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É NOTANDA ET ADDENDA
I. Travaux récents. — a) En même temps que ce commentaire paraissait une seconde édition, complètement refondue, de celui de Walter Bauer (1). Je regrette vivement de n’avoir pu l'utiliser. Mais je ne pouvais songer à retoucher beaucoup un ouvrage dont on avait conservé les empreintes en vue des éditions ultérieures. Aussi bien la principale attraction du nouveau travail de Bauer
c'est l'emploi de la traduction du Ginza mandéen par Lidzbarski, dont les bonnes . feuilles (p. 1 — 368) lui ont été communiquées. D'après Bauer les premières idées directives des Mandéens sont encore reconnaissables : pensées, expressions et images nous rappellent le quatrième évangile (Jo.), mais sans qu'on puisse établir entre eux une dépendance mutuelle : nous sommes donc renvoyés à une gnose plus ancienne, source des deux courants. Mais selon nous la ressemblance est trop étroite pour qu’il n’y ait pas dépendance entre les évangiles et les | Mandéens. Bauer, peu conséquent, semble le concéder et conclure carrément à la dépendance de Jo. Nous nous contenterons d’un exemple, à propos du rôle du Baptiste. Il écrit (p. 15) : « Cependant l'évangéliste va seulement aussi loin qu'il refuse au Baptiste les hautes qualifications (prédicats) que les disciples de Jean donnent à leur maître et les transporte sur Jésus » (auf Jesus überträgt).
Jo. a donc connaissance des doctrines mandéennes, et c’est en opposition à ces doctrines qu’il construit le type de Jésus au dépens de Jean-Baptiste, celui du Baptiste étant construit pour étaler un contraste fâcheux : il n’est pas la lumière, il n’est pas le prophète, il n'est pas le Christ, ete. — Que Jo. ait dessiné cette opposition, cela est certain, mais il n’est même pas clair qu'il ait insisté pour disqualifier une secte puissante de Baptistes, disciples du grand Jean-Baptiste. La secte existait (Act. xix, 1-7), mais rien ne prouve qu’elle ait vu dans Jean-
Baptiste autre chose qu'un prédicateur de pénitence. C'est par l'évangile (Le. ur, 45; Jo. 1, 20) que nous Savons qu’on a été tenté de voir en lui le Messie; mais ses disciples ne semblent pas avoir dès lors relevé le gant comme ont fait les disciples de Jésus. Les Mandéens l'ont fait plus tard, et par une conséquence nécessaire ils ont rabaissé Jésus. Je dis plus tard. C’est la question, dira-t-on. Jo. a-t-il dépouillé Jean en faveur de Jésus, ou les Mandéens ont-ils rabaissé Jésus en faveur de Jean? -
Soit, mais nous estimons que cette question est résolue par ce fait que les Mandéens, quand ils rabaissent Jésus, dépendent de l'évangile, non seulement de Jo., mais encore de Matthieu. ILest donc vraisemblable que lorsqu'ils grandissent Jean des épithètes que contient l’évangile, c’est encore un emprunt qu'ils font en changeant le sujet de ces épithètes. Je m'en tiens au texte cilé par Bauer (2) : « Quand Jean vit dans ce temps de Jérusalem, prend le Jourdain et accomplit le baptème, Jésus-Christ (3) vient, se présente humblement, reçoit le , baptême de Jean et devient sage par la sagesse de Jean. Ensuite il corrompt la
(1) Tübingen, 1925.
(2) Ginza, un, 1, 152 p. 51 Lidzbarski. Je traduis de l'allemand. {3) Le Mandéen dit « Jésus-Christ » par la force des habitudes!
NOTANDA ET ADDENDA, doctrine de Jean, altère le baptême dans le Jourdain, corrompt les discours de la Kouchta et prêche le crime et le mensonge dans le monde. » +4
Notez que toute cette page du Ginza est pleine d’allusions au monachisme, e Personne ne peut douter de son origine récente : Lidzbarski date le Ginza
temps qui ont précédé et suivi l'Islam. Comment donc prouver que dès les pre
Et si les livres mandéens nomment Jean le prophète, l'envoyé céleste, qui vien: de la suprême hauteur, qui est sans défaut et parfait, comme tout cela se trou
Mais ordinairement on y voit le fait des auteurs de beaucoup les plus récent: C'est tout ce qu'on peut dire ici; j’espère revenir ailleurs sur ce point et montre combien sont précaires les arguments qui concluent à l'existence d’une gno à mandéenne employée par le quatrième évangile. — Il y aura lieu de parler. ailleurs d’un important article de M. R. Bultmann dans la Zeitschrift für d neutestamentliche Wissenschaft (1925, p. 100-146) : Die Bedeutung der neuerschlossenen mandäischen und manichäischen Quellen für das Verständnis des Tohannesevangeliums. À ere b) K. Kupsix, Topologische Ueberlieferungsstoffe im Johannes-Evangelium, Gôttingen, 4925. — Nous avons cherché dans la connaissance que Jo. a de la Palestine une preuve manifeste de sa qualité de témoin oculaire. M. Kudsin a compris Ia force de cet argument et il s’efforce de le réduire à rien. Les lieux nommés par Jo. étaient bien à leur place et connus des chrétiens, habités par quelqu chrétiens. Pour leur créer une tradition, Jo. aurait recueilli ou inventé des histoires. Il suffira de signaler ici cette échappatoire désespérée sur laquelle aussi nous voudrions revenir.
