LES PROCÉDÉS EMPLOYÉS PAR BISMARCK
de divers continents, et aux primes accordées par l'Etat
aux exportateurs.
En elfet, Bismarck réussit par ces moyens à élargir les sphères de l’activité nationale et à accroître la prospérité de l’Allemagne, au point que le sentiment de l'unité nationale finit par s'imposer de lui-même sans avoir besoin désormais de l’appui de l'Eglise protestante ; au contraire, le gouvernement impérial à la suite de l'accord conclu avec le centre se vit obligé d'observer une neutralité sévère entre les protestants et les
catholiques et de diriger plutôt ses efforts vers l’amélio-
ration des intérêts matériels du pays tout entier, sans
distinction de religion, en augmentant les ressources de la prospérité nationale à lintérieur et: en agran-
dissant sa puissance militaire et son influence à l’extérieur. D'ailleurs, l'Etat, de plus en plus conscient de la force morale de l'Unité nationale créée par lui et de la prépondérance de sa puissance militaire, se désintéressait chaque jour davantage des destinées de l'Eglise et du maintien de la doctrine orthodoxe, d’autant plus que la bourgeoisie même, satisfaite des progrès de sa prospérité, bien qu’elle associât par tradition et par convenance la religion aux grands actes de la vie, avait beaucoup perdu de sa foi vivante basée sur la
révélation. Quant à la classe ouvrière, fortement travaillée par le socialisme, elle montrait plutôt de l'indif-
férence, considérant souvent le pasteur comme auxiliaire de la police et soupçonnant l'Eglise même de
POUR PRUSSIFIER L’ALLEMAGNE 410
travailler pour la solidité du trône. Néanmoins, après que la classe bourgeoise, de même que la classe ouvrière, eurent passé par le service militaire, l'esprit de discipline laissait sur elles des traces tellement profondes qu’elles obéissaient toujours aveuglément à la voix de l'autorité, même civile. Quant à la classe intellectuelle, elle avait depuis longtemps renié sa foi dans l’authenticité de La Bible et de l'Evangile, d’abord sous l'influence de la campagne vigoureuse des théologiens célèbres, David Strauss et Ferdinand Ch. Baur, qui avaient démontré par des travaux scientifiques le caractère purement humain de l’ancien et du nouveau testament, ensuite, elle avait subi l'influence de la propagande de la philosophie naturaliste de l’école de Feuerbach et de la lutte engagée entre les savants naturalistes de grand prestige, représentés par Moleschott, Charles Vogt, L. Büchner ét les défenseurs de la doctrine vitaliste aux Universités de Berlin et de Munich, tels que Dubois Raymond et Justus Liebig, puisque les discussions acharnées dans les congrès scientifiques avaient trouvé un écho parmi les classes intellectuelles, particulièrement au milieu de la jeunesse qui était enthousiaste du grand essor qu'avaient pris les doctrines évolutionnistes de Darwin.
D'autre part, à l'ombre du militarisme et de l’industrialisme, l’Etatisme prussien avait pénétré complètement dans la mentalité du peuple allemand, au point qu'aucune classe sociale n'avait pu se soustraire à son