‹ Euvres de Louize Labé, lionnoizeChapitre 71 sur 93 · Gradiue le fort , page · texte numérisé non relu

Gradiue le fort , page

Mars, appelé aussi Gradivus , du latin gradi , marcher, ou du grec cradainein , agiter une lance.

^49* ~~ ^'^ niont ou Ion me décore ,

Qui retient de moy son nom , page l47« Le mont ou la colline de Fourvière, qui domine Lyon, et où l'on voit une église célèbre dédiée à la Vierge. Le poète devoit adopter l'étymologie qui fait venir Fourvière de Forum p^eneris, et qui suppose que Vénus y avoit un temple : cela convenoit à son sujet. Mais cette étymologie ne paroît pas être la véritable, et on croit généralement aujourd'hui que Fourvière est une altération de Forum vêtus , parce qu'il y avoit, sur le haut de cette montagne, une place publique ou marché construit par Trajan. C'est du moins ce que cherche à prouver le P. de Colonia (tome r, pages 1C9 et suiv.). Il fait voir qu'on ne Irouve ni sur les lieux, ni dans l'histoire, aucun indice de l'exislence de ce prétendu temple de Vénus. Quoi qu'il en soit, Maurice Sceve donuoit au nom de Fourvière la même origine que notre poète: le XCV.^ dixain de sa Délie est ainsi conçu:

Ton haiilt sommet, ô Aloiit à Venus sainte, ,

De tant d'esclairs tant de fois coronné ,

Monstre ma teste estre de sanglotz ceincte»

Qui mon plus hault tieiu^nt enuirouné.

Et ce Brouas te couurant estonné

De mes souspirs descouure la bruyne.

Tes aqueductz , déplorable ruyne ,

Te font priser par l'iuiure du temps.

Et mes yeulx secz de l'eau, qui me ruyne.

Me font du peuple, et d'elle passe-temps.

Jean-Isaac Pontanus, auteur d'un voyage dans la Gaule Narbonnoise, inséré parmi ses autres poésies latines, Amsterdam, 1654, in-12, décrivant en beaux vers la ville de Lyon, a adopté aussi la même tradition :

Singula miramur pontes et amœna fluenta, Vicinamque astris cingentia mœnia rupem, Qua Veneri îdalia; , sic. fert longaeva vetustas, Fundata est, veluti olim Eryclno in vertice, sedes. Fallorî an hanc quondam molitus Claudius ingens

Indigena , atque Ulo quoque sese fassus AcMvîs Et magna ^neadum de slirpe et gente profectumî

« Nous admirons tour-à-tour ces beaux fleuves, les ponts qui « les traversent, et ces murailles construites sur un rocher « voisin des astres, où, s'il faut en croire d'antiques récits, un « temple fut élevé à Vénus, comme autrefois sur le mont Éryx. « Peut-être n'est-ce qu'une illusion; mais je crois que ce temple « fut l'ouvrage de Claude qui, dans sa patrie, voulut rappeler « aux Grecs qu'il sortoit de la noble race d'Énée. »

sSo. —Le lieu ou tu fus conçue

]Se fut vile ny château^ P^gG l47« Ce passage sembleroit annoncer que Louise Labé n'étoit pas née à Lyon même, mais dans les environs de cette ville.

25i. — Lih autour sont ineintes plaines , etc., pages i47 et i/\S. Est-ce de la maison de campagne et des fonds que Louise Labé possédoit à Parcieu, que le poète veut parler? aSa. — Marot y Moulin ^ la Fonte ine ^

Auec la Muse hauteine- 4|^k

De ce Sceue audacieus ^ 4|||^ ^^T

Dont la tonnante parole , Qui dens les astres carole ^ Semble un contrefoudre es Cieus, page i5l. Clément Marot, qui vint et séjourna à Lyon en i53o, i536, i537 et i538, ne put y connoître Louise Labé, qui n'étoit alors qu'un enfant, puisqu'elle étoit née en i5i6. Il étoit mort depuis onze ans, lorsqu'elle publia ses ouvrages. On ne trouve rien dans les oeuvres de Marot qui soit relatif à la Belle Cordière, quoique, d'après les vers qu'on vient de lire^ il paroisse l'avoir célébrée.

