce qui n'en a que l'apparence.
Et if se prœcedet in spiritu et virtute Eliœ , parare Domino plebein perfectam.
Il viendra avec l'esprit et la vertu d'Elie, pour former au Seigneur un peuple parfait. {S. Luc , ch. \.)
C'est une question parmi les interprètes, quel est ce double esprit qu'Elisée demanda avec tant d'instance à Elie , lorsqu'il le vit sur le point de son ravissement, et qu'il lui dit ces dernières paroles : Obsecro , ut fiât in me duplex spiritus tuus (iv. Reg. 2). Dans la pensée du Docteur angélique, saint Thomas, ce double esprit ne fut autre chose que le don de prophétie c! celui des miracles; mais outre qu'Elisée possédait déjà l'un et l'autre, il y a quelque peine à se persuader qu'un homme aussi éclairé que ce prophète, pouvant obtenir toute autre grâce en conséquence de la promesse que ,'ui avait faite Elie : Postula quod vis, ut faciam tibi {Ibid.) , se fût borné à demander des grâces stériles , et qui , par elles-mérnes , ne contribuent en rien à la sainteté. C'est donc à l'explication de saint Paulin que je m'en tiens, et c'est de ses Epîtres que je la tire, Il parle de la forme de vie qu'observaient le?
anciens prophètes ; et insistant sur Elie , leur patriarche et leur maître : C'était, dit-il , un ange sur la terre, et il n'avait de commerce avec les hommes que pour leur porter les ordres de Dieu; il demeurait sur le Garmel, dégagé de tous les soins du monde, et là se repaissait de la fosée du ciel, qui lui faisait sans cesse goûter une douce et fréquente méditation des choses divines. Afin que son corps ne pût arrêter le vol de son esprit, il Texerçait par une continuelle pénitence, le traitant comme un esclave, le domptant comme un ennemi, le châtiant comme un criminel. Qu'était-ce que sa nourriture? le jeûne; qu'était-ce que son repos? les veilles et le travail ; qu'était-ce que son vêtement? un rude cilice. D'où ce Père conclut, que le double esprit d'Elie fut donc , par rapport au corps, l'esprit de mortification, et par rapport à l'âme, l'esprit d'oraison et de contemplation. C'est de l'un et de l'autre que le divin précurseur Jean-Baptiste fut rempli dès qu'il parut sur la terre , et c'est pour cela que l'Evangile nous l'a représenté comme un second Elie : Et ipse prœcedet in spiritu et virtute Elise. Eloge magnifique dans le peu de paroles qu'il contient : mais pour l'appliquer, tout grand qu'il est, à l'illustre Thérèse, je n'ai , mes très-chères Sœurs, qu'à vous mettre devant les yeux, en quelques traits, son histoire, et qu'à vous faire suivre l'ordre de sa vie. Qu'y trouverons-nous autre chose qu'une mort perpétuelle des sens par l'austérité la plus rigoureuse , et que de sublimes élévations de l'âme par toutes les ferveurs et toutes les extases de la prière ? Ce fut avec ces ailes mystérieuses qu'elle s'élova au-dessus d'elles-mêmes, et qu'elle alla se reposer dans le sein de son bien-aimé. En deux mots, double caractère de sa sainteté : un corps sacrifié comme une hostie vivante par la mortification, et une âme transformée en Dieu par l'oraison. Voilà tout le partage et tout le fond de cette exhortation j voilà ce qui vérifie les paroles de mon texte et l'application que j'en fais, savoir, que Thérèse fut dans ces derniers siècles l'héritière , et pour ainsi dire, la dépositaire de tout l'esprit d'Elie : In spiritu in virtute Eliœ. Mais à cela, j'ajoute que c'est par ce même esprit qu'elle a fait dans l'Ordre du Carmel cette fameuse réforme dont l'Eglise a reçu et reçoit encore de nos jours tant d'édification : Parare Domino, plebem perfectam. Car, commençant par sa propre personne qui devait servir de modèle, elle a' réformé le corps par l'austérité de vie qu'elle a pratiquée avec une constance héroïque, et elle a perfectionné l'esprit par l'usage de l'oraison où elle s'est exercée avec de si merveilleux progrès. Dans ces deux points , je vous proposerai de grands exemples à imiter, et c'est de quoi j'ai cru devoir vous entretenir aux approches de cette fêle que vous allez célébrer en l'honneur de votre glorieuse Mère. Le sujet vous intéressera , et mérite toute votre attention.