DES HUMANISTES FRANÇAIS
De même qu’on trouve dans l’œuvre de Rabelais un mélange de sérieux et de fantasque, de hauts principes. de morale et de religion, revêtus du charme des contes. fantastiques, de même on trouve dans la vie de l'auteur des actes bizarres et incohérents. Rabelais, né à Chinor, . ville insigne dans la Touraine, fit son éducation sous la. direction des Pères Bénédictins de Seuille, et la compléta au couvent de la Basmette. Mais bientôt il prit en haine la règle. Néanmoins, plus tard, à l’âge de 28 ans, il reçut les ordres à Fontenay-le-Comte. Dévoré. par la soif d'apprendre, il se consacra aux lettres et étudia avec passion le grec et le latin, mais. comme tout esprit supérieur qui surgissait dans les. cloitres, il avait à choisir entre deux partis: ou se. révolter ou se plier hypocritement et se laisser écraser ‘sous la règle. C’est ainsi que Rabelais, connu par son érudition et sa connaissance des langues anciennes, n’a pas pu vivre en bonne harmonie avec ses compa= gnons de couvent. Heureusement, il avait sû se faire au dehors des amis puissants, tels qu'André Tiraqueau, magistrat éminent et influent, lieutenant général à Fontenay, et les frères Du Bellay, guerriers et prélats. Grâce à ces puissants protecteurs, 1l put passer, sur l'autorisation du Pape Clément VIT, dans l'ordre des Bénédictins, et grace aussi au nouveau milieu dont les règles étaient moins austères, Rabelais put se livrer tranquillement à ses études scientifiques.
De plus, l’évêque du Poitou lui permit de renoncer
absolument à la contrainte du monastère. A partir de
ce moment, Rabelais appartint à la société, ayant un pied dans les châteaux des nobles et un autre dans les
palais des prélats. Ce nouveau milieu lui permit de s’adonner aux travaux philosophiques et de cultiver l'amitié de personnes influentes.
Malheureusement, un vent d’intolérance commença
à soufller, tant de la part du Parlement que de la Sorbonne, qui redoutaient les progrès de la Réforme, et
les amis de Rabelais eux-mêmes n'étaient plus en sûreté. La terreur se propagea vite dans le petit camp des libres Het dont Rabelais faisait partie. On ne
pensait qu’à la fuite et Rabelais et ses amis quittèrent |
Paris et se dirigèrent vers le midi pour aller demander àla Reine de Navarre protection contre leurs ennemis. Rabelais s'arrêta à Montpellier où il se consacra à
l’étude de la médecine. Grâce à sa connaissance du grec, les œuvres d'Hippocrate et de Galien lui étaient
depuis longtemps familières. Il poursuivit avec grand talent cette nouvelle carrière ayant été reçu bachelier
en médecine, etnetarda pas à monter dans la chaire de
professeur et à prendre rang parmi les patrons de cette illustre école de Montpellier.
Quelque temps après, Rabelais eut l'occasion de
rendre un grand service à la Faculté de Médecine. Il
parait que l'Université de Paris, jalouse de l’Université de Montpellier, avait obtenu du chancelier Duprat qu'il supprimât quelques-uns des privilèges de sa rivale-
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