Les poésies et la personne de Moulin me sont inconnues, à moins qu'il ne s'agisse d'Antoine du Moulin, mâconnois, éditeur des œuvres de Marot, de celles de Pernette du Guillet, de celles de Bonayenture des Périers, et auteur lui-même d'un

grand nomLre d'ouvrages en vers et en prose, dont la Croix du Maine et du Verdier indiquent les principaux.

Quant k la Fonte ine f c'est, je crois, Charles Fontaine, auteur de poe'sies dont plusieurs sont adressées à des Lyonnois, et dont il existe trois éditions, ou plutôt trois recueils, imprimés, le premier à Paris, en i546, sous le titre de la Fontaine d'Amour, le second, en i555, sous celui des Ruisseaux de Fontaine, et le troisième, en i588, à Lyon, chez Benoît Rigaud, sous celui du Jardin d'Amour avec la Fontaine d'Amour. Le Magasin Encyclopédique , année 1812 (tome vr, pages 35i-366), contient une notice intéressante dont ce poète est le sujet,- et qui est intitulée, Lettre à M. de B*'^* sur un poète du XVI.'^ siècle, qui a habité Lyon, et dont plusieurs ouvrages ont rapport à cette ville. J'ai lieu de croire que cette lettre est de M. Dugas-Montbel , de l'académie de Lyon, auquel nous devons la dernière et la meilleure traduction d'Homère. Charles Fontaine, né à Paris le i3 juillet i5i5, fut l'ami, le disciple, et le défenseur de Marot. Il eut pour femmes deux lyonnoises, qu'il désigne sous les noms de Marguerite et de Flora. Il épousa la première en i54o, et eut d'elle deux fils. Il la regretta vivement, et néanmoins il se remaria avec la seconde au mois de février i544« Celle-ci étoit du village de Chaponost. Lui-même nous apprend ces circonstances dans ses vers. Ilparoît que, par suite de ces deux établissements , il se fixa à Lyon, et qu'il y mourut, on ne sait pas au juste en quelle année ; il sembleroit cependant que ce fut postérieurement à i588, époque, comme nous l'avons dit, de la publication de son Jardin d'Amour.

Nous avons déjà parlé plusieurs fois de M-xurice Sève ou Scc\e, et de ses rapports avec Louise Labé (Voy. notamment pages Ivj etlvij). On trouvera d'amples détails sur ce poète lyonnois, qui eut une grande réputation de son vivant, dans le P. de Colonia,. Histoire littéraire de Lyon (tome ir, pages Sio-Siy), et dans l'abbé Goujet, Bibliothèque françoise (tome XI, pages 44^- 452). Ses deux principaux ouvrages sont sa Délie , obiect de plus

haulte vertu , Lyon, Sulpice Sabon , i544) in-S.", et Paiis, Nicolas du Chemin, i564, in -16, et son Microcosme ou Petit Monde, Lyon, Jean de Tournes, i562, in -4.° Joachim du Bellay célèbre Maurice Sceve dans deux de ses sonnets : dans le premier il lui donne l'e'pithète de Cygne nouveau; je transcrirai ici le second, un des meilleurs du temps où il parut;

Gentil esprit, oi-nement de la France, Qui d'Apollon sainctement inspiré T'es le premier du peuple retiré, Loing du chemin tracé par l'ignorance,

Sceue diuin, dont l'heureuse naissance

N'a moins encor son Rosne décoré ,

Que du Thuscan le fleiiue est honoré

Du tronc qui prent à son bord accroissancc^

Reçoy le vœu, qu'un deuot Angeuin , Enamouré de ton esprit diuin.

