LASSITUDE
Et faire le travail qu'entre tous Dieu partage. Moi qui sur mon papier sens ma main s'affaiblir, Qui longtemps, ici-bas, travaillai sans relâche, Je me sens accablé quand je pense à la tâche Que vous avez maintenant à remplir.
O jeunes cœurs remplis d'ivresse!
Vous vous ouvrez gaîment aux fraîches passions, Mille rêves dorés et mille illusions, Comme des fleurs au vent vous agitent sans cesse. Mon cœur vieillit; ses jours ne seront pas nombreux. Il a vu son espoir se fondre comme une ombre. Il a vu s'effacer ses ivresses sans nombre. Et la cendre des ans couvre aujourd'hui ses feux!
O jeunes âmes ingénues!
Vous possédez l'éclat d'un rayon de soleil; Vous avez la blancheur de l'albâtre vermeil, La pureté du ciel d'où vous êtes venues. Mon âme, à moi, languit. Un voile de douleur Me dérobe l'éclat de ma première aurore. Et mon soleil couchant qui se rougit encore. N'a plus ses beaux rayons, ni sa douce chaleur!