HELMHOLZ PETTENKOFER ET VIRCHOW
car après leur mort, ils n’ont pas eu de remplaçants, les hommes nouveaux qui ont figuré à la tête de la science en Allemagne après la guerre de 1870 contrela France n’ont rien créé; tous leurs eflorts n’ont abouti qu à fonder des écoles techniques et des laborotoires de produits chimiques et mécaniques et à multiplier les établissements d'instruction pour améliorer les produits de leur industrie et donner plus d’essor au commerce, tout en augmentantle bien-être de la population. Nous aurons l'occasion de revenir sur cette question au cours de ce travail ; il nous suffit pour le moment d'infirmer la légende de la supériorité scientifique allemande ; en effet depuis que la Prusse a inculqué la mentalité prussienne à l’Allemagne, la science étant devenue une branche ou plutôt un auxilliaire de l’industrie et s'étant industrialisée elle-même, n’était plus cultivée d'une manière désintéressée, comme il arrivait à l’époque où figuraient à la tête du mouvement scientifique des hommes supérieurs, tels que Liebig,J. Muller et Pettenkofer qui par leurs travaux originaux et par leurs découvertes merveilleuses ont créé des branches nouvelles de la science, grâce à la circonstance qu’alors la Prusse ne jouissait pas encore d’un prestige suffisant pour imposer sa mentalité et sa culture au peuple allemand ; grâce aussi à la circonstance que cette époquelà (1832 à 1870) représentait une des phases d’évolution de l'humanité qui s’est caractérisée par l'apparition simultanée d'hommes supérieurs dans tous les pays de
N'ONT PAS LAISSÉ DE SUCCESSEURS 819 l’Europe. De même que le xvrre et le xvirie siècles ont produit de grands philosophes, Descartes en France, Spinoza en Hollande, Leibnitz en Allemagne et Locke en Angleterre, le xix° siècle ce fut le tour de la science. C’est au cours de ce siècle que surgirent dans les divers pays d'Europe des investigateurs dans le domaine des sciences naturelles qui, par leurs méthodes et leurs découvertes, ont élargi les champs scientifiques existants et en ont créé de nouvelles branches et l’Allemagne de même que la France et l'Angleterre ont produit des hommes qui cultivaient les sciences avec amour et enthousiasme, leurs travaux ayant été également fertiles en découvertes et dans l’acquisition de nouvelles connaissances des lois de la nature. C’est seulement après que l’Allemage s’est prussifiée et que ses hommes de science se sont mis au service de l’industrie, que l’amour du gain et du lucre s’est développé aux dépens de l’amour désintéressé de la science et que les travaux de ses savants ont perdu en valeur morale par suite du manque d'habitude de rechercher la vérité pour elle-même.
Il y eut encore une différence bien caractéristique entre l'évolution intellectuelle de la France et celle de l'Allemagne au cours du xrxe siècle. Chez la première, la conscience humaine s’est réveillée à la suite de la proclamation des droits de l’homme par l’Assemblée constituante et la raison humaine, devenue consciente de sa valeur intellectuelle et morale, s’efforça d'étudier les lois
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de la nature et de scruter ses secrets.Bien que l'Empire ait rétabli labsolutisme politique, les savants ont conservé l’esprit de liberté dans leurs investigations scientifiques ; même après la restauration et le retour du régime réactionnaire ils n’ont pas cessé de cultiver les sriences physico-chimiques et les sciences naturelles, au point qu'Alexandre d’'Humboldt est venu à Paris où il resta huit ans, de 1821 à 1828, c’est-à-dire pendant l'apogée de la réaction, pour cultiver l'amitié des savants français, et s’assimiler leur culture, c’està-dire à l’époque où régnait en France au plus haut degré, l’absolutisme politique et religieux.
Quant aux deux crises révolutionnaires, celles de juillet 1830 et de février 1848, elles ont été l’aflirmation des principes des droits de l’homme proclamés par la première révolution qui ont ensuite rayonné sur les autres pays de l’Europe, tandis que l'Allemagne a toujours résisté aux doctrines de la révolution française. D'abord, la Prusse, se considérant comme le champion de l'Etatisme, a fait les plus grands efforts pour combattre les idées de liberté provenant de la France. Ensuite, les savants allemands eux-mêmes, bien qu’animés personnellement d'un esprit libéral, n’osaient pas inculquer au public la doctrine des droits de l’homme de peur de troubler l’ordre social, préférant se rendre complices de l'Etat au nom du maintien de la discipline sociale, de manière que la Société allemande de la premièré moitié du xix° siècle s’est divisée en
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