Laissant la France , à ta grandeur dédie :

Ainsi touslours le Rosne impétueux.

Ainsi la Sône au sein non fluctueux , Sonne tousiours et Sccue et sa Délie.

Beaucoup d'autres contemporains de Maurice Sceve l'ont pareillement vanté; mais Estienne Pasquier, Recherches de la France (vn, 6), tout en le plaçant à la tête des grands poètes qui parurent sous le règne de Henri 11, et qui « du commeuce- «< ment firent profession de plus contenter leurs esprits que l'o- « pinion du commun peuple, » le blâme d'avoir affecté trop d'érudition: « Le premier qui franchit le pas, dit-il, fut Mau- « rice Sceve, Lionnois, lequel ores qu'en sa jeunesse eust suiuy « la piste des autres, si est-ce qu'arriuant sur l'aage, il voulut « prendre autre train: se mettant en butte, à l'imitation des « Italiens, une maistresse qu'il célébra sous le nom de Délie, « non en sonnets (car l'usage n'en estoit encore introduit), ains « par dixains continuels, mais avecques un sens si ténébreux et

« obscur, que le lisant ie clisois cstre très content de ne l'en- « te;)clre, puisqu'il ne vouloit estre entendu. » La plupart des 449 dixains dont se compose la Délie de Maurice Sceve, sont, en effet, difficiles à comprendre, quoique du. Bellay, dont j'ai de'jà cite deux pièces à la louange de ce poète, l'appelle ailleurs,

Docte aux doctes esclercy.

Rien. n'est plus métaphysique que sa poésie, et plus hérissé de mots nouveaux bizarrement composés, de termes durs et de brusques transitions. L'épithète d'audacieus que lui donne l'auteur de l'ode que je commente, lui convient donc à merveille ; mais le reste de l'éloge est exagéré. L'expression de contrefoudre qui y est employée, est très remarquable, 253. -— Comme d'un la Poésie ^

(^iii de l'onde sortira

Du petit Clan y dont la riue

Priuee de flots irez..,., page i5i.

Quel est le poète désigné dans cette strophe, et dont les vers ont sans doute été placés parmi les Kseriz à la louenge de Louïze Labé ! d'après le pompeux éloge qu'on lui accorde, ce ne pouvoit pas être un poète vulgaire, mais un de ceux qui avoicnt alors le plus de réputation. Il habitoit les bords dn petit Clan, Cette indication peut -elle nous mettre sur la voie? Qu'est-ce que le petit Clan! très probablement la rivière appelée aussi le Clain y et dont les noms latins sont Clanus , Clanius , Clenis, Clitis ou Clenus. Les dictionnaires géographiques nous apprennent qu'elle arrose le Poitou; qu'elle a deux sources à la Yesse et à Pleuville ; que de là serpentant vers le Nord occidental, elle passe à Anche et y reçoit la Boulaye et la Dive, puis à Vivonne, où elle reçoit la Vonne et plus bas la Miosson ; qu'enfin elle est jointe par une autre rivière à Poitiers, où on l'a rendue navigable jusqu'à sa jonction avec la Vienne au-dessous de Senon et au-dessus de Chàtellerault. Ainsi , de toutes les villes qu'elle parcourt, Poitiers est la plus re-

23o NOTES.

