‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanitéChapitre 86 sur 853 · SAS · texte numérisé non relu

SAS

SLA prit 2e pe L*

IT

Il y a un fait qui caractérise l’époque de la Révolution française, c’est qu’elle a non seulement produit des hommes qui ont renouvelé l’ordre social et politique de la France en l’asseyant sur une base solide, celle de la liberté et de la justice, mais elle a également produit des hommes qui par leurs merveilleuses découvertes ont révolutionné la science en perçant le voile qui cachait les secrets de la nature et en faisant connaître les lois qui la gouvernent.

Parmi ces hommes célèbres figure en première ligne : Lavoisier qui a découvert la composition de l'air et l'oxygène, ainsi que le rôle de ce dernier dans la respiration et les combustions organiques, et ses propriétés biologiques. On lui doit également la nomenclature des corps simples et des oxydes métalliques, de même que la loi de conservation de la matière par sa fameuse devise: Rien ne se perd, rien ne se crée.

Les hommes saillants de l’époque de la Révolution française, les auteurs des grandes découvertes ont déployé leur activité dans tous les champs de culture scientifique, aussi bien dans le domaine des sciences naturelles que dans celui des sciences exactes avec la circonstance particulière, qu’en l’an X de la République, c’est-à-dire en 1803, Napoléon, étant Consul, demanda à l'Institut un rapport sur les travaux accom-

plis en France dans chaque science depuis 1789. Alors, l'Institut nomma Cuvier et Delambre rapporteurs pour les sciences physiques et naturelles. Napoléon qui aimait les sciences positives voulait se mettre au courant des progrès réalisés par l'esprit humain dans les dernières années du mouvement intellectuel en France. Nous inspirant du rapport de Cuvier et des travaux analogues faits ultérieurement à ce sujet, nous allons donner un résumé des travaux des hommes illustres qui ont enrichi la science depuis la Révolution française jusque vers la moitié du xrxe siècle. D’après le principe de la hiérarchie des sciences établi par Auguste Comte nous allons commencer par les mathématiques, d’autant plus que Gauss, le célèbre astronome et mathématicien allemand, considère la mathématique comme la reine des sciences et l'arithmétique comme la reine des mathématiques.

Parmi les mathématiciens françäis, figure au premier

rang, Pierre Laplace (1749-1827) appelé le Newton français. Il fut nommé comte par l’Empire et marquis par la Restauration. Il prit part à la création de l'Ecole Polytechnique et de l'Ecole Normale. Il s’occupa surtout des questions de mécanique céleste, réunit en un corps de doctrine les travaux épars de Newton, de Halley, de Clairaut, de d’Alembert et d’Euler sur les conséquences de la gravitation universelle, et y ajouta de nombreux travaux personnels relatifs aux variations du mouvement de la lune (notamment aux variations

dues à l’aplatissement de la terre et à l’excentricité de l’orbite terrestre), aux perturbations des planètes Jupiter et Saturne, à la théorie des satellites de Jupiter, à la vitesse de rotation de l’anneau de Saturne, aux mouvements des comèêtes et aux marées. En plus de son ouvrage célèbre, Le système du Monde, Laplace crut pouvoir soumettre au calcul de la probabilité tous les événements, en les dégageant de l’accident, nom qui exprime uniquement l'ignorance des causes. Au moyen des dits principes, 1l soumet au raisonnement les espérances, démontre la fausseté de certaines illusions et des préjugés vulgaires, surtout ceux relatifs aux jeux de hasard et fait voir que la prudence est un calcul dans lequel on tient compte de toutes les particularités éventuelles. | |

Un autre mathématicien célèbre est Joseph-Louis Lagrange, né en 1736 à Turin de parents français et mort à Paris en 1813. Déjà à l’âge de dix-huit ans, il figurait parmi les premiers savants de l’époque, ayant envoyé à Euler la réponse à dix questions dont on cherchait en vain la solution depuis dix ans. À l’âge de dix-neuf ans, il était nommé professeur de mathématiques à l'école d’artillerie à Turin. Il remporta cinq fois le prix de mathématiques décerné par l'Académie des sciences de Paris. En 1766, il fut appelé à Berlin par le roi Frédéric II pour y remplacer Euler comme président de l’Académie et séjourra vingt ans dans cette ville. A la mort de Frédéric IT, il quitta la Prusse

