EPITRE A SES AMIS 5 DES GRACIEVSETEZ DE D. L. L
v)vE faites vous, mes compagnons 5 Des chères Muses chers mignons?
Au'ous encore en notre absence De votre Magny souuenance ?
Magny votre compagnon dons.
Qui ha souuenance de \ous Plus qu*assez, s' une Damoiselle Sa douce maîtresse nouuelle Qui restreint d'une estroite Foy Le laisse souuenir de soy.
Mais le Pouret qu'Amour tourmente D'une chaleur trop véhémente.
En oubli le Pouret ha mis Soymesnie et ses meilleurs amis :
Et le Pouret à rien ne pense.
Et si n'a de rien souuenance, Mais seulement il lui souuient De la maitresse qui le tient, Et rien sinon d'elle il ne pense N'ayant que d'elle souuenance.
Et tout brûlé du feu d'amours Passe ainsi les nuits et les jours, Sous le ioug d'une Damoiselle Sa douce maitresse nouuelle, Qui le fait ore esclaue sien,
DE DIVERS POETES. ii5
Ataclië trun noiiueau lien :
Qui le cœur de ce misérable
Brûle d'un feu non secourable.
Si le secours soulacieus
Ne lui vient de ses niesmes yeus.
Qui premiers sa flamme alumerent,
Qui premier son cœur enflammèrent.
Et par qui peut estre adouci
L'amoureus feu de son souci.
Mais ny le vin ny la viande.
Tant soit elle douce et friande.
Ne lui peuuent plus agréer.
Rien ne pourroit le recréer,
Non pas les gentilesses belles
De ces gentiles Damoiselles,
De qui la demeure Ion met
Sur l'Heliconien sommet,
Qu'il auoit tousiours honorées,
Qu'il auoit tousiours adorées
Des son ieune aage nouuelet,
Encores enfant tendrelet.
Adieu donq Nynfes, adieu belles,
Adieu gentiles Damoiselles,
Adieu le Chœur Pegasien,
Adieu l'honneur Parnasien.
Venus la mignarde Déesse,
De Paphe la belle Princesse,
Et son petit fils Gupidon
Me maîtrisent de leur brandon.
Vos chansons n'ont point de puissance
ii6 ESCRIZ
De lïiie donner quelque allégeance
Aus tourmens qui tiennent mon cœur,
Genné d'une douce langueur
le n'ay que faire de vous, belles :
Adieu, gentiles Damoiselles :
Car ny pour voir des monceaus d'or
Assemblez dedens un trésor,
Ny pour voir flofloter le Rone,
Ny pour voir escouler la .Sone^
Ny le gargouillant ruisselet,
Qui coulant d'un bruit doucelet,
A dormir, d'une douce enuie,
Sur la fresche riue conuie :
Ny par les ombreus arbrisseaus
Le dons ramage des oiseaus,
Ny violons, ny espinettes,
Ny les gaillardes chansonnettes,
Ny au chant des gaies chansons
Voir les garces et les garçons
Fraper en rond, sans qu'aucun erre.
D'un branle mesuré, la terre.
Ny tout cela qu'a de ioyeus
Le renouueau delicieus,
Ny de mon cher Giués (qui m'ayme
Comme ses yeus) le confort mesme.
Mon cher Giués, qui comme moy
Languit en amoureus émoy.
Ne peuvent flater la langueur
Qui tient genné mon poure cœur :
Bien que la mignarde maitresse,
Pour qui ie languis en détresse,
Contre mon amoureus tourment
Ne s'endurcisse fièrement :
Et bien qu'ingrate ne soit celîe^
Celle gentile Damoiselle
Qui fait d'un regard bien humain,
Ardre cent feus dedens mon sein.
Mais que sert toute la caresse Que ie reçoy de ma maitresse?
Et que me vaut passer les iours En telle espérance d'amours.
Si les nuiz de mile ennuiz pleines Rendent mes espérances veines?
Et les iours encor pleins d'ennuis, Qu'absent de la belle ie suis?
Quand ie meurs, absent de la belle, Ou quand ie meurs présent près d'elle N'osant montrer (o dur tourment!) Comment ie l'ayme ardantement?
Celui vraiment est misérable Qu'Amour, voire estant fauorablcj Rend de sa flame langoureus.
Clietif quiconque est amoureus.
Par qui si cher est estimée Vue si légère fumée D'un plaisir suiui de si près De tant d'ennuiz qui sont après.
Si ay ie aussi cher estimée Vne si légère fumée..
ii8 ESCRIZ
DES BEAVTEZ DE D. L. L.
(Jv print Tenfant Amour le fin or qui dora En mile crespillons ta teste blondissante? En quel iardin print il la roze rougissante Qui le liz argenté de ton teint colora ?
La douce granité qui ton front honora, Les deus rubis balais de ta bouche alléchante. Et les rais de cet œil qui doucement m'enchante, En quel lieu les print il quand il t'en décora ?
D'où print Amour encor ces filets et ces lesses, Ces haims et ces apasts que sans fin tu me dresses, Soit parlant ou riant ou guignant de tes yeus ?
Il print d'Herme, de Cypre, et du sein de l'Aurore,
Des rayons du Soleil, et des Grâces encore,
Ces atraits et ces dons, pour prendre hommes et Dieus.