‹ Euvres de Louize Labé, lionnoizeChapitre 65 sur 93 · La aussi estaient Brunettes , page x/{l · texte numérisé non relu

La aussi estaient Brunettes , page x/{l

Les fleurs appelées Brunettes ne sont pas plus connues aujourd'hui que l'arbuste qu'on uommoit cerverin. J'ai consulté les mêmes personnes, auxquelles j'avois demandé l'explication de ce dernier mot: suivant les unes, la brunette est la scabieuse pourprée oxi fleur de veuve, scahiosa atropurpurea , Linn. ; suivant les autres, c'est la petite consoude, brunella ou prunella vulgaris ; suivant d'autres enfin, c'est le cyclame d'Europe, cyclamen europœum , Linn. « Pour avoir la preuve que c'est le « cyclame, dit M. Vallot, il suffit de recourir à l'ouvrage, fort « ancien, il est vrai , de Mathieu Sauvage, Matthœi Sylvatici « opus pandectarum;onlit(fol.XLlil):j8rKmarta, hrumeria , vl. « hrunete , et (fol, XLIIII, cap. CXV) : Buthomarien, panis por- « cinus, d'où l'on conclut facilement cyclame (Petites Affiches « de Dijon, déjà citées ). » « Ce qui a pu faire donner le nom « de brunette au cyclame, dont les variétés sont si nombreuses, « ajoute encore M. Vallot, c'est la couleur de l'écorce des ra- « cines, et surtout le vert brun de la surface des feuilles de « cette plante. »

ti.ZZ, "— Mastis, damas , P^ge i/^i.

Ces deux noms de fleurs sont e'galenient ignorés de nos botanistes modernes. Le premier est-il, ainsi queleconjecturentMlVl.de Labouïsse et de Chesnel, le nom défiguré du pied d'alouette, en latin delphinium Ajacis! Mais nous verrons que le pied d'alouette semble être désigné dans la stropbe suivante. N'est-ce pas plutôt, d'après l'avis de MM. Pougens etVallot, \q thymus mastichina^ Linn. , recherché pour son odeur aromatique, pénétrante et suave? « On s'assurera de cette détermination, observe « M. Vallot , en recourant à l'Histoire des plantes de Dale- « champ (tome ï, liv. Viii, chap. IV, pag. 769 et 770), où on « lit: V^rai maron appelle en françois mastic, v> Le thymus mas~ tichina a, en effet, des propriétés analogues à celles du mastic: ce qui a pu lui valoir la même dénomination. Le retranchement du c, suivant M. Pougens, ne doit point arrêter, vu l'incertitude et le peu de fixité de l'orthographe chez les anciens poètes françois. Il se pourroit, d'ailleurs, qu'au temps de Louise Labé, lee de mastic ne se prononçât pas, motif suffisant pour que, d'après le système d'orthographe suivi dans ses œuvres, on n'eût pas craint de faire disparoître cette lettre comme inutile. Quant aux damas , je me contenterai de rapporter l'opinion du savant médecin dijonnois, et parce qu'elle est très plausible, et parce qu'il indique et combat les autres conjectures qui ont été faites sur le même mot: «Datnas, c'est l'oreille d'ours , primula aiiri- « cula j Linn. : elle a reçu la dénomination de damas d'après « Fabius Columna qui, sous le nom d'alisma ou damasonium « Dioscoridis, avoit indiqué une espèce désignée aujourd'hui sous « le nom de primula palinuri. Quelques personnes voudront « peut-être que damas désigne la nielle, nigella damascena , « Linn. ; d'autres prétendront que damas désigne la rose musquée M de Damas, indiquée parDalechamp (Hist. gén. des Plantes, « tom. r, liv. II, chap. 2, pag. lo^), et rapportée par Lamark « au rosa alba , Linn. Mais, si elles veulent réfléchir sur la « strophe où cette plante est citée, elles verront que Poreille

« d'ours s'accorde mieux avec les fleurs qui y soïit mention- « nées.» M. Vallot trouve enfin la confirmation de sa conjecture dans le nom de damas , donné à une sorte d'étoffe do soie, sur laquelle la lumière joue comme sur les corolles bigarrées de l'oreille d'ours, qui est, d'ailleurs, si connue et si recherchée des amateurs.

234. — jiuec la Jleur f en laquelle Hiacinte renouuelle Son nom après son trespas, page l4l.

Ces vers s'appliquent, suivant toute apparence, au pied d'alouette, delphinium Ajacis , Linn. Du moins, tous les botanistes s'accordent à croire que le pied d'alouette est Vhyacinthus des anciens, ainsi nommé par les poètes qui supposoient cette fleur née du sang d'Hyacinthe, et suivant lesquels elle portoit la marque des gémissements d'Apollon, c'est-à-dire les lettres AI AT, exclamation douloureuse répondant à notre hélas. Il y avoit, à ce qu'il paroît, une autre espèce dihyacinthus née du sang d'Ajax, et portant aussi les mêmes lettres écrites (initiales du nom de ce héros). Suivant un savant dû premier ordre, cette dernière espèce seroit notre lis-martagon, et c'est mal-à-propos que Linné auroit donné au pied d'alouelte la dénomination, de delphinium Ajacis. Voy. dans le Journal des Débats du 17 mai 1812, un article très curieux de M. Boissonade, sur les Principes de botanique, par Ventenat. En tout cas, le chantre de Louise Labé a eu tort de dire qu'Hyacinthe renouuelle son nom. dans la fleur née de son sang, s'il a entendu faire allusion aux lettres AI AI dont elle semble offrir l'image : ces lettres ne pourroient renouueller que le nom d'Ajax ; mais peut-être ses paroles ne signifient-elles autre chose, sinon que la fleur dont il s'agit étant appelée Hyacinthe, comme l'ami d'Apollon, perpétue par là le souvenir de ce personnage fabuleux, ■235. — Du lieu ou fut renfermé Le monstre contre nature En Pasiphae formé y même page.

Du labyrinthe de l'île de Crète, dans lequel fut renfermé le Minotaure, monstre moitié homme et moitié taureau, né des embrassements d'un taureau et de Pasiphaé, femme de Minos.

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