PREMIÈRE PARTIE. Combien il est important d'atta
Le principe du crime de Judas, ce quer la passion de bonne heure, puis-
fut une passion mal réglée. Quelle que lorsqu'elle s'e?t fortifiée , on ne
passion? sa seule avarice. Se voyant peut , sans une extrême difficulté, la
frustré du gain qu'il eût fait, si l'on surmonter.
Combien il est nécessaire de n'en maître; mais , dit saint Augustin, il
épargner aucune et de les répriaier ne fit point attention au prix dont
tôiitt^s , puisqu'une seule sufiit pour son maître l'avait racheté. C'est ce
nous perdre. C'est une maladie mor- qui le porta à ce dernier attentat,
telle, et il ne faut qu'une maladie où s'arrachant lui-même la vie, il
mortelle pour nous causer la mort, consomma son éternelle damnation. Prière à Dieu. De là apprenons : 1° à craindre
SECONDE PARTIE. Dieu , et à opérer notre salut avec
Le comble du crime de Judas, ce fut tremblement , en quelque état et en un aveugle déstsjioir. Un apôtre ré- quelque profession que nous soyons; prouvé, quel abîme des jugements 2o à ne point séparer la confiance de de Dieu! C'est là néanmoins que s'est la crainte , mais à espérer toujours terminée la trahison de Judas : pour- en Dieu, quelque pécheur que nous quoi ? parce qu'il désespéra de la ayons été. Le plus grand artifice de miséricorde de Dieu. Il fut touché de l'esprit séducteur, est de nous donrepentir, mais d'un repentir de dé- ner de la confiance avant le péché, mon, parce qu'il n'était pas accom- et de nous l'ôter après le péché. Tant pagné de l'espérance chrétienne. Il que le pécheur se confiera à la grâce reconnut son péché , mais il ne re- divine , ce sera toujours pour lui connut pas en même temps , re- une ressource , parce que ce sera un marque saint Bernard, la bonté de motif capable de l'attirera Dieu, et Dieu envers les pécheurs. Il rendit do lui faire prendre une sainte résole prix pour lequel il avait vendu son lution de se convertir.
Adhue eo loqnenle , ecct Judas unus de duodecim venit , et citm to turta miilta, missi il principihus saccrdolum. Qui antem tradiderut eum , dedet itlis signum , dicens : Quecumque osculatus fuero , ipse est , tenete eum.
Le Sauveur du monde n'avait pas encore achevé de parler, que Judas , l'un d^-s douze apôircs , arriva , et avec lui une iroupe d'hommes armés , qui étaient envoyés par les .prince» des prêtres. Or, le disciple qui le trahissait leur avait donné ce signal, et leur avait dit : Celui que je baiserai , est celui que vous cherrhez.
(S. Matth., eh. 26.)
QUE puis-je, Chrétiens, ajouter à ces paroles? et pour vous faire concevoir une juste horreur de la trahison de Judas, ^quelle autre image vous en tracerais-je, el en quels caractères plus marqués pourrais-je vous la représenter? C'est un disciple de Jésus-Christ, et c'est même un des disciples favoris, puisque c'est un des douze apôtres : Unus de duodecim. Il paraît à la tclo d'une troupe armée : contre qui? contre son Maître; et envoyé par qui? par les ennemis de son Maître : Et eum eo turba, missi à principibus sacerdotum.. C'est lui-même qui le trahit, cet adorable Maître , et lui-môme qui l'a vendu aux Juifs : Qui autem tradiderateum. Enfin le signal qu'il leur donne pour le connaître et pour le prendre, c'est un baiser: Quemcuiuque osculalus fuero , ipse est, tenete eum. Yoiicà sans doute, entre les souffrances de Jésus-Christ dans sa pa.esion, ce qui lui dut être plus sensible; et c'est de quoi je viens aujourd'hui vous entretenir. Je ne prétends point m'arrôter aune longue et inutile déclamation contre l'attentat de cette âme lâche et sans foi. Une simple vue en découvre d'abord toute l'énormilé. Mais, afin d'en tirer des leçons qui nous soient profitables, nous devons considérer dans le crime de Judas surtout deux choses , savoir : ce qui en a été le principe, et ce qui en a été le comble. Or, le principe ;'e son crime, ce fut une passion mal réglée, vous le verrez dans ia première partie ; et le comble de soq
crime, ce fut un aveugle désespoir, je vous le montrerai dans la seconde partie. De là nous apprendrons, en premier lieu, de quelle conséquence il est de ne souffrir dans notre cœur nulle passion qui le puisse corrompre; et en second lieu , qu'à quelques excès néanmoins que la passion nous ait conduits, il n'y a jamais sujet de perdre espérance , et de se croire absolument abandonné de Dieu. Deux points que je vous prie de bien remarquer, et qui vont partager cet entrelien.