LE PLAN ET L'ESPRIT DU PREMIER ÉVANGILE; LES DESTINATAIRES. XXIX
sauver Jésus, et tandis que Pilate se lave les mains, le peuple appellele
sang sur sa tête (469).
. 3) Le tremblement de terre et les ressuscités rendent témoignage à
leur façon (172).
4) Les chefs s’obstinent, demandent des gardes à Pilate, et ensuite leur conseillent de mentir en les achetant (177).
5) Jésus retrouve ses disciples en Galilée, et c'est là qu'il leur donne leur mission à tous les peuples, en vertu de son autorité universelle
2 3. — Le but et les destinataires.
Que conclure de cette analyse sur le but que s’est proposé Matthieu? D'après Cornely les interprètes modernes sont d'accord là-dessus avec les anciens : le but de Matthieu fut dogmatique, et de démontrer que Jésus était le Christ ou le Messie (1).
Assurément cette preuve se trouve dans Mt., mais son dessein est bien plus vaste. Il n’écrivait pas spécialement pour les J uifs non convertis, comme Cornely le concède, mais pour les fidèles du Christ. Leur prouver que Jésus était le Messie eût été une catéchèse non seulement élémentaire, mais insuffisante. Car enfin Jésus était l'objet de leur culte, le Fils de Dieu, le Seigneur, associé aux hommages qu'ils rendaient à Dieu par lui. Et on voit bien, dans Mt. même, quelque chose de cela. Il
ne faut pas exagérer non plus le caractère argumentatif de l'ouvrage (2):
Ce n'est point une histoire à la grecque. Ce n’est pas surtout une histoire ὡς
ad narrandum. Les faits sont groupés pour qu'on en tire une conclusion. Mais le cadre est historique et solide.
Le grand fait historique mis en lumière, c'est que Jésus, condamné par les Juifs comme faux Messie et usurpateur blasphématoire du titre de Fils de Dieu, s'était cependant révélé à Israël comme son Messie, continuant le plan divin dans la ligne de la révélation, et autorisé par des œuvres divines. Les chefs d'Israël et le peuple même l'ayant rejeté, ils s'étaient privés d’une révélation plus haute (3), accordée par une grâce divine aux petits et surtout à Pierre, ce qui impliquait leur réprobation
comme peuple de Dieu et leur châtiment. Jésus néanmoins avait fait
l'œuvre de son Père en organisant d'avance une église, en dehors du judaïsme, et ouverte à toutes les nations.
(1) Intr. spec., 11, 56.
(2) Parma, De Evangel., 1, p. 7 : Matthaei itaque opus non ἱστορικόν est, sed ἐλεγχτικόν, cité par Cornely, p. 57.
(3) C'est par ce trait essentiel que ce résumé se distingue de celui de Cornely, p. 58. Il réserve ce que Mt. dit clairement non seulement du messianisme, mais de la divinité
de Jésus.
Si l'on ne tenait compte que de la première partie, il faudrait dire que Mt. est essentiellement une apologie du Christ, une défense de ses fidèles
contre les atiaques ou les objections du judaïsme. Mais il est impossible
de faire abstraction de fout ce qui est une lumière pour l'avenir, et il faut reconnaître dans Mt. une intention didactique.
L'idéal du Christ n'est pas celui des Juifs; ces derniers ont eu le tort td s'y buter, mais les fidèles doivent le suivre. Si Mt. n’était qu’une démonstration défensive, on ne s'expliquerait pas l'empire extraordinaire
qu'il a eu sur les âmes. La conception chrétienne opposée à l’aveugle-.
ment judaïque exerce directement sa séduction. On s'explique ainsi très. naturellement cette double apparence de Mt., qu'on a dit tantôt universaliste, et tantôt judéo-chrétien, ou tous les deux
à la fois, le produit d’une combinaison, comme voulait l’école de
Tubingue. En réalité Mt. n’a pas de tendances judéo-chrétiennes, si par là
on entend l'union des observances juives et des pratiques chrétiennes.
Aucun des deux autres synoptiques n’a mis l’évangile dans une opposition
Ne RC, tre À f,- x
plus triomphante avec l'esprit juif. Maïs précisément pour mettre les Juifs dans leur tort, il fallait leur montrer que Jésus n'avait contrarié en: rien leur respect de la Loi. Lui-même l'avait observée. Il s’est présenté, répétons-le, comme leur Messie. Il n’a pas voulu prêcher à d’autres.
Tes avaient été dociles, les Juifs l’auraient suivi et auraient compris en
quoi consistait la vraie perfection de la Loi. Ils se sont cabrés, et sont
seuls responsables de la rupture. Mais désormais elle est consommée,
Mt. le montre avec la dernière énergie. Jusqu'au bout, et par delà la tombe du Christ, le judaïsme officiel s'est obstiné, jusqu’à recourir au
mensonge vulgaire; désormais son châtiment est certain, conséquence
de sa réprobation. Les nations sont convoquées au baptême, dans la
formule de la révélation suprême de Jésus, non à la pratique de la Loi
qui va disparaître avec le Temple, sauf ses éléments éternels, perfec-
tionnés dans le christianisme. :
Zahn a raison de dire de Mt. : « C’est une apologie historique du Nazaréen et de sa communauté contre le Judaïsme. » Mais il faut ajouter :
et une exposition lumineuse de la conception religieuse enseignée par
Jésus et qui a Jésus pour objet. « Heureux qui n’aura pas été scandalisé
‘en moi» (ΧΙ, 6)! car « la Sagesse ἃ été justifiée par ses œuvres » (xr, 49),
c'est le mot de la première partie; « apprenez aux nations à pratiquer ce que je vous ai ordonné » {xxvurr, 20), c'est le dernier mot de la seconde.
Par la force des choses, les déductions découlant de l'histoire, ce double
fil se retrouve un peu partout. C'est la lumière qui luit dans les ténèbres, * qui lutte avec les ténèbres.
Dans Le. la part des ombres est extrêmement réduite. C’est qu'il s’adressait aux Gentils. Mais il avait fallu dès le début indiquer clairement comment le christianisme se rattachait authentiquement à la révé-
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différait de l'ancien, sais ee ane ἬΝ lé peupl était à plus forte raison montré incapable de le guider vers s sie, prouver ‘qu il était dans son tort, et que les chrétiens see
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nfrme entièrement l'opinion des Pères, que Matthieu ἃ écrit en.
. Palestine et pour les Palestiniens. On en trouve encore des indices dans le détail” Mais ὦ est un point sur Ke nous aurons à revenir.