marquable. Du vivant de Louise Labé, les lettres y étoicnt en grand cre'dit, et plusieurs littérateurs renommés existoient dans ses murs : deux, entre autres, qui n'y étoient pas ne's, y demeurèrent quelque temps. Le premier est Jacques Peletier duMans. On lit, en effet, dans l'abbé Goujet, Biblioth. franc, (tome Ti, page 3o9) : « Vers i55o, il quitta Paris, et séjourna « successivement à Bourdeaux, à Poitiers et à Lyon ; » et dans le P. Niceron, Mémoires (tome XII, page 867: « Il alla, vers « l'an i55o, à Bourdeaux, d'où il passa à Poitiers; mais n'ayant « pas trouvé dans ces deux villes cq qu'il souliaitoit, il se transit porta à Lyon , on il demeura quelques années et composa « plusieurs ouvrages. » Ne pourroit-on pas dès-lors supposer que l'ode dont il s'agit a été faite au moment où Jacques Peletier étoit encore à Poitiers , et que c'est lui qui y est indiqué comme le poète dont les chants doivent faire le plus d'honneur à la Belle Cordière? Ce qui viendroit à l'appui de cette conjecture, c'est que nous avons de ce poète une ode à la louange de la ville de Lyon, terminée par un bel hommage à la beauté et au savoir de Louise Labé (Voy. note 260). Mais il existe des raisons à peu près semblables en faveur du second des littérateurs célèbres que nous avons désignés comme séjournant à Poitiers à la même époque. Je veux parler de Jean-Antoine de Baïf ( Voy. note 187). Jean- Antoine de Baïf passa une partie de sa jeunesse dans la capitale du Poitou. Il y étoit notamment lorsqu'il chanta sa Francine, à l'âge de 22 ans, c'est-à-dire, vers 1554 ; car il étoit né à Venise, en i532. La scène de son églogue xiir, intitulée les Pastoureaux, faite, suivant toute apparence, vers le même temps, et dont il est lui-même un des deux interlocuteurs sous le nom de Toinet, est placée sur les rives du Clain; et Ronsard, vers le commencement de son églogue du Voyage à Tours, insérée dans le second livre de ses Amours , et où il donne également à Baïf le nom de Thoinet, comme il se donne à lui-même celui de Perrot, s'exprime ainsi :

NOTES. iZx

Et ce Tholnet aussi alloît voir sa Francine > Qu'Amour en se ioiiant d'un trait plein de rigueur Luy auoit prés le Clairi escrite dans le cœur.

Enfin Baïf a, aussi bien que Peletier, chanté Louise Lahé, puisque, parmi \esEscriz à lalouange de cette dame, on trouve, comme nous l'avons vu, une pièce de lui, celle qui commence par ces mots, O ma belle rebelle ^ etc. (page 118). C'est donc bien vraisemblablement ou Jean-Antoine de Baïf, ou Jacques Peletier, que notre poète avoit en vue; mais lequel des deux? c'est ce que nous ne pouvons décider. J'ajouterai, puisqu'il s'agit du Clan ou Clain , une remarque relative à un poète lyonnois, et qui me fournira l'occasion d'un petit rapprochement : Guillaume du Peyrat, de Lyon, nous a laissé un assez mince volume, intitulé Spicilegia poética et Amorum libri lir, Paris, JérémiePérier, 1601, in-12. Il y célèbre (liv. I de ses Amours), sous le nom de Pyrrha (cacliant peut-être celui de Pierrette), une maîtresse née, comme la Francine de Baïf, sur les bords du Clain: c'est ce qu'on voit par la VL* pièce de ce livre (fol. 37 rect. ), où on lit:

Félix Pictonis ora ter quatcrque , Félix Clane ter et quater, quieto Labens murmure, pervagansque rura, Rura Nereidum choi'is arnica , Queis primos tenera edidit puella Vagitus

liC quieto labens murmure de Guillaume du Peyrat présente la* même pensée que la riiie priuee de flots irez que notre poète applique aussi au Clain, ou, comme il l'appelle , au. petit Clan. 354. "— ^insi Laure , ainsi Oliue

V^iuent éternellement , page l52.

Laure de Noves, immortalisée par Pétrarque. Olive, nom sous lequel Joachim du Bellay célébra sa maîtresse. C'étoit l'anagramme de son véritable nom: elle s'appeloit Viole, et étoit d'Angers. Les sonnets que du Bellay fit pour elle, eurent une

202 IXOTES.

grande réputation, et leur succès contribua beaucoup à mettre à la mode ce genre de po^'sie nouvellement importé d'Italie en France (Voy. note i35).

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