VIE ET ŒUVRE DE RICHARD WAGNER
musical et une imagination poétique exubérante, conditions nécessaires pour pouvoir créer le drame musical. En oùtre, sitaire des connaissances historiques et philosophiques suffisantes pour s’en servir comme guide dans ses
il acquit au cours de sa carrière univer-
compositions musicales. C’est ainsi qu'il n'eut jamais recours comme Rossini et Meyerbeer aux librettistes. C’est lui-même qui, ayant conçu le sujet de son drame lyrique en même temps que l'idée directrice de la musique, revêtit celle-ci de la forme d’un poème dont chaque mot et chaque syllabe concordent avec le son musical. Wagner à également brillé comme écrivain d'art, Dans un de ses nombreux travaux littéraires intitulé : Opéra et Drame, il s'essaie au maniement des idées générales et il y trace de main de maître les règles de l'Esthétique.
I s’agit maintenant de savoir si la musique de Wagner est destinée à faire école et si les musiciens de l'avenir s'inspiréront de ses chefs-d’œuvre. [Il n’y a pas de doute qu’il ne manquera pas d’imitateurs, mais pour atteindre l'idéal réalisé par le maître 1l faudrait qu'ils réunissent les mêmes qualités que lui, qui en même temps que musicien était poète, penseur et créateur du drame. Autrement l'échec est certain. D’ailleurs, le génie n’a pas de successeur. Quant à la tendance de l'œuvre de Wagner et aux moyens choiïsis par lui pour la réaliser, ils laissent beaucoup de place à la critique, maïs cela n'empêcae pas que l'art wagnérien
occupera une place d'honneur dans l’histoire de la musique en général et de l'Allemagne en particulier.
Un autre adepte et admirateur du système philosophique de Schopenhauer fut Frédéric Nietzsche. Homme intelligent et passionné de bonne heure pour la musique, il était enthousiaste de l’art et de la poésie de l’ancienne Grèce, surtout de la poésie épique et de la tragédie, quinous dépeint l’homme en lutte avec les forces de la nature et avec les Dieux de l’Olympe.Après une étude approfondie de l’art grec, Nietzsche est arrivé à distinguer deux espèces d'inspiration et de création esthétique, l’Apollonien et le Dionysiaque, la première étant représentée par la peinture, la sculpture et la poésie épique, la seconde par la poésie lyrique et la musique. C’est dans l’esprit dionysiaque que le spectacle de la douleur et de la souffrance de l'homme trouve sa plus haute expression et c’est de l’union d’Apollon et de Dionysos qu'est né le drame d’Eschyle et de Sophocle, dont le fond est l'émotion musicale et Iyrique. C’est dans son travail sur la naissance de la tragédie que Nietzsche glorifie l’art de la Grèce antique et qu'il critique l'œuvre de notre civilisation moderne, arrivant à la conclusion, que la Nature est une activité aveugle, sans but, une puissance perpétuellement créatrice en même temps que destructrice de ses propres créations, et qui chez l’homme est devenue consciente d'elle-même et prend la forme d’un désir douloureux, toujours renou-
velé et toujours inassouvi ; mais Nietzsche a soin d’ajouter, que si l’existence du monde est moralement injustifiable et l'intelligence est impuissante à nous fournir ies éléments du bonheur, l’homme a le pouvoir de créer en lui-même des images du monde, des visions, des rêves qui lui causent des joies -artistiques, et le mettent dans un état d'extase, grâce auquel il peut s’élever au-dessus de ses propres souffrances et se réjouir du spectacle tragique que présente l'univers. Partant de ce point de vue, il regarde Wagner comme l’Eschyle moderne et comme une résurrection de la tragédie antique. Malheureusement, cette admiration ne dura guère que Jusqu'au moment de la représentation de Parsifal où Wagner chante les victoires ineffables du mysticisme chrétien et du renoncement aux jouissances mondaines sur la volonté. Depuis lors, Nietzsche se mit
à combattre sans ménagement la morale du découragement et du renoncement. Pour lui, la morale de la pitié
n'est qu’une lâcheté doublée d’hypocrisie. Du même coup l'idéal de Nietzsche change de forme. Au lieu de combattre la volonté, il cherche à la fortifier et à la discipliner par une domination absolue sur elle-même, dans le but de perfectionner l'âme humaine ; car, dit-il
le but de la vie humaine est de préparer l'avènement
du Surhomme. L’âme du Surhomme sera à lâme humaine ce que l’âme humaine est à l’âme animaie. La vie en lui sera plus intense et plus riche, sa volonté sera plus forte et sa pensée plus puissante ; 1i jouira
davantage et il souflrira aussi davantage. Il saura que la vie n'a pas de but fixe, mais qu'elle est la volonté de domination de soi-même aussi bien que d'autrui. Il
sera aussi dur pour autrui que pour lui-même, d'autant
plus que sa tendance vers la domination est pour lui une force d'expansion et de développement qui constitue la vie et qui peut avoir pour condition tant la douleur que la joie, tant l'illusion que la connaissance de la vérité.
D’après ce qui précède on voit bien que le pessimisme
de Nietzsche est diamétralement opposé à celui de
Wagner et de Schopenhauer; loin de rechercher l'anéantissement de la volonté, il s'efforce de la relever et la fortifier, non seulement pour la lutte et la souffrance, mais surtout pour la domination. « En rejetant les doc. « trines finalistes qui supposent la notion d’un but, « d’une fin poursuivie par la Nature et en abandonnant « l’idée d’une substance non créée, qui cherche dans luni- « vers un être immuable, Dieu, la raison, la morale « comme la seule réalité, Nietzsche prétend deshumani- «ser la nature et naturaliser l’homme en lui faisant « comprendre que son histoire est le drame de l’instinct « de domination et que la vie en général est une activité « créatrice qui cherche toujours à se dépasser elle- « même ; 1} ne rêve que de l’idéal d’une civilisation nou- « velle, supérieure à toutes les civilisations passées, « l'idéal du Surhomme. » Nous tenons à ajouter que Nietzsche était professeur de philosophie à l'Université de Bâle.