‹ Évangile republicain, constituant l'alliance de tous les peuplesChapitre 3 sur 45 · Tu rempliras fidèlement l'emploi qui te sera confié · texte numérisé non relu

Tu rempliras fidèlement l'emploi qui te sera confié

10. Tu sauras mourir plutôt que de violer l'honneur de ton pays. D. Ces commandements sont sublimes; pourquoi de nos jours ne

les pratique-t-on pas ?

R. C'est que dans tous les temps l'orgueil et la présomption accompagnent les hommes. Les prêtres de nos autels sont aussi des hommes , et par conséquent ont les mêmes défauts, les mêmes vices ; seulement ils ont la science , parce que dès l'enfance on les instruit pour le sacerdoce. Mais il en est qui, malheureusement, abusèrent de leur savoir en déviant de la vraie route, parce qu'ils perdaient de leurs prérogatives en la suivant.

Ils dénaturèrent la véritable religion du Christ et rayèrent de leurs tables ces mots : h Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fît. » En cela ils ressemblaient au pâtissier, qui fait des gâteaux de toutes espèces avec la même farine que le boulanger emploie.

D. Pourquoi comparez-vous au pâtissier le mauvais prêtre?

R. Parce que la manière dont ils exercent est en tout semblable.

Le pâtissier emploie peu de farine , par les levains il la fait augmenter ; il assaisonne son gâteau de toutes sortes de friandises plus ou moins attrayantes, et flatte le goût de l'acheteur. Ainsi sont ces messieurs : le principe de la religion est Jésus-Christ ; les mystères sur quoi ils l'appuient ressemblent au levain. Pour satisfaire le goût de tous et flatter les idées de chacun, ils ont élevé des autels à tous les saints, et en ont doté quelques-uns de privilèges plus au moins im-

portants, selon leur bon vouloir, et arrangé à leur volonté toutes sortes de dispenses ; en un mot , fait à chacun son petit genre de religion, pourvu qu'il ait de Tardent, comme le pâtissier vend son gâteau selon qu'il est plus ou moins friand.

Des ornements habilement placés donnent plus ou moins de valeur. Ainsi sont calculées les recettes des églises : un tarif est fait ; les hommes y sont reçus selon ce qu'ils payent ; les richesses sont déployées suivant la vanité de celui qui fait faire. Le pâtissier ne donne pas ses gâteaux , de même l'ecclésiastique ne donne pas ses prières.

Il ne faut cependant pas en conclure que tous soient semblables. Je rends justice à qui elle appartient. Il est de ces hommes dignes d'exemple , amis de tous les malheureux , prêts à soulager toutes les misères , à consoler toutes les afflictions , à donner de sages avis à tous, à visiter l'humble cabane comme le splendide château, à réconcilier ceux de leurs paroissiens qui ont eu le malheur de se fâcher, à courir où il y a danger, dans les incendies comme dans les inondations, sauver le faible vieillard , la pauvre mère et l'innocent enfant. Voici le prêtre selon Jésus-Christ, l'apôtre de la charité ! Nous devons nous glorifier d'en avoir parmi nous.

Voilà la religion du Christ telle qu'on la professait en France en février 1848.

D. Vous me parlez de la religion professée en 1848 sous un gouvernement constitutionnel ; comment sous un gouvernement despotique était-elle professée ?

R. Ces soi-disant apôtres de la vérité n'ont jamais eu le courage d'affronter le danger. Semblables à leur doctrine, ils s'enveloppaient de mystères ; il leur était beaucoup plus sûr, pour conserver leurs droits, de lancer entre eux et le peuple leur créature, de la faire agir selon leur volonté. Par ce stratagème ils regardaient leur puissance comme inébranlable. Fanatisant rois, noblesse et peuple, tour à tour ils les mettaient en mouvement l'un contre l'autre. Le peuple voulait-il secouer le joug, se rendre libre : les rois, les nobles étaient