c) H. Winniscx, Johannes und die Synoptiker, Leipzig, 1926. L'auteur ava dessein de prouver que Jo. a écrit pour remplacer la tradilion synoptique do il eût volontiers aboli le souvenir. Cette tentative, qui n'est pas nouvelle, sédu sante par le brio de l'écrivain, a été fort bien appréciée par le R.P. Raph. Tonneau dans la Revue Biblique, 1927, p.124 ss. d) Aræx. Parcs. Notes on S. John and the Apocalypse, Oxford (4927?). Note détachées sur quelques passages, qui font admirer la virtuosité de l’hellénis qu'est M. Pallis, mais la plus brillante correction, si elle n’est pas nécessaire, ne vaut pas une modeste tentative d'interprétation. : e) Dans les Recherches de science religieuse (juin-août 1926 p. 328 ss.) le R.P. Lebreton a bien voulu parler de ce commentaire dans les termes les plus bienveillants et les plus flatteurs. Ce qui, je l'avoue, me touche encore davantage, c'est qu'il a abordé le point auquel je tenais le plus : la distinction de l'ensei gnement de Jésus et le développement de cette doctrine dans les parties o l'évangéliste parle en son nom. Le R. P. semble reconnaître ce qu'il y a d'essen — tiel dans cette méthode. Mais il ajoute (p. 329) : « Non content de distinguer Ja théologie développée par saint Jean de la théologie continue dans les discours du Maitre, il (le P. Lagrange) a cru devoir distinguer encore, du point de vue de leur contenu doctrinal, les discussions avec les Juifs et les entretiens privés avec les disciples ; cette distinction, très justifiable en théorie, est difficile à souten
out dans la pratique. » Sur quoi le R.P. cite des textes comme v, 17 38 qui ont été, « aux mains des Pères antiariens, des arguments pri pouvons-nous nous en servir nous-mêmes comme s’en sont servis la ères, et reconnaitre dans ces sentences si profondes la révélation stère divin? Le R. P. Lagrange ne le pense pas... » — Mais si, il le pense, Pinsinue assez clairement dans la propre phrase citée par Le R. P. Lebreton : ond point (la filiation éternelle du Fils) était bien le principal et facile ( dédu e.. »etc. S'il est facile à déduire, pourquoi ne le déduirions-nous pas? 7 mme le prouve la suite de mon texte très loyalement cité, la nuance que je = pose va de ce qui est implicite à ce qui deviendra explicite. Oui, Jean a comles paroles de Jésus selon leur sens profond, et c'est d’après cette pénétraqu'il a développé sa théologie. En les redisant aux chrétiens, il espérait u’ils comprendraient ce sens, en quoi les aidaient son exposition du Verbe s autres commentaires. Mais l’interprète historien a-t-il le droit d'isoler les s des circonstances? Ne doit-il pas se préoccuper de déterminer ce qui était le clair et le plus impératif dans l’enseignement de Jésus, sans préjudice es lumières nouvelles que leur docilité assurait aux disciples? N'est-ce pas ce lend le R. P. Lebreton lorsqu'il écrit : « Ses sentences (de Jésus) dont jé me est si simple, le contenu est si profond, ouvrent devant l'esprit des eurs des perspectives indéfinies; qu'ils s’y engagent, guidés par l'Esprit de >u : ils découvriront au terme cette réalité ineffable que, dès l’abord, ilsne oupconnaient pas. » — Découvrir, et avec le secours du Saint-Esprit, au terme une longue perspective, c'est sans doute, selon le langage scolastique dégager licitement ce qui n’était proposé qu'implicitement, non sans les lumières de oi. Cependant le R. P. Lebreton hésite à distinguer l’enseignement donné à ule de celui qui aurait été réservé aux disciples. Il objecte (p. 330): evrons-nous donner un sens différent à ces attestations identiques : « mes s prouvent que je suis dans le Père et que le Père est en moi», parceque cas Jésus les adresse à la foule (x, 38) et, dans l’autre (xiv, 11), à ses les? » — Il y a cependant une nuance dans le contexte. En soi, manifeste t les miracles ne suffisent pas à prouver la divinité du thaumaturge: ils vent que Dieu est en lui, ce qui ne serait pas le cas si lui n'était en Dieu; faut donc lui reconnaître à tout le moins une mission divine, et une union ‘étroite avec Dieu. À ses disciples Jésus dira qu'ils feront des miracles plus grands que les siens : ils ne seront pas revêtus pour cela de la nature divine! e - Mais il leur explique qu'ils feront ces miracles en son nom, et dès lors il est un umaturge qui a le même pouvoir que le Père. La révélation est ici plus plète et par là-même plus claire.
