‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 46 sur 342 · PACE · texte numérisé non relu

PACE

cette manière, les Romains, tout en restant à la tête de la Confédération italienne, réussirent à gagner la sympathie des différentes peuplades du pays en leur assurant en échange des avantages politiques, économiques et sociaux, de même que leur indépendance envers l'étranger, par l'établissement de nombreuses colonies militaires dans différents endroits du territoire de lItalie, au point d’entourer tant l’Etrurie que le

Samnium d’une ceinture de fortifications. Il est naturel

que les grands sacrifices que les nouveaux alliés de

Rome s’imposèrent, aient trouvé leur compensation dans

les concessions politiques que leur fit un peuple aussi puissant et aussi guerrier que l'Etat romain. Cependant, il fallut un grand nombre d'années etla victoire obtenue par Rome dans les deux guerres puniques pour

mettre à l'épreuve la solidité de la Sue confédéra-

tion italienne.

Ines

De ce qui précède, il résulte que le rapprochement politique, sous l’hégémonie de Rome, des différentes

tribus qui peuplaient le sol de l'Italie ne s’est pas limité à l'agrandissement de la puissance militaire romaine ; il a également élargi la sphère de son influence morale, : |

Ce fut d’abord la langue romaine, ensuite la disci-

pline et les coutumes du peuple romain, qui se répan-

= ne

dirent dans les colonies italiennes, au point que tant les territoires de l’Etrurie et des Sabins que ceux des Volsques et des Samnites ne tardèrent pas à être romanisés. C’est surtout après la victoire des Romains sur Carthage que la mentalité romaine se généralisa parmi les alliés de Rome. Cependant, il arriva qu'au fur et à mesure que la domination romaine s’étendait aux régions du littoral méditerranéen, les vainqueurs se voyaient obligés d’entrer en rapports avec les colonies grecques occupant une grande partie du littoral de l'Italie, qui entretenaient un commerce très actif avec la Grèce, les îles de l’Archipel et celles de la mer Egée. : |

Par conséquent, les intérêts économiques, commerciaux et même politiques de l'Etat romain n'auraient pas pu s’aflirmer sans la connaissance de la langue grecque, qui était alors très répandue, non seulement parmi les habitants de la Grecia Magna et de toutes les îles de la Méditerranée, mais aussi en Macédoine, dans les îles de la mer Egée et le littoral de lPAsie Mineure, ce qui obligeait les employés publics, les commerçants et les gens qui cultivaient les lettres et les arts à apprendre la langue grecque. En effet, après la seconde guerre punique, les premiers historiens romains Quinte-Curce et Fabius Pictor et Cincius Al- mento se servirent de la langue grecque et non de la langue latine. Il n'y a pas de doute que la culture d'une langue aussi travaillée que la langue grecque dans

laquelle se sont exprimés les plus profonds penseurs de l'humanité n’ait exercé une influence civilisatrice sur la langue latine en fournissant aux écrivains un nouveau mode d'expression de leur pensée et en servant de modèle aux poètes et aux rhéteurs romains. :

D'un autre côté, la connaissance de la langue grecque | acquise par toutes les classes élevées de la société romaine avait contribué à donner un grand essor au commerce italien, à l’intérieur et à l’extérieur, au point que Rome décida d'introduire dans toutes les par- s ties de la confédération italienne la monnaie d’argent en remplacement de celle de cuivre. Sa flotte mare chande s’accroissait sans cesse pour satisfaire les besoins d'importation du blé de tous les pays du Ho méditerranéen et des objets de luxe, tant grecs qu ’orientaux. En même temps les Romaïns avaient importé d'Espagne toutes sortes de métaux et du bétail pour . les travaux des champs. L'influence de la civilisation grecque devint plus puissante, après que les légions romaines se furent emparées de la Macédoine à la suite de la victoire de Pydna par Paul-Emile en 168, et eurent fait de la Grèce une province romaine. |

Malheureusement, au furet à mesure que les Romains entraient en contact avec les pays d'Orient, non seulement ils en rapportaient les produits de luxe, mais ils s'emparaient également des richesses des pays con- ; quis, dont une partie était. distribuée aux troupes et le reste versé dans le trésor de l'Etat. Le résultat de

ces habitudes malsaines fut. un déséquilibre moral et matériel de la société romaine, au point que le Censeur

- Lépidus, président du Sénat et grand pontife, employa

en 181 l'argent du trésor à la construction d’une digue à Terracine pour mettre ses terres à l'abri des inondations. Le censeur Fulvius arracha les carreaux de marbre du sanctuaire vénéré de Junon Lacinienne

pour embellir un temple qu’il édifia à Rome. Un com-

missaire du Sénat recevait de l'argent du roi d'Illyrie en échange des services rendus. Les triomphateurs

rapportaient à Rome parmi les trophées des monceaux d'or et d'argent qu’ils étalaient pompeusement aux yeux

du peuple ébloui et à l’aide desquels les pauvres passaient des mois entiers au milieu des fêtes. Après la dernière guerre punique, Rome hérita tout d’un coup d'environ 150 millions, et Octave, lors de son grand

triomphe, lui fit cadeau de plus de 300 millions. Alors

c'étaient d’interminables orgies, au milieu desquelles

le peuple oubliait vite les vertus qui avaient illustré ses ancêtres, et ces orgies, rares au début, tendirent de pie en plus à devenir larègle.

Au fur et à mesure que Rome accumulait les richesses

au moyen du pillage des villes conquises, le peuple

romain perdait son sens moral et ses habitudes de tra-

vail, en même temps qu’une philosophie sceptique contribuait à affaiblir ses croyances religieuses.

En 155, Carréade, philosophe grec, qui fut envoyé

comme député d'Athènes à Rome pour faire des récla-

mations de la part de la ville, y donna des conférences

publiques auxquelles les jeunes Romains accoururent

en foule. Mais il se montra si irrespectueux envers

les dieux et critiqua si durement les principes de morale prêchés par les prêtres et pratiqués par la classe sociale élevée, que Caton se vit obligé de le faire expulser de Rome et que le Sénat chargea le préteur Marcus Pomponius, en 161, de prendre des mesures pour empêcher la propagande des philosophes grecs à Rome.

La mesure prise par le censeur Caton en 184, de frap-

per d’une forte contribution l'acquisition des. objets de

luxe, n'empêcha pas les familles de la classe élevée

de faire venir de Grèce et d'Asie Mineure un grand

nombre de domestiques qui se distinguaient par leurs

bonnes manières et par la connaissance du monde,

ce qui ne tarda pas à exercer une influence déplorable

sur la vie de famille. Le nombre de divorces augmenta

de jour en jour, et la femme romaine, considérée autre- FE fois comme un modèle de. vertu, sn DôE, perdre l’es-

time publique. \:

Le manque de probité et a. du gain s’éten-

daient également aux employés de l'Etat au point que

judice au Trésor public. De plus, ce trouble d’ équilibre

social ne manqua pas de se refléter sur les affaires publiques, et finit de compromettre Punion entre BS

ANS

HE

Page 1