PREMIÈRE PARTIE
Les prêtres doivent être saints , parce qu'ils sont les sacrificateurs du corps de Jésus-Christ. — En cette qualité, ils tiennent la place de Jésus-Christ , qui fut lui-même le premier sacrificateur de son propre corps, lorsqu'il institua son adorable sacrement. Or, quelle sainteté est nécessaire pour occuper dignement une telle place , et pour exercer un tel ministère? D'autant plus que le prêtre, quoique substitut de Jésus- Christ, a néanmoins, dans l'exercice de son ministère , une espèce de pouvoir sur Jésus-Christ même.
Quelle dignité! s'écrie saint Augustin ; c'est en quelque sorte dans les mains des prêtres que le Verbe de Dieu s'incarne tout de nouveau.
LTSE.
L'Eglise , poursuit ce même saint docteur, croit en avoir beaucoup dit, quand elle chante que le Verbe divin n'eut point horreur de demeurer dans le sein d'une vierge, toute sainte qu'elle était. N'est-ce pas le même Dieu qui descend sur l'autel , et que les prêtres portent dans leurs mains? Combien donc doivent-ils travailler à se sanctifier !
Mais par un étrange abus, on ne voit que trop de prêtres bien éloignés de la sainteté qui leur convient : c'est-à-dire , qu'on ne voit que trop de prêtres mercenaires et intéressés, de prêtres ambitieux, de prêtres vains et présomptueux, de prêtres oisifs et voluptueux , de prêtres tout mondains. Hcnte du christianisme, ou plutôt de ceux qui déshonorent ainsi ce qu'il y a de plus vénérable dans le christianisme!
SECONDE PARTIE
Les prêtres doivent être saints , parce qu'ils sont les pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ. Ils réconcilionl les hommes avec Dieu, ils confèrent les sacrements , ils remettent les péchés, ils instruisent le peuple do Dieu : car tout cela est renfermé dans ces paroles de Jésus-Christ à
ses Apôtres : Tout ce que vous lierez prendront-ils de juger, de condam-
surla terre , sera lié dans le ciel; et ner, d'absoudre, dans des disposi-
tout ce que vous délierez sur la terre, lions toutes criminelles? Enfin,
sera délié dans le ciel. comment instruiront-ils le peuple de
Après cela nous ne devons point Dieu, en détruisant par leurs exera-
nous étonner que les plus grands pies ce qu'ils enseignent par leurs
monarques du monde aient témoigné paroles I
tant de révérence pour les prêtres. Car leurs exemples font beaucoup Mais ce qui doit nous surprendre , plus d'impression que leurs paroles, c'est que ces prêtres, si distingués par Leurs moindres fautes sont remarieur caractère, ne s'efforcent pas d'à- quées,et les scandales des prêtres voir toute la pureté et toute la sain- n'ont que trop de fois servi à autoteté des anges. Comment pourront- riser le libertinage des laïques. De ils s'entremettre d'une réconciliation là le décri du sacerdoce. De là le aussi sainte que celle des pécheurs compte rigoureux que Dieu exigera avec Dieu , s'ils sont eux-mêmes en- de tant de prêtres. Les saints euxnemis de Dieu? Gomment oseront- mêmes en ont tremblé. Terribles pails administrer les sacrements de Je- rôles de saint Grégoire et de saint sus-Christ, et versor sur les fidèles Ghrysostome. Avis important du les mérites de son sang avec des bienheureux Laurent Justinien. mains impures? Comment entre-
Hacerdotts lui induantur juslitiam.
Que vos prêtres, Seigneur, soient revêtus de jastice et de sainteté.
(PSADMB 131.)
C'est ainsi, Messieurs, que le prophète vous fait tout à la fois connaître l'excellence de votre sacerdoce et ses devoirs* ; et c'est là-dessus que saint Ambroise , traitant de la dignité des prêtres, leur adresse des paroles aussi éloquentes pour exprimer la grandeur de leur ministère, qu'elles sont instructives pour en exercer saintement les fonctions : Auditeme, stirps Levitica , germen sacerdotale, propago sanctificata, duces ac redores gregis Christi; Ecoutez-moi, vous qui êtes les vrais héritiers de la tribu de Lévi, issus de la branche sacerdotale, sancliliés par votre caractère et constitués les chefs du troupeau de Jésus-Christ : Audite me rogantempariler etvcrentem; Ecoutez la prière que je vous fais, accompagnée du respect et de la vénération que je dois avoir pour vos personnes : Ut cura honoris vobis prœrogativam rïionstramus, congrua etiam mérita requiramus; afin que vous ayant montré l'éminence du rang où vous êtes élevés, je puisse exiger de vous toutes les vertus et toute la sainteté nécessaire pour la soutenir avec honneur. Paroles dignes d'un évêque, qui, honoré d'un caractère supérieur encore à celui des prêtres que la Providence lui avait subonlonnés, les instruisait en maître et s'expliquait avec autorité. Pour moi, Mesi^ieurs, qui n'ai parmi vous, ni la même distinction, ni les mêmes droits, je n'entreprendrai point de vous prescrire ici des règles; mais .«ans m'oublier moi-même, et ganlant toutes les mesures convenables, je puis du reste vous représenter les obligations qui se trouvent indispensablement attachées à votre él;it, et je n'aurai, pour m'en tracer l'idée juste, qu'à me tracer lidée de
* Cette exhortation fut faite pour une assemblé© d'ecclésiastiques.
votre conduite la plus ordinaire. C'est donc dans cet esprit, qu'usant de la liberté que vous me donnez, je ne craindrai point de vous dire ce que vous devez être, parce que je sais qu'en même temps je vous dirai ce que vous êtes. Je pourrais, dans un récit pompeux et en de magnifiques expressions, relever les avantages infinis et toutes les prérogatives du sacerdoce de la loi de grâce. Mais si j'en parie, ce ne sera que pour établir celle proposition si solide et si vraie, savoir, que tous les titres d'honneur qui rehaussent l'éclat et le prix du sacerdoce, sont autant de raisons et de puissants motifs qui nous obligent, comme prêtres du Dieu vivant, à travailler sans relâche à la sanctification de notre vie et à notre propre perfection. Et parce que tous ces titres se réduisent à deux pouvoirs que le prêtre exerce en vertu de son ministère : le premier, que les théologiens appellent communément pouvoir de l'ordre, et le second, appelé, selon le même langage de la théologie, pouvoir des clefs ou pouvoir de juridiction; celui-là, par rapport au corps réel de Jésus-Christ, qui est son sacrement; et celui-ci, par rapport au corps mystique de Jésus-Christ, qui est son Eglise composée de tous les fidèles : je veux vous faire voir quel fonds de sainteté demandent indispensablement l'un et l'autre. En deux mots, sacrés ministres du Seigneur, soyez saints : pourquoi? et parce que vous êtes les sacrificateurs du corps de Jésus-Christ, c'est la première partie; et parce que vous êtes les pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ, c'est la seconde : Sacerdotes tui induantur justitiam. Yoilà tout le sujet de cet entretien.