lancés contre lui; on emprisonnait, on éventrait, on égorgeait les femmes , les enfants, on massacrait les hommes, les vieillards (voir la Saint-Barthélémy). A la mort de Louis XIV on trouva dans les différentes prisons d'État trente mille captifs, dont les trois quarts n'avaient d'autres crimes à se reprocher que de s'être exprimés sur les abus religieux. Le moindre soupçon d'hérésie motivait une lettre de cachet (voilà pour le peuple). Si parfois un roi généreux se soulevait contre ces hypocrites et blâmait leurs rigueurs, s'il compatissait aux misères du peuple , leurs voix lui criaient : u Malheur à toi , prince , qui ne veux pas comprendre que nous sommes tes maîtres , et que tu n'es que notre créature ! » Alors pair eux le peuple était à son tour lancé contre le roi.

Voir Jacques Clément assassinant Henri III.

Voir Henri IV assassiné par Ravaillac.

Voilà des faits qui , je crois, doivent vous expliquer quel avantage ils avaient à se faire un rempart de tout. Tous étaient leurs tributaires; recevant de toutes les mains, entassant richesses sur richesses, ils avaient la souveraineté sans responsabilité (cela valait bien un trône). Il est donc bien évident que c'est l'absolutisme qu'ils aimaient le mieux.

D. Alors sans royauté absolue que peuvent-ils faire?

R. Aujourd'hui , l'ère nouvelle de la liberté est pour eux une nouvelle étude; il sera difficile de les suivre dans leurs détours : semblables au caméléon, ils changent de couleur selon les rayons du soleil. Ces hommes exercent comme le médecin, qui, lâtant le pouls à son malade, compte les pulsations, et médite sur l'ordonnance qu'il doit dicter.

De même , vous voyez ces hommes ayant porte ouverte chez le riche, sonder ses opinions. S'ils entendent dire du peuple : f( C'est de la fange, on ne peut que se salir en s'en approchant, » ils répondent : « C'est bien notre opinion. »

Chez le petit propriétaire, qui craint l'abus de la liberté, ils ques-

tionneBt. Si on leur dit : « Ces ouvriers sont des canailles qui ne rêvent que sang et pillage! » ils répondent: « Cela est vrai, nous sommes de cet avis. »

Ayant également accès chez le peuple ouvrier , et cela n'est pas difficile , il n'a d'espace que dans les rues , les places , les carrefours, ils écoulent, entendent crier : « Vive la république, la liberté, l'égalité! vive la fraternité ! » Avec le peuple, ils crient: «Vivent toutes ces choses; oui, donnez -nous la main, vive la fraternité! »

Ils se retirent, et réfléchissent comment conserver cette souveraineté , que va combattre l'égalité dans le fond de l'âme ; ils reconnaissent la supériorité du peuple En vain cherchent-ils à le mettre en défaut ; partout ils n'aperçoivent que l'héroïsme, le courage et la vertu. S'ils voulaient attenter à la pureté des principes de la religion du Christ, ils entendent le peuple leur crier : Voici votre maître et le nôtre! salut au sauveur du monde! Il a été porté en triomphe, au milieu des acclamations et des baïonnettes, des Tuileries à l'église de Saint-Roch, le 24 février 1848.

C'est alors qu'ils se repentent de n'avoir pas mis plus tôt à profit ce peuple si fort et si généreux. Et , toujours dans la crainte de laisser échapper le moindre de leurs privilèges, essayent-ils de se faire francs républicains. Mais le peuple ne peut longtemps être abusé par ces faux semblants ; ces hommes sont comme du bois blanc auquel l'ébéniste donne la couleur de l'acajou, pour donner à son meuble plus de valeur : la moindre écaille fait découvrir la supercherie.

D. D'après vous, ces apôtres voient la liberté avec effroi ; il leur serait pourtant bien facile de se rendre plus puissants sous la république que sous la royauté absolue.

