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être décimée par la grande peste. Personne n’a pu croire que Camoëns revint pauvre d’un pays où tant. d’autres s'étaient enrichis. C’est alors qu’il dédia son poème au roi Sébastien qui {ui concéda cent livres de pension annuelle, ce qui n’était suffisant ni pour vivre:
ni pour mourir. Il se vit obligé de recourir à la charité
des moines ou se contenter de faire mendier le soir une domestique javanaise qu'il avait rapportée de l'Inde. Enfin à bout de forces, il tomba malade et se vit contraint de se réfugier à l'hôpital,
. Dans ses moments de désespoir il se disait avec
raison : « Le Portugal, satisfait de la gloire des armes, « dédaigne celle des lettres et des arts. La lyre, les « muses ne flattent pas ses oreilles et son cœur est
« sourd aux célestes enchantements de la poésie ; il |
« dédaigne un art divin parce qu'il ne le connaît pas. » Camoëns loin de maudir la patrie qui l’oubliait dit avec fierté : « Ce n'est pas une vile récompense, mais le « véritable amour de la patrie qui m'excite à chanter.» | :
César Cantu dit avec raison « qu'aucun des poètes épiques modernes, ne sentit aussi fort que Camoëns, l'amour de la patrie ». S’étant pénétré de la mentalité de son pays il crut n’en pouvoir mieux exalter la gloire qu'en chantant ses expéditions maritimes. Ce fut aussi l'unique moment de grandeur pour le Portugal qui s’enorgueillissait de ses découvertes et des richesses qu'il tirait des Indes. .
Camoëns sut y rattacher tout ce que l'histoire de son pays rappelait d’illustre et réussit à associer les sentiments chevaleresques de la Péninsule au génie de ses navigateurs aventureux. Aussi le héros du poème de Camoëns, c’est la nation et non Vasco de Gama, quine
brille que de la lumière reflétée sur lui par la patrie 2
dont il se fait le chantre glorieux. C'est ainsi qu'il faut interpréter les paroles de Gama au roi de Mélinde : « Telle est la terre chérie dont je respire d’ abord les « brises ; ah ! lorsque j'aurai entrepris ma haute entre- « prise, que le Ciel m'y ramène pour avoir le bonheur
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« d’y terminer mes jours. » On y découvre les mêmes sentiments dans les paroles que Camoëns met dans la bouche de Gama au moment de son départ: « Déjà la
«vue s'éloigne peu à peu des monts de la patrie qui
« disparaissent ; le Tage aimé disparaissait ainsi que te) Ë
«la fraiche montagne de Cintra sur laquelle en vain se
« fixaient mes yeux. Nos cœurs demeuraient attachés à « cette terre si chérie. » On voit bien que c’est l’amour
de : de la patrie qui lui fait déplorer (Chant Vil)les haines
qui déchirent l'Europe et surtout les dissensions religieuses dont les Turcs profitent pour s’agrandir et
menacer l’Europe d’un joug que les Ibères ont secoué si généreusement.
Quelquefois, Camoëns gémit sur ses propres misères déplorant que le sort l’entraînât vers des contrées lointaines pour y découvrir de nouvelles infortunes. La plume d’une main, l’épée de l’autre, luttant contre la pauvreté, repoussé des tables He in trahi dans ses espérances et mal récompensé par ceux-là mêmes qu'il exaltait.
Certes, le Portugal a eu des écrivains remarquables avant et après Camoëns, tels que Saa Miranda, de
Coïmbre, célèbre parmi les poètes espagnols, Antoine Ferreira, l'Horace portugais, Rodriguüe Lobo, le Théo- crite portugais et Jean de Barros, l'écrivain des décou-
vertes et des conquêtes des Portugais en Orient ; mais Camoëns fut le premier qui entreprit une épopée régu-: lière à la manière des anciens, avec une unité et une
de Fhrccs C'e est aiours de ni écrivain tes Lot ; es
. célèbre à l'étranger.