INTRODUCTION
Les septicémies à méningocoques sont maintenant bien connues. Déjà, en 1906, Follet et Sacquepée publiaient un cas de méningococcémie avec hémoculture positive et identification du germe. Depuis, les observations se sont succédé chaque année plus nombreuses tant à l’étranger qu’en France. On trouvera à la fin de notre travail la liste assez longue des ouvrages et des publications relatifs à cette question que nous avons consultés. Cette bibliographie, quoique relativement importante, est encore incomplète, surtout en ce qui concerne les auteurs étrangers ; nous nous en exousons, mais c’est de propos délibéré que nous avons limité notre sujet. Plusieurs thèses, en effet, ont déjà été consacrées à la méningococcémie ; mais cette septicémie est au point de vue clinique extrêmement polymorphe.: En dehors même de toute atteinte méningée, la méningococcémie peut revêtir une forme typhoïde avec fièvre en plateau, une forme purpurique, avec purpura nécrotique, une forme rhumatoïde ou arthralgique, voire même une forme oculaire dans laquelle la conjonctivite est le phénomène
prédominant. Ces différents aspects cliniques, si intéressants soient-ils, ne retiendront pas notre attention. Les conclusions thérapeutiques auxquelles nous abouürions en les étudiant sont très différentes. de celles auxquelles nous amènera l’étude de la méningoccémie à forme pseudo-palustre qui sera seule envisagée ici. Deux thèses ont déjà eu pour but d’en étudier les caractères, celle de Brette et celle de Hissard, mais les auteurs ont envisagé la question dans toute son ampleur, et à l’heure où leurs travaux ont été publiés,
les observations étaient beaucoup moins nombreuses . .
qu’actuellement. Notre intention n’est pas de faire du ième sujet une étude plus complète, parce que plus récente. L'idée directrice de notre travail.est toute autre. Elle nous a été inspirée par notre maître M. le Professeur agrégé Debré et résulte de l'observation de deux malades que nous avons pu suivre, l’un dans le service de notre maître le Professeur Sergent à la Charité, l’autre dans service de M. Debré à Bretonneau. Ces malades, dont on trouvera plus loin les observations, ont présenté tous deux une méningococcémie pure. L'un a guéri par le sérum, et l’évolution de ce cas a été, on le verra, bien spéciale; l’autre a guéri sous l'influence d’un vaccin non spécifique, ce qui m'était pas sans intérêt. Ces faits, joints à d’autres retrouvés dans la littérature médicale, nous ont incité à rechercher quelle était l’évolution &e la méningococcémie pseudo-palustre dans sa forme pure, lorsqu'elle était abandonnée à son sort en dehors de toute
intervention thérapeutique (cas anciens surtout). Nous
z À ssl 1:32. NS
EP |. SRE
avons ensuite cherché comment elle évoluait lorsqu'un iraitement, variable suivant les auteurs, venait en 130difier le cours. Nous nous sommes demandé si le tableau clinique bien spécial de la maladie ne serait pas utilement complété par une étude plus approfondie qu'on ne l'avait fait jusqu’à présent de son évolution, de son pronostic et de son traitement. C’est là le but de notre travail.
Les quarante-quatre observations que nous avons réunies dans notre thèse peuvent se diviser en deux groupes : le premier, de beaucoup le plus intéressant du point de vue qui nous occupe, comprend seize cas ae septicémie pure, c’est-à-dire sans réaction méningée ni clinique ni anatomique, en un mot sans méningite cérébro-spinale. Nous avons apporté le plus de soin que nous avons pu à retrouver tous les cas publiés, ils sont, on le voit, assez peu nombreux dans la littérature. Le deuxième groupe comprend vingt-huit observations de septicémie méningococcique accompagnée à un moment quelconque de son évolution de méningite cérébro-spinale, Que la méningite cérébro-spinale ait été primitive ou secondaire par rapport à la septicémie, nous nous en sommes peu occupés. Le seul fait que nous retiendrons ici, c'est qu’il y'a eu méningite cérébro-spinale. La liste des faits de ce deuxième groupe est très incomplète, mais dans bien des cas, que nous n’avons pas retenus ici, la méningite cérébrospinale était nettement prédominante et dirigeait en quelque sorte l’évolution clinique ‘de la septicémie.
Qn pourrait presque les décrire sous le nom de ménin-
RS es gites cérébro-spinales accompagnées de fièvre pseudopalustre. La septicémie passe au second plan. Nous ne ious en occuperons pas.
Dans cette thèse nous aurons simplement pour but de faire une opposition clinique et thérapeutique entre la méningococcémie pseudo-palustre dans sa forme pure dont le tableau a une individualité si spéciale, et dont — nous espérons le démontrer — l’évolution et le traitement sont tout à fait particuliers, et les autres ixéningococcémies pseudo-palustres, celles qui s’accompagnent de méningite cérébro-spinale ou d’une localisation quelconque du méningocoque.
Nous étudierons donc d’une façon particulière les seize cas de méningococcémie pure où la méningite cérébro-spinale n’est à un aucun moment venu troubler le cours de la septicémie. Les vingt-huit autres cas seront envisagés autant que possible dans le même esprit et, par comparaison, avec les premiers. Nous verrons si dans une certaine mesure les deux affections qui les composent (septicémie d’une part, méningite d'autre part) dues au même germe microbien, ne sont pas quelquefois cliniquement dissociées. Nous chercherons si l’évolution de l’une n'est pas parfois indépendante de l’évolution de l’autre; si chacune m’a pas une certaine autonomie et surtout, si un traitement déterminé (nous voulons surtout parler de la sérothérapie) n’agit pas sur l’une et l’autre d’une façon très inégale, Nous ne nous occuperons ni des examens cytologiques ou bactériologiques qui ont été pratiqués
cl! que nous avons dû citer, ni de la technique des
LP Lr RRLE
différents traitements qui ont été institués ou proposés par les auteurs. Nous exposerons simplement les faits cliniques observés et publiés ‘et dans un dernier cha- Fitre nous donnerons les conclusions que nous croyons légitimes.
Aux observations antérieurement publiées nous en aJoutons une qui, nous semble-t-il, a une assez grande valeur, puisqu'il s’agit d’une méningococcémie pseudopalustre traitée et guérie par un vaccin non spéci- Fque, cas assez rare, croyons-nous, et très démonstratif.
La méthode de travail que nous avons suivie à consisté simplement à classer méthodiquement tous les faits dont nous avons eu connaissance et, après <xamen critique de chacun d'eux, à tirer des conelusions. Elle nous a paru donner quelques résultats en ce qui concerne l'étude du pronostic et des conclusions thérapeutiques.
Nous croyons bien faire en résumant dans un court chapitre le tableau clinique de la méningococcémie à forme de fièvre intermittente tel qu’on l’observe habituellement. Ce syndrome est maintenant très généralement connu et, si encore actueilement, le diagnostic clinique vérifié par le laboratoire n’est pas toujour: posé, c’est que peut-être on ne pense pas assez souvent à la méningococcémie lorsqu'on est en présence d'une septicémie traînante s’accompagnant d'accès fébriles très violents et affectant peu l’état général du malade.
Si notre thèse peut présenter quelqu'intérêt, le
mérite en reviendra à notre maître, M. le Professeur