Toutefois il faut lire la fin du ch. x dans la lumière projetée par la déclaration 30: « mon Père et moi ne sommes qu'un », et le R. P. Lebreton aurait pu outer que je prétendais même que nous pouvions discerner un acheminement rs la lumière dans les discours de Jésus, adressés soit à la foule, soit à ses sciples. C'est pourquoi j'ai reconnu que le sens profond était plus facilement : ptible dans x, 30, alors que les Juifs ont mis Jésus en demeure de se
noncer. ee soumets très simplement-ces explications au R. P. Aucun suffrage, aucun
urs ne me serait plus précieux que le sien pour faire prévaloir une méthode je suis le premier à reconnaître les difficultés dans le détail.
$ 554 NOTANDA ET ADIENDA.
IT. Additions. — P. cxxxv. À propos de la distinction entre la tragédie et
l'histoire, on se rappellera ce que dit Polybe (nr, 56, 14) : ro yàp téhoc ioroptas à
ral toaywôlas où Tabtôv, aXAX todvavrlov, êxet pèv ao Dei Où tv mÜavurétey Adyuv
Exr\kat xol duyaywyfoat zara th rxpov robs axobovras, ÉvOdDE DE D1ù tév aANDLVv Épywv
xaù Adywv els Tbv révra yodvov G:DdErt xal meïoat tobs prhopaobvras x.t.À. P. CG. Sur la théorie rythmique de M. Loisy on trouve des éclaircissements dans les Actes du Congrès International d'Histoire des Religions, tenu à Paris en
octobre 1923 (Paris, Champion, 1925), t. II, p. 329 : « M. Goguel :.. l'intérêt de ces études serait d'établir des règles générales pour réduire le rôle de l’impres-
sion personnelle. M. Loisy :.. la séparation des lignes et des strophes se fait d'une manière expérimentale : la déclamation à haute voix, voilà ma méthode.
En principe il y a partout une cadence rythmique, mais non une strophique
déterminée. Il est à noter que nos textes sont rythmés pour la lecture à haute voix. Ce sont des textes de caractère presque liturgique. » — Et en effet il en est.
sans doute du IVe évangile comme d’Homère, d'après la pénétrante analyse de «
M. Victor Bérard : les chants d'Homère se transmettaient par la déclamation,
Virgile avait écrit pour être lu. Encore est-il qu'Homère a un rythme précis, et.
la difficulté est de prouver que saint Jean ait cherché un véritable rythme. Qu'il ait mis en relief certaines idées par des oppositions, des mots accentués, des phrases coupées sur le même thème, cela est aisé à constater mais ce n’est pas reconnaître partout une cadence rythmique.
P. 24. — Le mot xéxpaya, d'une affirmation énergique qui libère l’âme, a été. employé d’Aristote se séparant de Platon quoi qu'il lui en puisse coûter : xai.
> US 14 £ SR Ne AU Re û 5 ÔG 14 = 2 ; EV TOLS OL. Jyats GADETTATYX RELONYUWS 11] 00VaSUxt Tu OYHATE TOUTUW guurabety ALOMCTLS:
airov olnrat dt quhoverrlay dvtikéyeu (Var. Rose, Aristotelis… fragmenta, n° 8).
P. 25. — Sur 1, 46 M. Pallis corrige : EXé6ouey ydprv vtt xpluaros, la grâce au.
lieu de la condamnation. — Mais il n’y a aucun intérêt à remplacer une lecon mystérieuse par un thème courant.
P. 133. — M. Devreesse me fait remarquer (communication privée) que le fra
gment que Preuschen attribue à Origène (533) doit être de Théodore de Mop- 1
sueste comme le prouve le texte syriaque de son commentaire. — Je eroirais cependant que Théodore, fort peu curieux de topographie palestinienne, a pris ses renseignements dans Origène dont il devait reconnaître la supériorité sur ce point. |
P. 463. — M. Pallis estime que dans Jo. xvir, 45; xix, 26 et xx, 2 le disciple mystérieusement désigné n’est pas Jean, fils de Zébédée, mais Marc. Dans
xvix, 15 et xx, 2, 8, ce disciple est nommé « j’autre » à côté de Pierre. Pallis-
corrige cet &k os en veds. Pourquoi le nom de Marc a-t-il été dissimulé? Sans -
doute à cause de l’animosité qu'il suscita par sa rupture avec Paul (Pallis,
p.39). — Explication qui paraitrait presque probable si la conjecture l'était tant soit peu. ;
> tés ht. à OR:
P. 511. — Sur xx, 17, M. Bruno Violet (Zn TW 1925, p. 18) propose de 3
regarder pf mou ärrov comme une traduction défectueuse de +2 PpaTn N5, « ne
me suis pas », en araméen (cf. la note peu favorable de F. Perles dans la même -
revue, 1926, p. 287).