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Évangile selon saint Matthieu

Le premier évangile fut toujours le plus cher à la piété et aux prédicateurs. Saint Dominique Le possédait avec les épitres de saint

Paul dans le mince bagage qu'il portait lui-même au cours de ses

marches apostoliques. Le Christ de saint Matthieu est moins familier

que celui de saint Marc, si indulgent envers des disciples lents à comprendre ; il apparaît moins que dans saint Luc comme le Sau- veur du monde, et il n’est pas déclaré le Verbe comme dans saint Jean. Il est le révélateur d’une doctrine essentiellement intérieure,

et le fondateur de l'institution chrétienne, établie sur le fondement

de Pierre, auquel sont associés les apôtres. Doux et humble de Ὁ 4

cœur, il n’éteint pas la mèche fumante, mais il résiste aux hypo-

crites et les démasque. Il est le Messie, législateur, non pas comme

Moïse, au nom d’un autre, mais en Dieu : Le Fils unique qu'Israël a méconnu, et que l'Église écoute. Et si Matthieu n’a pas le réalisme expressif de Marc dans ses récits, ni au même degré la grâce atten-

drie de Luc, ni le regard de Jean fixé sur les choses divines, il a

plus de paroles de Jésus, simples et droites, et si pénétrantes qu’on croit les entendre, avec l'accent et presque les intonations qu’elles avaient sur ses lèvres. Aussi le plus ancien témoin de la tradition : ecclésiastique, Papias, a-t-il vu dans l’évangile de Matthieu surtout les Paroles divines. Ce sont donc ces paroles que nous devions étudier surtout. Pour toutes les parties communes à Matthieu et à Marc, nous avons pris la liberté de renvoyer, une fois pour toutes, au commentaire de Marc. De même pour plusieurs points traités dans le Commentaire de Luc.

Si nous sommes venu si tard au premier évangile, c’est, nous

. ne l’avons pas dissimulé, à cause de la difficulté fort sérieuse d’ex-

pliquer ses rapports d’origine avec 165 deux autres synoptiques. Sur

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, a

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ΓᾺΡ saint Luc avec saint Matthieu, nous n'avons rien à Ἂ ajouter à ce que nous avons dit au Commentaire de Luc. Matthieu 6 dépend pas de Luc, cela est toujours aussi clair. Quelle est la . lépendance de Lue, et d'où provient-elle? C'est ce qui est toujours tussi obscur, une dépendance indirecte demeurant plus vraisemable que la connaissance du Matthieu grec, qui est le premier évangile canonique. | Nousne pouvions nous dérober à l'examen du rapport entre Matthieu et Marc. Il est poursuivi constamment dans ce Commentaire. Ce sera son originalité parmi les ouvrages catholiques, sûrement au détriment de son intérêt pour un très grand nombre de personnes. Mais enfin, il fallait en venir là. Nous avons constaté, avec des ressemblances évidentes, depuis longtemps signalées, des différences qu’on semble laisser dans l'ombre assez volontiers. Pour le dire ici d’un mot, et comme en gros, ce double phénomène nous ἃ paru exiger une solution mixte : indépendance d’un texte primitif ο΄ araméen de l’apôtre Matthieu, dépendance du traducteur grec par rapport à Marc. Cette solution n’est pas nouvelle, mais peut-être

n’avait-elle pas été encore exposée avec autant de développement, comme aussi les indices de l’origine araméenne de l’évangile grec. Qu'il me soit permis de dédier ce travail, qui sera peut-être le dernier, à mes anciens directeurs de Saint-Sulpice au séminaire d'Issy, et à M® Batiffol, puisque notre amitié, presque jubilaire, ἃ commencé dans cette chère maison. Ces maitres doctes, modestes et | pieux, pénétrés d'amour pour les Saintes Lettres, n’omettaient rien Fe pour nous en donner le goût, sans s'arrêter au souvenir de Renan, | élève de M. Le Hir, car à Issy nous pouvions remonter au P. Lacordaire, à Fénelon, à Bossuet, à M. Olier le fondateur. C’est que là nous avons appris cette prière, véritable moelle de l'Évangile :

Ὁ Jesu, vivens in Maria, veni et vive in famulis tuis in spiritu sanclitalis luae, in plenitudine virtutis tuae, in perfectione viarum

tuarum, in veritate virtutum luarum, in communicatione myste-

riorum tuorum, dominare omni adversae potestati, in Spiritu tuo,

ad gloriam Patris.

Jérusalem, en la féte de l’Annonciation de Marie, 25 mars 1922,

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