EST MENACÉE DE PERDRE SA LANGUE ET SA TERRE
sion de la langue nationale. La Prusse, est allée si loin dans ces dernières années, qu’elle prit des mesures pour s’approprier les terres polonaises au moyen de fonds votés par les Chambres en faveur des Allemands qui voudraient en acheter à bas prix. Après avoir reconnu la stérilité de ses efforts, bien qu’elle eût sacrifié dans ce but 500 millions de marks, elle fit voter par le Reïichstag une loi d’expropriation forcée dans les régions limitrophes de la Prusse. Le vote de cette loi produisit dans tous les Etats européens une impression très profonde, car tous ceux qui ont quelque sentiment humanitaire ont eu quelque difficulté à comprendre qu’une nation qui se prétendait à la tête de la civilisation pût admettre la sanction législative d’un projet de loi contraire au droit des gens et au droit humain. La seule explication qu’on puisse donner de ce fait si singulier est que toute la Chambre avait été hypnotisée par la voix impérative de l’empereur d'Allemagne, digne émule de son prédécesseur Frédéric II.
Il est donc tout naturel que la Prusse vers la fin du xviri° siècle, ayant agrandi son territoire et augmenté sa population, ait joui d’un grand prestige en Allemagne et ait exercé une grande influence, tant sur les princes gouvernants que sur les classes intellectuelles du pays, d'autant plus que parmi les milieux savants se trouvaient des hommes très distingués qui, effrayés du courant envahissant des idées modernes de l’école sensualiste qui menaçaient de ruine l’ancien régime, avaient