PREMIÈRE PARTIE
Soumission dans le sentiment pour vouloir tout ce que Dieu veut. Ainsi Jésus-Christ dans sa prière, 1° se soumet au bon plaisir de son Père :
Mon Père, dit-il, qu'il n'en soit pas comme je le veux, mais comme vous le voulez ; 2° il s'y soumet dans un soulèvement général de toutes ses passions contre lui-même : ennui , crainte, tristesse, agonie; 3° il s'y soumet dans un délaissement total, à ce qu'il semble , et de la part du ciel, et de la part des hommes ; 4" il s'y soumet de telle sorte qu'il agrée tout sans exception et sans réserve.
Vrai modèle d'une sainte soumission. Etre soumis au bon plaisir de Dieu, lorsqu'il n'y a rien que de contraire à nos inclinations. Etre docile et souple sous la main de Dieu , lorsque toutes nos passions se révoltent et se soulèvent. Se conformer à la volonté de Dieu , lorsque Dieu ne nous soutient par aucunes consolations sensibles, et que le
monde nous abandonne. Enfin ne point mettre de bornes à notre soumission et embrasser tout également, sans accepter une chose parce qu'elle nous fait moins de peine , ni rejeter l'autre , parce qu'elle nous en fait davantage. Hors de là , notre conformité et notre patience ne peut être d'un grand prix , et n'est pas même souvent une vertu chrétienne.
SECONDE PARTIE
Soumission dans la pratique et roction pour faire ce que Dieu veut.
C'était la volonté de Dieu que Jésus- Christ fût livré aux Juifs et condamné à la mort. Jusque-là cet Homme- Dieu , malgré toutes ses répugnances naturelles, s'était contenté de recevoir là-dessus l'ordre du ciel, parce que le temps de l'exécution n'était pas encore venu ; mais dès qu'il se trouve à cette heure marquée par son Père, et que les Juifs avancent pour se saisir de'sa personne, quel merveilleux changement se fait en lui! Auparavant, tout soumis qu'il était de cœur, il tremblait néanmoins , il ressentait les plus violentes révoltes , il se troublait et demandait à être délivré de sa passion : mais tout à coup le voilà plein de courage, qui anime ses apôtres; qui, sans se ( acher, se fait au contraire connaître à ses ennemis, se présente à eux, défend à Pierre de rien entreprendre pour les arrêter, et s'abandonne luimême entre leurs mains : Tout cela, dit-il , afin que le monde sache que j'aime mon Père , et que j'arroniplis fidèlement tout ce qu'il lui plait, de m' or donner.
Or, il y a par rapport à nous-mômes des volontés de Dieu pratiques et qui tendent à l'aclion; mais les suivons-nous en effet , et agissonsnous conformément à ses vues? fai^
sons-nous tout ce qu'il veut, et tout gênions pour lui? Ne lui obéironsce qu'il nous prescrit dans notre nous que lorsqu'il ne nous en coûteétal? Xous manquons à nos plus es- ra rien ? En quelque conjoncture que sentieHes obligations. En vain après ce soit , imaginons-nous que Jésuscela disons-nous tous les jours à Christ nous dit comme aux apôtres : Dieu : Que votre volonté soit faite; Levez-vous et marclions. Souvenezce n'est qu'un pur langage. vous de la grandeur du Maître que Il est vrai que cette soumission en nous servons , de ses promesses et pratique et en œuvres , demande de de ses récompenses ; et dans la même la contrainte et de la gêne : mais résolution que saint Paul , disons- Dieu ne mérite-t-il pas bien que nous lui : Que voulez-vous , Seigneur, que nous contraignions et que nous nous je fasse?
Et progressus pusillUm produit in faciem suam , orans et dicens : Pater mi, si possibile est, Iranseat ii me calix isle : rerum tamen non sicut ego vola, sed sicut lu.
S'étarit avancé un peu plus loin, il se prosterna le vistge contre terre, priant et disant : Mon Père , s'il est possible , faites que ce calice pafse , et qu'il ne soit point pour moi : cependant, que votre volonté s'accomplisse, et non la mienne.
(.S. Matth., ch. 26.)
VOILA, Chrétiens, le premier mystère et comme l'entrée rie tous les mystères de la passion du Fils de Dieu, que nous devons méditer pendant le cours de ce carême. C'est la grande dévotion des âmes Qdèles, surtout en ce saint temps, de considérer les souffrances de leur Sauveur; et c'est de cette méditation que les saints ont retiré des fruits si merveilleux de grâce et de sainteté. Pour moi, mes Frères, disait saint Bernard , depuis le jour de ma conversion, mon soin le plus ordinaire et le plus fréquent a été de cueillir, comme l'épouse, ce bouquet de myrrhe, composé de toutes les amertumes et de toutes les douleurs de Jésus-Christ, mon .souverain Seigneur. Je l'ai mis dans mon sein, et je l'ai appliqué à toutes mes plaies : Hu7ic milii fasciculum colUgere et intra visccra mea collocare curavi , coUectum ex amaritudinibus Domini met. Car, comment pourrais-je oublier les miséricordes d'un Dieu souffrant, ajoutait ce saint docteur, puisque ce sont elles qui m'ont donné la vie? et quel in'érét n'ai-je pas à les tenir profondément gravées dans mon souvenir, puisque c'est là que je trouve la vraie sagesse, que je trouve la plénitude de la science, que je trouve des trésors de salut, que je trouve enfin un fonds inépuisable de mérites? In his sapientiam, in his plenitudinem scientlx, in hisdivitiassalutis, inhis copiam meritorum. De là, mes Frères, continuait encore le même Père, parlant à ses religieux, de là vient que je les ai si souvent dans la bouche, comme vous le savez; et que je les ai encore plus dans le cœur, comme Dieu le sait : car c'est là toute ma philosophie, c'est à la seule connaissance de Jésus qu'elle se réduit, et de^ Jésus crucifié : Hœc philosophia mca, scire Jesum, et hune crucifixum. Tels étaient les sentiments de saint Bernard : faisons-en les nôtres , mes chers Auditeurs; et puisque c'est pour cela que nous sommes ici assemblés, commençons dès aujourd'hui à étudier cette science sublime et suréminente de la charité de notre Dieu et de sa douloureuse passion. Ce que nous présente d'abord l'Evangile , c'est Jésus-Christ priant dans le jardin , et acceptant avec une pleine soumission le calice que son Père lui a destiné
et préparé : V erumt amen non sien l ego volo, sed sicut tu. Arrôtons-nous là, et pour notre éliGcalion, apprenons nous-mêmes comment nous devons en tout nous conformer aux ordres de Dieu, et nous résigner à ses adorables volontés. Soumission d'une nécessité indispensable; soumission que tout chrétien doit conserver jusqu'à la mort , et sans laquelle il n'y a point de salut , puisque le salut devient impossible à quiconque refuse d'obéir à Dieu, et ne veut pas dépendre de Dieu; mais soumission qui, de toutes les vertus, est peut-être la moins connue dans le christianisme et la moins pratiquée. Elle renferme deux choses qui vont partager cet entretien, savoir : le sentiment et l'action; le sentiment dans le cœur, et l'action dans la pratique; le sentiment dans le cœur, pour vouloir tout ce que Dieu veut; et l'action dans la pratique , pour exécuter ensuite et pour faire tout ce que Dieu veut : deux devoirs que nous enseigne par son exemple le divin Maître qui s'est anéanti pour nous, et rendu obéissant jusques à la mort. Donnez, s'il vous plail, à l'un et à l'autre une favorable attention.