TROISIÈME LETTRE
Mon cher ami,
Vous me dites que, malgré toutes les considérations émises dans mes précédentes lettres, le clergé
ne reviendra pas sur la désapprobation dont il a frappé l'évocation des esprits.
Veuillez m'écouter : l'Église, avec sa prudence habituelle, a suspendu son jugement jusqu'au temps où elle pourra le rendre avec cette sagesse qui caractérise tous ses actes. Il sera favorable à l'évocation des esprits, j'en suis persuadé, puisqu'elle n'a que de bons résultats.
Permettez-moi de vous en détailler quelquesuns : non-seulement les hommes à portée de lire les œuvres des matérialistes , mais encore le peuple, nient l'immortalité de l'âme. Que de fois n'aije pas entendu ces paroles impies , qui sont une espèce de proverbe : Quand on est mort on est bien mort. Quelle preuve plus convaincante que l'évocation des esprits peut-on leur offrir? Quelle arme invincible cette admirable découverte ne metelle pas dans les mains de l'Église? En nous montrant l'âme, dégagée de ses liens, supérieure à celle qui est retenue dans son enveloppe mortelle, elle fournit une nouvelle preuve de la supériorité incontestable du christianisme sur toutes les autres religions , en offrant à ses élus non pas un bonheur sensuel comme l'Islamisme, mais une félicité digne de sa grandeur, c'est-à-dire la possession de Dieu.
En quoi, me demander ez-vous, faites-vous consister cette supériorité de l'âme affranchie? \°
Dans la charité ardente et éclairée des saints, qui les porte à quitter, sans intérêt, leur bienheureux séjour pour venir nous donner des conseils et des consolations qui ne sont mêlés ni à l'orgueil, ni à l'affectation, comme il arrive presque toujours sur cette terre; V A l'humble aveu de leurs fautes et de leur repentir que des rois mêmes nous ont fait, en nous demandant une simple prière.
N'attribuer qu'au démon l'évocation des esprits, n'est-ce pas nier des bases essentielles du christianisme que, chaque jour, nous reconnaisons, en récitant le symbole des apôtres: la communion des saints, par ces mots nous admettons, avec l'Église, l'existence de relation non-seulement entre les vivants et les saints, mais encore avec les âmes souffrantes du Purgatoire. Dites-moi, je vous prie, ce que l'évocation des esprits est de plus? Dans ce cas, les relations sont plus intimes et plus directes, mais non pas une innovation. Par ce moyen on vient en aide aux âmes des trépassés ; par lui on obtient l'histoire écrite avec impartialité, et des - éclaircissements nombreux qui la rendent claire et précise. Les rois et les événements sont jugés avec toute l'équitable sévérité que ce titre, vies dictées d' 'outre-tombe, peut faire attendre. Ces détails sont déjà trop longs pour qu'en y ajoutant, j'en fasse une inutile et ennuyeuse digression.
Je ne vous contesterai pas ces avantages, me direzvou>s peut-être, mais il me semble que c'est pour mieux éviter le danger que vous n'en parlez pas. Il y en a, j'en conviens; mais quelle chose sur cette terre n'en a pas? Les éléments les plus utiles à l'homme ne deviennent-ils pas ses plus cruels fléaux? L'eau et le feu, par exemple, si nécessaires et si précieux, que de ravages ne peuvent-ils pas causer? Faudraitil, pour ces dangers, s'en interdire l'usage? Ditesmoi maintenant si l'exemple de ces deux éléments ne parle pas en faveur de l'évocation des esprits? Quels sont, en effet, les dangers qu'elle peut occasionner, près des ravages qu'ils causent? cependant les emploie-t-on moins pour cela? Pourquoi n'en serait-il pas ainsi de cette belle découverte? Quels sont- ils, en effet, ces dangers, près du bien qui les compense?Les démons qui, par le moyen des tables, ont tenu des discours si impies, n'ont-ils pas été forcés d'avouer leurs mensonges et leurs mauvaises intentions, de révéler leurs pièges et de reconnaître la puissance de Dieu et les vérités qu'ils ont voulu nier; d'ailleurs, qui leur a donné lieu de s'exprimer ainsi? Des questions légères ou la frivolité des personnes qui les interrogent. Aux yeux des gens du monde la science, bien incomplète, des tables parlantes est un passe-temps, bien dangereux je l'avoue, mais elle est bien éloignée du genre d'i'vo^
cation que [nous pratiquons. La première est tout au plus bonne à amuser des gens qui se perdent en riant, mais la seconde offre aux hommes sensés tout ce qu'on doit attendre en matière si grave. Quel mauvais effet l'évocation des esprits a-t-elle produit ? aucun; les personnes qui en ont abusé en ont été punies, sans avoir pu parvenir à leur but. Ce docteur, que vous avez cité, pour avoir évoqué de mauvais esprits a reçu une punition terrible: jour et nuit des fantômes hideux l'assiègent et le menacent; heureux quand ils ne s'en tiennent que à. Sa vie n'est qu'un supplice et la mort, qui devrait le finir, lui parait plus terrible. La cupidité a voulu exploiter cette science ; quel résultat a-t-elle obtenu? des mystifications sans nombre ... Penne ttea-moi de vous citer un nouvel exemple : Un trésor est découvert par des lutins à des personnes que la soif de l'or fait donner dans le panneau; non contents de désigner le lieu, ils indiquent les couches de terre et les cours d'eau que les travailleurs doivent rencontrer; tout se réalise, mais le trésor n'apparait pas. Une nouvelle indication donnée par les esprits fait recommencer les fouilles $ peines inutiles, les lutins déclarent enfin n'avoir voulu que les mystifier. Dites-le franchement, ces personnes n'ont-elles pas été punies par où elles avaient péché? Voilà cependant les seuls dangers,
les seuls inconvénients qu'un examen sérieux m'a révélés dans l'évocation des esprits ; que de bienfaits n'y ai-je pas trouves, au contraire! L'âme, l'esprit, le cœur, tout y puise des consolations sans nombre. Pour les deux premiers, la simple réflexion vous les indiquera; quand au dernier, quelle douceur n'éprouve-t-il pas de pouvoir soulager des êtres bien-aimés ou acquérir la conviction de leur bonheur?
Nous le demandons à ce clergé, si digne de notre vénération et de notre respect, devons-nous briser cet instrument qui a produit des œuvres qui respirent la moralité la plus pure et la plus religieuse, qui offrent, dans la vie de s. Louis, les leçons les plus utiles aux rois, aux princes et aux peuples; qui donnent, dans celle de Louis XI, une confession publique des crimes les plus odieux, accompagnée du repentir le plus vif, le plus vrai et le plus étendu; qui, enfin, nous montre la toute-puissante et miséricordieuse bonté de Dieu, dans la vie miraculeuse d'une jeune fille qui, à peine sortie de la modeste chaumière de son père, devient l'émule des plus grands capitaines de son temps, les surpassant même par la sagesse de ses conseils et de ses actions?
J'espère que la lecture de ces trois lettres et des histoires que nous allons publier, démontreront à notre clergé que, loin de proscrire l'évocation des
esprits, telle que nous la pratiquons, il doit l'encourager de toutes ses forces comme la preuve évidente de l'immortalité de l'âme et de la bonté de la religion chrétienne.
Votre tout affectionné ami.