H. Je suis de voire avis, s'ils étaient réellement républicains; mais leurs prédications ne sont point en rapport avec nos principes. Car, aujourd'hui, s'ils disaien au peuple : Enfants de Dieu, hors de l'Éghse catholique point de salut; ceux qui mourront sans être baptisés seront éternellement brûlés par les flammes de l'enfer ! Le peuple répondrait: Vous n'êtes pas républicains; car, si

vous l'étiez^ vous ne feriez pas de Dieu un père inexorable qui, ayant tous les pouvoirs , ferait à plaisir brûler éternellement ses enfants.

Le peuple leur dirait : Si vous étiez républicains, vous n'auriez pas la présomption de penser que Dieu préfère vos holocaustes à ceux des autres.

Le peuple leur dirait encore :

Si vous étiez républicains, vous sauriez pourquoi vous n'avez pas le droit de condamner les autres cultes ; car Dieu les a permis aux hommes comme il a permis à chaque partie de la terre do produire des fruits différents, et vous seriez convaincus que Dieu par cela ordonne aux hommes de s" aider mutuellement, et non de s'égorger au nom des religions.

Si vous êtes républicains, pourquoi faire de Dieu une marchandise, de son temple un bazar ?

Si vous êtes républicains, pourquoi ilatter l'orgueil de l'homme en parant les autels de Dieu suivant son opulence? Vous recevez le riche avec pompe, et vous daignez à peine regarder le pauvre. Pourquoi ne pas l'accompagner comme le riche à sa dernière demeure i

Pourquoi vous envelopper de mystères pour enseigner aux enfants la voix de Dieu? Pourquoi ne pas les instruire des devoirs qu'ils ont à remplir réciproquement par des paroles simples, pleines de vérité, de candeur et de pureté ?

Le peuple pourrait encore dire :

Si vous êtes républicains, ne faites plus de vos maisons religieuses des ateliers qui, par la possession de leurs richesses, font une concurrence à ces pauvres ouvrières qui, pour nourrir leurs vieux pai-ents, se trouvent réduites à la mendicité et à la prostitution !

Si vous êtes républicains, pourquoi ne pas supprimer de vos livres ces phrases impures, ces mots scandaleux quo l'enfant prononce sans en comprendre le sens, mais que, plus avancé en âge, il rougit de répéter.

Ainsi, je vous ai dit que ces hommes, habitués à gouverner, à demander et recevoir, auraient de la peine à fraterniser. Ils prêcheront la doctrine républicaine; mais écoutez et comprenez bien

— l.) leurs discours; vous y trouverez, comme je lai dit plus haut, uu véritable bois blanc recouvert d'un vernis couleur acajou.

D. Combien y a-t-il eu de genres de gouvernement depuis la

création ?

R. Quatre principaux

D. Quels sont-ils?

R. Le républicanisme, le vandalisme, l'absolutisme et le gouvernement constitutionnel représentatif.

D. Qeul est le plus ancien ?

R. Le républicanisme.

D. De quand date-t-il ?

R. De la création du monde.

D. Le républicanisme exista-t-il longtemps?

R. Tant que les hommes furent assez sages pou" dompter leurs passions.

D. Les passions des hommes qu'engendrèrent- elles !

R. Le vandalisme.

D. Du vandalisme que surgit-il ?

R. L'absolutisme.

D. Qui détruisit l'absolutisme?

R. Le gouvernement constitutionnel.

D. Connaissez - vous ce qui constitue ces divers gouvernements ?

R. Oui.

D. Lequel préférez-vous?

R. Le républicanisme.

D. Aujourd'hui, êtes-vous républicain ?

R. Oui, je suis républicain, et je veux l'être toujours, ainsi que ma postérité.

D. Qui vous porte à avoir une si ferme résolution ?

R. C'est que, connaissant les principes et fondements des divers

gouvernements, je n'en connais pas de plus pur, de plus honorable et de plus agréable à Dieu que le républicanisme.

D. Dans le républicanisme il n'est donc pas, comme dans les autres gouvernements et religions, de bons et de mauvais apôtres?

R. Au contraire, la République, repoussant de son sein tous les vices qui dégradent l'homme, se trouve beaucoup plus entourée d'ennemis.

D. Quelles sont les vertus qui constituent le bon républicain ?

R. 1 . La ferme croyance en Dieu.

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