et se fixa en France où il fut nommé professeur à l'Ecole Normale, puis à l'Ecole Polytechnique. Napoléon le fit entrer au Sénat et le comblade dignités. Lagrange porta l'analyse pure au plus haut degré de la perfection. Parmi les nombreuses méthodes qu'il a découvertes, celle du caleul des variations, soit la résolution numérique des équations par des fractions continues suffirait pour l’immortaliser. Parmi les nombreux ouvrages qu'il publia, figurent en première ligne La Mécanique analytique (1811), la: Théorie des fonctions analytiques (1813) puis les Leçons d’arithmélique ei d'algèbre à l'Ecole normale. Tous ses ouvrages sont des modèles de clarté, d'exposition et d'élégance de style.

Un autre mathématicien non moins célèbre que le précédent est Gaspard Monge (1746-1818), fils d’un colporteur bourguignon. Il s’adonna à l'étude des mathématiques de très bonne heure et fut chargé d’enseigner les mathématiques et la physique à l’école de génie de Mézières. Pendant la Révolution, il fut appelé comme professeur à l'Ecole Normale, et fut un des fondateurs de l’Ecole Polytechnique ; il accompagna Napoléon en Egypte.

À son retour en France Napoléon le nomma Sénateur et comte de Péluse. En 1792, il créa une branche nouvelle, la Géométrie descriptive, dont il définit ainsi les deux objectifs : « Le premier est de donner les méthodes pour représenter sur une feuille le dessin qui n’a que deux dimensions, savoir ; longueur et lar-

œeur, tous les corps dela nature qui en ont trois : lonœueur, largeur et profondeur, pourvu que ces corps puissent être définis rigoureusement. Le second objet est de donner la manière de reconnaître, d’après une description exacte, les formes d’un corps et d’en déduire toutes les vérités qui résultent de leur forme et de leurs positions respectives ». En outre, il a établi des méthodes générales pour construire tout ee qui résulte de la forme et de la position respective des corps, en prouvant que toute construction de géométrie descrip-

tive peut être traduite en analyse, et lorsque les ques-

tions ne comportent pas plus de trois inconnues, chaque opération peut être regardée comme l'écriture d’un spectacle en géométrie, Ce nouveau langage imitatif donnait la possibilité d'écrire au moyen de l'algèbre tous les mouvements imaginables dans l’espace, et d’en rendre fixe le spectacle changeant. Hachette mit en ordre les leçons qui composaient son cours, et les développa surtout par les solutions de la pyramide triangulaire, réduites à de pures constructions géomé-

triques ; de plus, il poussa la géométrie descriptive

jusqu'à des recherches qui semblaient réservées à l'analyse transcendante. Et corame conséquence de ces idées, Monge, en 1805 et 1807, publiait ses Applications de l’Algèbre et de l'Analyse à la Géométrie. Ses élèves, Hachette, Schreiber, Claude Crouzet, vulgarisèrent ses travaux dans le monde entier.

Avec la Restauration, il perdit tous ses honneurs, ce

qui n’a pas empêché son œuvre de rester immortelle. Les principaux travaux qu'il a publiés sont : Traité

élémentaire de Statique (1786 et 1813); L'art de.

. fabriquer les canons (an IT) ; Géométrie descriptive (an IT et 1813) ; Application de l'analyse à la géométrie des surfaces (1809).

Un autre mathématicien de renom fut Dominique François Arago né en 1786. À dix-sept ans, il entra à l'Ecole Polytechnique, après un brillant examen. A vingt-trois ans, 1l devenait membre du Conseil Supérieur de cette Ecole; il devint successivement Directeur de l'Observatoire et du Bureau des Longitudes, et enfin secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences (1830). II rendit de grands services à la science, plus comme physicien que comme mathématicien. Il adopta et fit triompher la théorie de /'ondulation de la lumière en détruisant par des faits celle de l'émission; il

découvrit la polarisation colorée, inventa un ingénieux

polariscope et divers instruments qui donnèrent plus de précision aux observations astronomiques ; il compléta les travaux d'Œrsted et d'Ampère sur les rapports du magnétisme et de l'électricité, et découvrit, en 1824, le magnélisme par rotation, découverte, pour laquelle la Société Royale de Londres lui décerna la médaille de Copley. Arago possédait à un rare degré le talent d'exposer la science avec clarté et de la mettre à la portée du plus grand nombre: la foule se pressait pour l'écouter soit à l’Institut, où il rendait compte, comme

Page 1